Angie Gaudion

Titre : Découverte de Framasoft - interview d'Angie Gaudion pour la FabriK à DécliK
Intervenante : Angie Gaudion
Lieu : La FabriK à DécliK
Date : juin 2020
Durée : 21 min 23
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Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : capture d'écran de la vidéo - Licence Creative Commons Attribution Partage dans les mêmes conditions
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Petite interview d'Angie Gaudion, chargée de relations publiques chez Framasoft.

Transcription

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Avant d’être dans cette structure j’ai été bibliothécaire pendant 15 ans, pas grand-chose à voir et en fait si, beaucoup de choses à voir, en tout cas il y a des liens très forts entre le monde des bibliothèques, de la documentation et, finalement, l’esprit libre. On reviendra sur ce que fait Framasoft par rapport à ça. Ensuite j’ai été pendant trois ans formatrice numérique pour les bibliothécaires principalement mais pas que.
Je suis arrivée chez Framasoft en février 2019 en tant que chargée de relations publiques, sachant que c’est un titre mais que mes activités au sein de la structure sont diverses et variées parce qu’on est une petite structure de 9 salariés et 35 membres.

Framasoft1 c’est quoi ?

C’est une association à but non lucratif d’éducation populaire2. Ce qu’on fait c’est vraiment de l’éducation populaire, on se positionne dans ce champ à savoir, en gros, accompagner les internautes dans leurs usages numériques au sens large du terme avec, on va dire, une direction principale qui est l’utilisation des logiciels libres.
On est une structure qui est financée à 98,2 % par les dons, ce qui veut donc dire que notre modèle économique repose exclusivement sur ce que les internautes veulent bien nous donner. On ne bénéficie pas de subventions publiques, on n’est pas dépendant de qui que ce soit, ce qui veut aussi dire qu’on prend compte le fait que si personne nous donne d’argent on arrête. Voilà ! Ça fait du système tel qu’on le conçoit. C’est-à-dire que si les gens ne nous donnent pas d’argent ça veut dire qu’à priori ils considèrent que ce qu’on leur propose n’est pas intéressant donc, dans ce cas-là, c’est bien d’arrêter.
Pour la petite histoire Framasoft est née en 2001. C’est resté un collectif informel pendant trois ans avant de se structurer en association. En 2001, en fait, ce sont trois enseignants d’un collège en région parisienne qui font le constat que les logiciels libres sont très peu connus par le monde enseignant et qui se disent qu’il faut valoriser ces outils auprès de cette communauté. Donc pendant trois ans l’activité de Framasoft a été principalement d’identifier les logiciels existants, les logiciels libres, d’en faire une base de données.
En parallèle de ça, à partir du début de l’association, les adhérents de l’association se sont dit qu’il fallait vraiment accompagner les internautes dans leur culture numérique, que c’était très bien de mettre en place une base de données, un annuaire de logiciels libres, mais que ce n’était pas du tout suffisant, donc Framasoft a commencé à intervenir dans des différents espaces que ce soit des salons, des foires, des conférences dans des MJC, dans des théâtres. C’était assez variable ces types d’interventions. D’ailleurs on continue toujours de faire ça, ça fait partie de notre activité permanente pour expliquer ce que c’est que le logiciel libre, pour expliquer en quoi le Web tel qu’il est aujourd’hui peut être un problème, donc on a tout un travail vraiment d’éducation populaire.
En parallèle on travaille bien sûr en partenariat avec énormément d’autres structures, dont des structures d’ailleurs de l’éducation populaire qu’on va accompagner pour qu’elles-mêmes soient des relais de transmission de notre discours.

