Étienne Gonnu

Titre : Microsoft et l'Éducation nationale, les liaisons dangereuses
Intervenants : Étienne Gonnu - Camille Gévaudan - Erwan Cario
Lieu : Émission 56Kast - Épisode 83
Date : Octobre 2016
Durée : 33 min 28
Licence de la transcription : Verbatim
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Description

Cette semaine, Étienne Gonnu de l'April décrypte le partenariat qui lie Microsoft à l'Éducation nationale depuis un an : le géant américain de l'informatique fournit un « cloud » dans les écoles, forme les enseignants aux logiciels Microsoft… Est-ce bien normal ?

Transcription

Musique

Libération et Nolife présentent 56 Kast

Camille : Bienvenue dans le Varkast, autrement appelé 56 Kast numéro 83, de la quatrième saison troisième épisode, s4e03, où nous avons non seulement Erwan. Bonjour Erwan.

Erwan : Bonjour Camille.

Camille : Mais aussi Étienne Gonnu de l’April. Bonjour.

Étienne : Bonjour.

Erwan : Au lancement c’est toujours comme ça. C’est pour mettre directement… Pardon !

Camille : C’est parce que je suis contente de commencer une émission, tout le temps. Alors je montre que je suis contente !

Erwan : C’est bien !

Camille : Mais la prochaine fois je peux vous la faire déprime, si vous voulez.

Erwan : Non !

Camille : Après vous allez râler. Ce qui serait bien c’est qu’on commence par faire une petite actualité, tant qu’on est à parler de logiciels, parce que, en fin de saison dernière, on avait reçu ici même Laurent Costy1, qui zone à l’April, lui aussi, et qui nous expliquait comment il avait passé cinq ans de procès contre Hewlett-Packard, parce qu’il avait voulu acheter un ordinateur d’un modèle précis, mais sans les logiciels et le système d’exploitation qu’il y avait de préinstallés dessus. Et bien sûr, ce n’est pas possible, il faut faire un procès au fabricant de l’ordinateur pour essayer de se voir rembourser ce qui n’est finalement pas grand-chose. Eux, ils ne voulaient rien lâcher, ça a duré des années et tout ça, et puis, au bout d’un moment, il a perdu et il n’a pas voulu aller en Cour de cassation après, parce qu’il dit : « il faut des moyens financiers » qu’il estimait ne plus avoir. Et donc, à un moment, Hewlett-Packard a les moyens de continuer, lui n’a pas les moyens de continuer, donc Hewlett-Packard a gagné.

Mais il attendait un petit peu la décision de la Cour de justice européenne, sur une affaire similaire, qui devait tomber l’été 2016. Et elle est tombée le 7 septembre. Donc je vous en fait part : la Cour de justice de l’Union européenne a dit que non, [Camille montre la feuille sur laquelle est imprimée la sentence] « la vente d’un ordinateur équipé de logiciels préinstallés ne constitue pas une pratique déloyale dès lors qu’une telle offre n’est pas contraire aux exigences, blablabla, de la diligence professionnelle et n’altère pas le comportement économique des consommateurs ». Et c’est aux juridictions nationales, après, de voir si ça altère le comportement économique des consommateurs. Alors ça va être du pinaillage, mais en gros, ça veut dire perdu pour tout le monde.

Et, deuxième truc, on n’est même pas obligé d’indiquer le prix des logiciels qui sont préinstallés dans le prix d’un ordinateur, parce que ça peut aller jusqu’à 30 %, quand même, en gros, « parce que le prix de chacun de ces logiciels ne constitue pas une information substantielle et donc l’absence d’indication de prix ne saurait être considérée comme une pratique commerciale trompeuse. » Donc Laurent Costy m’a transmis cette information en commentant « c’est une très mauvaise nouvelle ! » Voilà !

Erwan : On sent légèrement une sorte de bonne pression de lobbies, derrière, qui ont réussi à faire valoir leur point de vue.

Camille : Non ! Il n’y a jamais ça dans l’Europe, les lobbies, je ne vois pas de quoi tu parles.