Ce qui nous a fait peut-être le plus connaître au niveau national, on va dire en France, c’est quand en 2014 on a lancé une initiative qui s’appelle Dégooglisons Internet3 et qui a eu un certain succès, en tout cas médiatique.
Pour la petite histoire, ce programme est venu suite aux révélations d’Edward Snowden4 en juillet 2013 [juin 2013, NdT]. Il a révélé au monde entier qu’en fait les données qui étaient à l’intérieur des services numériques qu’on utilisait en grande majorité étaient finalement récupérées par les services de renseignement américain. Ça a posé effectivement beaucoup de problèmes à l’association puisque notre association est aussi une association qui revendique la liberté en général et particulièrement les libertés numériques. L’association s’est dit du coup que face à ces services il fallait absolument valoriser des alternatives plus éthiques. Donc Dégooglisons Internet c’est vraiment un programme dont l’objectif est de montrer qu’il y a des alternatives à tous les services proposés par les géants du Web.
Entre 2014 et 2017 on a monté ces 38 services. Il y en avait une dizaine qui étaient déjà là depuis quelques années, mais on a vraiment monté en charge tous ces services pour avoir le maximum d’alternatives. Sachant que les services, ce qu’on appelle les « Framatrucs » ou les « Framabidules » – tous nos services commencent par « Frama » – sont majoritairement des outils qu’on n’a pas développés, c’est-à-dire que c’étaient des logiciels qui existaient déjà, on les a juste habillés pour leur donner une visibilité ; ensuite on les met à disposition des internautes.
On en a quand même développé plusieurs : Framaforms5 qui est l’alternative à Google Forms pour faire des formulaires ; Framadate6 qui est l’alternative à Doodle, on peut choisir des dates, un sondage de dates ; et puis deux logiciels pour lesquels on est encore sur du développement qui sont PeerTube7, alternative à YouTube, d’ailleurs celui-là ne s’appelle pas « framaquelquechose », et le petit dernier qui s’appelle Mobilizon8 qui est encore en version bêta, donc aujourd’hui il n’y a pas d’utilisation publique, qui est un outil dont l’objectif est d’être une alternative aux évènements et aux groupes Facebook.

Qu’est-ce qu’un Logiciel Libre ?

Pour qu’un logiciel soit libre il faut qu’il respecte ces quatre libertés :

  • la première liberté du logiciel libre c’est celle d’exécuter le programme, comme on le veut, pour l’usage qu’on veut, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de contraintes sur le programme qu’on va utiliser ;
  • la deuxième liberté c’est celle d’étudier le fonctionnement du programme, c’est ce qu’on appelle l’accès au code source. C’est-à-dire que je peux accéder à l’intégralité du code qui constitue le logiciel. Vous allez me dire si je ne suis pas développeur, je ne vois pas trop à quoi ça va me servir. Effectivement, moi en tant que non développeuse, je peux bien aller regarder le code, ça ne va pas me dire beaucoup de choses ! En revanche, je peux m’appuyer sur des gens qui savent lire le code pour m’assurer qu’il n’y a pas des trucs pourris cachés dans le code, ce qui n’est pas le cas avec un logiciel privateur parce qu’on n’a pas accès au code source, on ne sait pas du tout ce que le logiciel fait sans qu’on s’en rende compte et ça c’est une grande différence ;
  • la troisième liberté c’est la liberté de redistribuer des copies. Je peux utiliser ce logiciel et distribuer le nombre de copies que je veux, même en les faisant payer. Ça c’est un élément possible, il n’y a pas de problème à la possibilité de vendre ces copies ;
  • et la quatrième liberté c’est celle d’améliorer le programme et de publier ces améliorations pour qu’elles bénéficient à l’ensemble de la communauté.

Ces quatre libertés s’appliquent aux logiciels mais en fait, pour nous, elles devraient s’appliquer à tout le reste de la société. C’est un peu le créneau de Framasoft aujourd’hui, en tout cas la façon dont on envisage effectivement la société c’est bien d’être une société libre basée sur des valeurs qui sont le partage et la coopération.

Quelles sont les grandes valeurs portées au sein de l’équipe de Framasoft ?