Erwan : C’est marrant parce que ça ressemble très exactement aux positions des constructeurs qui veulent balancer Windows avec leurs PC.

Étienne : Mais les constructeurs sont un peu coincés parce que, s’ils veulent vendre leurs machines, bien sûr, comme beaucoup de gens veulent une licence Windows, s’ils n’acceptent pas de vendre exclusivement des licences Windows, ils vont devoir les payer au prix fort. Donc du coup, ils sont coincés et eux aussi doivent, dans ce système, ne proposer que des licences Windows sur leurs ordinateurs. Donc on voit que c’est un vraiment tout un mécanisme qui est en place pour empêcher le choix.

Camille : La machine infernale !

Erwan : Mais du coup une fois que l’Europe a décidé, il n’y a plus de machine arrière. Enfin c’est compliqué.

Étienne : C’est compliqué. Il faudrait attendre. Nous, on attend une directive sur la loi de consommation, parce que finalement, l’échelon au-dessus, ce serait la directive, le niveau légal. Eh bien là, on pourra essayer de proposer des amendements pour, au moins, donner une information correcte aux consommateurs, si ce n’est de leur laisser choix. D’ailleurs c’était un peu l’argument, il me semble, du gouvernement français, parce qu’ils font des observations, et c’était de dire que finalement « ce n’est pas une information substantielle, le prix, parce que, de toutes façons, il n’y a pas le choix dans le logiciel, donc ils ne changeront pas. » On voit quand même un certain cynisme.

Erwan : Ouais. C’est l’œuf et la poule !

Étienne : C’est l’œuf et la poule, complètement.

Camille : C’est sûr. Bon eh bien voilà !

Erwan : Il n’y a pas le choix ! Pourquoi leur donner les prix ?

Camille : Maintenant qu’on a fait une information déprimante, on va passer à la suivante !

Musique

Camille : Dans le Quartier libre aujourd’hui, nous accueillons donc Étienne Gonnu qui est chargé de mission affaires publiques à l’April. C’est bien ça ?

Étienne : Exactement.

Camille : Donc l’association pour la défense et…

Étienne : Et la promotion

Camille : La promotion du logiciel libre et tu as, notamment, bossé sur le dossier du partenariat entre Microsoft et l’Éducation nationale qui va être notre sujet du jour. La petite actu c’est que, en fait, c’est un partenariat qui a été signé il y a un an, mais, entre temps, il y a un collectif d’associations libristes qui a porté plainte et on attendait une audience au tribunal de grande instance de Paris, qui est tombée cet été, et l’accord n’est pas suspendu, il court toujours. Du coup on va revenir, qu’est-ce que c’est que cet accord qui court toujours ?

Étienne : Voilà. On a appris ça. C’est le juge des référés. Lui ne décide pas si l’accord est légal ou pas. Il décide juste « est-ce que dans les conditions particulières il faut suspendre parce qu’il y a une urgence, parce qu’il y a un danger potentiel ? » C’était juridiquement compliqué, pour le juge, de juger autrement. C’était le collectif EduNathon2. L’April n’en faisait pas partie parce que c’était assez compliqué comme dossier, on s’est dit qu’il y avait déjà des associations qui s’en occupaient bien — les associations ont les moyens qu’elles ont —, donc on s’était dit qu’on allait mettre notre énergie ailleurs et soutenir, bien sûr. Donc c’est le Conseil National du Logiciel Libre, La Mouette, Ploss-Ra, donc Rhône-Alpes et l’ALDIL qui est basée à Lyon, donc des associations de libristes.

Camille : OK. Donc si on rembobine, le partenariat qui a été signé, c’était le 30 novembre 2015, entre la ministre de l’Éducation nationale, donc Najat Vallaud-Belkacem, et Microsoft. J’ai trouvé une petite vidéo de BFM Business à l’époque, qui avait présenté le sujet, juste un court extrait.