Peut-être que la première chose c’est cet esprit libre, vraiment tendre à une société libre, donc le partage, les biens communs et aussi d’autres valeurs qui sont la « lutte », entre guillemets, contre un système capitaliste, même si Framasoft ne se revendique pas comme anticapitaliste. En tout cas on sait très bien que pour atteindre une société libre, le monde capitaliste n’est pas vraiment le monde qu’on souhaite dans ce cadre-là et surtout parce qu’on est très conscients des dérives, justement, de ce monde-là, particulièrement dans l’univers numérique où, pour le coup, c’est encore plus sensible que dans les autres mondes industriels. Là, vraiment, ce qu’on appelle les géants du Web, les GAFAM sont des sociétés, des entreprises qui utilisent effectivement tous les travers du capitalisme sous toutes ses formes.
On a vraiment une autre valeur, c’est la lutte contre ce qu’on appelle le capitalisme de surveillance qui est donc une « branche », entre guillemets, du capitalisme. C'est le fait que ces entreprises mettent en place des services à disposition des internautes, qui sont d’accès gratuit mais qui, au final, permettent effectivement d’établir une surveillance très, très forte de leurs actions, pas forcément à des fins de contrôle des populations d’ailleurs, mais typiquement plus j’ai d’informations sur l’ensemble des citoyens, plus potentiellement je peux vendre de la publicité ciblée, donc c’est tout simplement une manne financière très importante. Je peux aussi faire de l’analyse de toutes ces données pour en tirer des tendances, donc potentiellement proposer de nouveaux services qui correspondent plus à une vision du monde qui est celle, en plus, de ces entreprises américaines. Si on revient, par exemple, sur la domination culturelle des géants du Web, c’est intéressant de se rendre compte que les sept premières capitalisations boursières aujourd’hui, tous secteurs confondus, sont des géants du Web et sont tous situés aux États-Unis, donc avec forcément une culture qui est celle des États-Unis qui est, du coup, en train de se mondialiser au sens où elle s’applique au reste du monde à travers ces outils numériques, ce qui est un petit peu un problème. Typiquement on se rend compte qu’aujourd’hui les gens ne se posent même plus la question de s’autocensurer en permanence dans leur expression sur les réseaux sociaux parce que ces réseaux sociaux sont tenus par des boîtes américaines qui ont un niveau de puritanisme qui est bien plus élevé que celui qu’on a dans notre culture française.

Comment faire pour avoir des pratiques numériques plus éthiques ?

Peut-être que la première chose c’est de prendre le temps de se renseigner. L’information est effectivement multiple, donc il va falloir faire un travail d’analyse de cette information et croiser des sources pour être sûr ; ne pas s’arrêter à la première information qu’on lit, il faut s’assurer que cette information est partagée un certain nombre de fois pour qu’elle soit valable.
Ensuite, quand on cherche à se « dégoogliser », se « défacebookiser » – on peut l’appliquer à toutes les entreprises, ça marche, c’est plus simple de parler de « dégooglisation », ça marche bien – la plus grande difficulté, une fois qu’on a cette information, c’est de choisir vers quels outils on va en remplacement. Donc ça veut dire analyser, tester des outils un par un, si on veut ; après on peut commencer par le premier et s’arrêter au premier. Mais il y a quand même ce truc : de toute façon on le sait bien sur les services et c’est même le cas avec ceux des géants du Web, il y en a certains qui ne sont pas faits pour nous, c’est-à-dire que finalement leur fonctionnement ne correspond pas à nos attentes, donc il va y avoir tout ce temps de test pour savoir quel est l’outil qui le plus, on va dire, adaptable à son contexte.
Ensuite il y a un enjeu très fort qui va être, ça dépend des types d’outils, de faire adopter ces outils par son environnement. C’est bien beau de se dire « tiens, super, je vais arrêter d’utiliser WhatsApp et je vais passer sur Signal », qui fait à peu la même chose que WhatsApp mais qui permet de chiffrer les messages et dont on est sûr qu’il n’y a aucune donnée qui soit récupérée, sauf que quand vous arrivez sur Signal, tous vos potes ne sont pas sur Signal, ils sont toujours sur WhatsApp, donc ils continuent à discuter sans vous sur WhatsApp. Et ça c’est le plus compliqué, c’est ce qu’on appelle l’effet réseau, c’est comment, petit à petit, j’arrive à convaincre mon entourage de me suivre dans mes choix.
Très souvent on explique aux gens que « se dégoogliser » c’est faire un effort. Les gens n’aiment pas trop faire des efforts, on est tous des feignasses, c’est normal. Donc cet effort-là il faut en prendre conscience, c’est-à-dire que ça ne se fera pas tout seul, parce qu’on a tout simplement des habitudes. C’est-à-dire que quand on a adopté un service, n’importe lequel, on s’est habitué à ce service-là, à son mode de fonctionnement. Même si c’est un service similaire qui propose des fonctionnalités identiques, ce ne sera pas rangé exactement au même endroit, ça ne fonctionnera pas exactement de la même façon, en tout cas pour accéder à la fonctionnalité on ne passera pas forcément par les mêmes boutons, par les mêmes menus. C’est déconstruire son habitude pour en créer une nouvelle sur un nouvel outil. Du coup c’est un effort énorme.
On fait souvent le parallèle avec les démarches d’alimentation. Quand on a toujours consommé en supermarché, on ne fait pas d’effort, tous les légumes sont là, sur le présentoir, et on pioche, en gros. Et puis quand on est un peu sensible à justement sortir du monde agro-industriel et qu’on veut avoir une démarche un peu plus éthique dans son alimentation, eh bien on va passer par des AMAP [Association pour le maintien d'une agriculture paysanne]. Il faut faire un effort, il faut s’inscrire à l’AMAP, il faut aller chercher le panier et ce n’est qu’un seul jour par semaine, donc si vous loupez c’est mort !
C’est exactement la même chose, on est exactement sur la même dynamique de « oui, je fais un petit effort pour changer, mais ce que ça m’apporte en contrepartie, pour le coup, vaut la peine de cet effort. »

Est-ce que la période de confinement a eu un impact sur votre organisation, votre légitimité ?

Pendant la période de confinement il est certain qu’il y a énormément d’internautes qui se sont retrouvés dans des situations – j’enlève la partie télétravail où là, quand même, quand on travaille au sein d’une entreprise, l’entreprise est censée nous fournir les outils ; on n’est pas forcément décideur des outils qu’on va utiliser dans ce cadre-là – à titre tout simplement individuel en revanche, pour continuer à avoir des relations sociales, où ils ont eu besoin effectivement d’outils de visioconférence ou de davantage échanger de messages et ont, du coup, pris conscience qu’ils avaient peu connaissance des outils à leur disposition ou en tout que les outils qu’ils connaissaient c’était souvent ceux des géants du Web.
Comme pendant cette période il y a pas mal de scandales qui sont sortis sur ces outils, nous on a vu arriver en masse, sur les outils frama, effectivement beaucoup d’utilisateurs. Je crois que la première semaine de confinement on a multiplié par 16 notre charge sur nos outils, ce qui a posé plein de problèmes parce qu’on n’est pas du tout équipés en infrastructure pour ça. Donc la première semaine a été très lourde pour mes collègues techniciens pour arriver tout simplement à faire que tous les services ne tombent pas, pour continuer à les maintenir. Mais on a fait aussi avec d’autres, c’est-à-dire qu’on s’est rapprochés d’autres hébergeurs de services, qui font des choses assez similaires aux nôtres, et sur certains des services, en tout cas les plus demandés sur cette période qui étaient très clairement la visio et la rédaction collaborative – chez nous ça s’appelle Framatalk9 et Framapad10 – on a identifié quels étaient les autres hébergeurs qui proposaient aussi ce type de services. En fait, quand vous alliez chez nous, au final peut-être que vous n’utilisiez pas nos outils : on a un système qui permet d’aller piocher hop !, chez les autres pour répartir tout simplement la charge d’utilisateurs à ce moment-là.

Framasoft a une notoriété. On a environ 800 000 utilisateurs par mois sur l’ensemble de nos services – par rapport à 68 millions d’habitants ce n’est rien ! Tout succès est relatif et je ne veux même pas savoir combien il y a de gens qui utilisent les outils de Google au mois, je pense que ce serait indécent de comparer ces deux éléments – en revanche, ce nombre d’utilisateurs fait que aujourd’hui, quand les gens cherchent des services alternatifs, ils pensent Framasoft. Donc on est devenu le Google du Libre et ça, pour nous, c’est un super gros problème parce qu’on ne veut pas être le centre ou la tête de quoi que ce soit, c’est justement complètement contraire à nos valeurs. Donc on essaye petit à petit de faire que les gens n’utilisent pas trop nos services. Pour ne pas être le Google du Libre, il faut effectivement qu’on ait d’autres acteurs qui proposent ces solutions et ça c’est une initiative que Framasoft a lancée fin 2016, qui s’appelle CHATONS11, le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires, donc un collectif qui regroupe 70 structures d’hébergeurs de services alternatifs.
Pendant le confinement le Collectif CHATONS a mis en place une page spécifique qui s’appelle entraide, sur entraide.chatons.org12. Vous avez accès à des services en ligne sans inscription et, pareil, on se répartit la charge entre les différentes structures, on fait ce travail de répartition et ça, ça va à priori continuer. Peut-être que ça ne s’appellera plus entraide à un moment, ça n’aura peut-être pas autant de sens que pendant cette période, on ne sait pas.

Pourquoi doit-on avoir des pratiques numériques plus éthiques ?