Voix off - BFM Business : D’abord les logiciels de Microsoft seront mis à disposition des établissements qui le souhaitent. Les élèves auront accès à Office et au cloud du géant américain, directement depuis leurs ordinateurs. Les enseignants, eux, pourront participer à des stages de formation aux outils de Microsoft. Mais ce n’est pas tout ! Le groupe américain entend aussi développer des applications éducatives, conçues pour accompagner les programmes de l’Éducation nationale. Microsoft va également expérimenter un programme d’apprentissage du codage informatique à l’école, avec formation des enseignants, et mise en route d’une plateforme de serious gaming pour aider les élèves à découvrir le langage informatique de manière ludique.

Camille : Voilà. C’est Microsoft all the way.

Étienne : Voilà !

Erwan : C’est ouf, quand même ! Juste une question introductive : vous l’avez vu venir ? Parce que moi, franchement, je me suis un peu, en caricaturant, je me suis levé un matin, j’ai vu ça, j’ai fait « mais ça vient d’où ? D’où est-ce que Najat Vallaud-Belkacem signe un partenariat, comme ça, avec Microsoft ? » On l’a vu venir ça ? Ou ?

Étienne : Moi je vais être honnête. J’ai commencé à l’April, je suis rentré à l’April en janvier 2016, donc je suis arrivé après la signature de cet accord. Alors je pense que ça nous a surpris parce que c’est vrai que c’est très gros, mais on voit quand même dans les années qui ont précédé ça, il y a toute une relation presque incestueuse. Je crois qu’il y a des gens qui travaillent chez Microsoft qui étaient membres de cabinets ministériels avant. Des choses comme ça.

Camille : Ah ! C’est charmant.

Étienne : J’ai retrouvé ça : par exemple il y avait une journée académique de l’innovation et du numérique, en mai 2014, et c’était tenu au siège de Microsoft. On voit que c’est noyauté, l’Éducation nationale est vraiment très noyautée par Microsoft. Quelque part ce n’est pas surprenant. On se dit à ce niveau ! Faire une telle annonce politique et qu’on va citer ça comme une chose merveilleuse et neutre technologiquement, c’est très gros.

Camille : Oui, c’est la French Tech, on va entrer dans le 21e siècle, quoi ! Et c’est quoi, en fait, le problème que Microsoft débarque comme ça dans l’Éducation nationale, en mettant la main sur tout ?

Étienne : Le problème est, je pense, de deux ordres. Déjà économiquement Microsoft, ils ont été reconnus, ils ont été condamnés plusieurs fois pour leurs pratiques anticoncurrentielles. Ils ont ce qu’on appelle une position dominante, un monopole, là, en arrivant et en contournant le marché public. Parce que le but d’un appel d’offres du marché public, c’est de permettre à tout acteur économique de proposer ses propres solutions. Là Microsoft dit : « Non, nous on donne, c’est du mécénat. » On a appris ça récemment, c’est un contrat de mécénat. Donc pas besoin de faire de marché public.

Camille : C’est ça qui leur permet d’éviter !

Étienne : Voilà. On donne pour 13 millions d’euros. Alors c’est un chiffre, on ne sait pas sur quoi c’est basé. D’ailleurs une petite anecdote, il y a quelqu’un, une réaction qui m’avait beaucoup amusé, parce qu’il a dit : « Moi je vous offre, vous voulez d’autres projets, eh bien moi je vous offre pour un milliard de GNU/Linux, de solutions GNU/Linux ». Ça a la valeur qu’on lui donne finalement, et c’est librement accessible en plus, donc il n’y a vraiment pas de raison. Donc Microsoft va offrir ses formations, va donner des tablettes, va donner du matériel et des licences, gratuitement. Du coup, personne d’autre ne peut rentrer sur ce marché-là. Ils cassent le marché, en fait, ils baissent les prix. D’ailleurs, quand on a une position dominante, le droit de la concurrence dit qu’on ne peut pas baisser les prix en dessous d’un certain seuil. Normalement, là on est clairement dans du champ, je pense, qui devrait relever de l’abus de position dominante. Je ne suis pas spécialiste de ce droit-là. Mais on voit que, parce que c’est un mécénat, parce qu’ils sont très gentils Microsoft, ça passe ! Il y a ce risque-là. Donc du coup, pour les acteurs économiques du logiciel, libre ou pas d’ailleurs, ils ne peuvent pas s’aligner. Qui peut, à part Microsoft, faire de tels dons ?