Pour moi il y a différents arguments derrière le passage à des outils éthiques. Un de ces arguments-là pour moi serait l’aspect écologique et je pense que sur les générations aujourd’hui c’est un enjeu et une question dont tout le monde est conscient, ce qui n’est pas forcément le cas sur ma génération.
Les outils numériques ne sont, de toute façon, pas des choses écologiques. Il faut accepter cette donnée-là, mais, à l’intérieur des outils numériques, il y en a qui le sont plus que d’autres, en tout cas qui sont moins consommateurs d’énergie que d’autres. Donc il y a déjà cet enjeu-là : est-ce que, dans mes pratiques numériques, je ne peux pas changer pour avoir des pratiques qui soient moins consommatrices ? Donc souvent, dans les outils libres, est prise en compte cette notion écologique. On est très souvent sur des logiciels ou des services qui vont avoir des interfaces qui sont peut-être moins jolies, où ça ne bouge pas partout dans tous les sens, ça joue, c’est peut-être un peu moins « sexy » entre guillemets, mais l’avantage c’est que ça a vraiment une raison, c’est-à-dire qu’on essaye au maximum que toutes les interfaces web des services soient le moins consommatrices de bande passante donc d’énergie puisque tout ça, ça consomme.
Les outils libres sont aussi résilients, donc ils intègrent en eux-mêmes, parce qu’ils peuvent être adaptés et évolutifs, très souvent dès le concept la façon dont ils vont mourir. C’est assez intéressant de se dire oui, il y a un moment où cet outil n’aura plus d’intérêt d’exister parce qu’il y aura rempli ce qu’il a à remplir et c’est tout.

Le deuxième grand argument c’est celui de la protection des données personnelles donc de la vie privée. Effectivement, on s’est rendu compte qu’on cliquait tous sur « accepter les CGU », les conditions générales d’utilisation, sans les lire, mais que derrière on ne savait absolument pas ce qu’on avait accepté et que ça posait quand même des sacrés problèmes dans l’utilisation de ses données.
Ça ne veut pas dire que les outils libres ne récoltent pas de données personnelles. La seule différence c’est qu’il y a une transparence donc vous pouvez le savoir : majoritairement les logiciels libres sont justement garants de la protection de ces données personnelles. Ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas qui sont récupérées, en revanche elles ne sont jamais revendues, donc il n’y a pas du tout de profit qui est fait avec donc elles restent, finalement, sur le serveur. Quand vous devez créer un compte sur les services Framasoft pour accéder à vos pads de rédaction collaborative, forcément on a vos données qui sont certes votre mail et votre mot de passe, c’est tout, on ne vous a pas demandé votre adresse ou si votre maman a un chat, un chien ou, etc. Donc on récupère le moins possible de données, mais on en récupère quand même parce qu’elles nous servent tout simplement pour vous donner accès à vos comptes.

Peut-être que le troisième argument c’est que si on veut un monde du partage et de la coopération, en fait ça va de soi qu’on ne peut pas utiliser des outils qui sont propriétaires parce que la propriété privée, même si c’est par des entreprises, en fait elle repose sur le non partage.
En tout cas, si on est dans une idée d’un modèle de société qui serait différent du nôtre, qui sortirait du capitalisme actuel et qui serait davantage sur faire ensemble et faire avec, typiquement les logiciels privateurs ne sont clairement pas du tout la solution. Ça, ça peut être un troisième argument pour essayer de changer le monde.

Qu’est-ce qui te donne de l’énergie au sein de Framasoft ?

Typiquement c’est vraiment l’histoire de la valeur.
Quand j’étais bibliothécaire je faisais un travail où j’étais au service du public, où je transmettais de la connaissance et du savoir, j’allais dire que c’était déjà un métier hyper-passionnant – d’ailleurs je n’ai jamais fait de métier alimentaire dans toute ma carrière, je reconnais que j’ai eu une chance incroyable –, mais là j’atteins un niveau de valeur qui est encore plus proche, on va dire, de mes valeurs personnelles, donc j’ai une adéquation totale entre ce que je pense et ce que je fais, la structure dans laquelle je travaille.
Après, il y a le fait que c’est toujours hyper-agréable de rencontrer une maman que j’ai croisée lors d’un atelier, dans un cadre qui est celui-là, peu importe, et qui, deux ans plus tard, m’envoie un mail me disant « ça y est, ça m’a pris deux ans mais ça y est, j’ai réussi, je suis sortie de Gmail. » Je suis hyper-fière qu’elle m’envoie ça parce qu’en vrai elle aurait très bien pu se passer de moi pour se passer de Gmail. Mais il y a quand même le truc d’avoir mis l’étincelle et se dire « tiens, voilà, ces gens ont compris ce qu’il y avait derrière ». C’est ma grande plus grande fierté au sein de cette association, oui, de créer des déclics.

Un grand merci à Angie