Camille : C’est ça c’est trop facile !

Étienne : C’est trop facile.

Camille : À un moment, s’il suffit de dire « c’est celui qui donne qui gagne », dans ce cas, c’est celui qui a le plus d’argent, logiquement.

Étienne : Voilà !

Camille : À la base, la réflexion ne va pas.

Étienne : C’est comme qu’on maintient un monopole : on tue les petits pour rester tout seul en haut.

Erwan : Et puis il y aussi cette citation d’Internet qui marche très bien dans ce cas-là, c’est quand c’est gratuit vous n’êtes pas le consommateur, vous êtes le produit. Et quelque part, là, l’Éducation nationale devient elle-même le produit.

Étienne : Là, ce sont les élèves qui deviennent les produits.

Erwan : Oui, ce sont les élèves.

Étienne : D’ailleurs on attend encore. Il devait y avoir une charte sur les données personnelles des élèves, parce que c’est quand même un des soucis majeurs, je trouve. On attend toujours.

Camille : Et sur le fait que l’Éducation nationale devient un peu produit de Microsoft ? Enfin c’est troublant comment Microsoft dernièrement a twitté des espèces de slogans avec la photo de la ministre, par exemple, ou des gens liés à l’Éducation nationale, avec des grandes phrases sur l’éducation numérique, l’avenir de demain, les enfants, blabla. Et ça c’est twitté par Microsoft en tant que pub, en fait.

Erwan : Super !

Étienne : Ils prennent la photo, ils mettent la citation, ils le mettent dans un encart Microsoft.

Camille : Oui. Ils mettent un petit tampon Microsoft.

Étienne : Donc quelqu’un qui ne fait pas attention, va lire ça, va se dire « elle dit ça à propos de Microsoft. Cette ministre, ce ministre dit ça à propos de Microsoft. »

Camille : Oui, c’est ça. Tu as l’impression que Vallaud-Belkacem devient la porte-parole de Microsoft.

Étienne : Tout à fait. Oui. Je pense qu’elle n’a pas donné son accord particulier, mais avoir au moins une réaction de dire « écoutez, non ». Elle serait dans son rôle de ministre, au service du service public de l’éducation et non pas d’une grande entreprise.

Erwan : Après ils sont quand même assez potes, pour le coup.

Étienne : Quand on voit les photos ! Ils signent, tout sourire, ils ont fait un buffet.

Camille : Quand tu signes un partenariat, tu ne vas pas faire la gueule, aussi !

Étienne : Et puis qui a accès, finalement aussi à l’éducation. Ils ont fait un dîner ensemble, ils discutent, ils échangent, ils se connaissent bien. Voilà. « Tiens, si on faisait un partenariat ! » Quel autre acteur à part Microsoft ? Des très grosses boites. Il y a Cisco, aussi, qui a fait un partenariat pour la formation supérieure. Je crois qu’il y a Atos qui a fait un nouveau partenariat : on prend tous les plus gros et on assoit leur position. On imagine derrière aussi, le chantage à l’emploi, les retombées économiques. Et l'autre problème économique, d’ailleurs, ça porte sur les élèves. Certes, pour les acteurs, c’est un problème, mais moi je pense qu’il y a encore plus grave : c’est pour les élèves et les consommateurs. C’est-à-dire qu’on leur met du Microsoft, très jeunes, dans les mains, déjà ils vont s’habituer à du Microsoft. Je pense que c’est assez reconnu qu’on est très sédentaires dans nos usages quand ça touche à l’informatique : on est habitués à Microsoft, on va rester sur Microsoft. Moi, on me donne un logiciel, j’ai mes devoirs à faire sur du Microsoft, je vais rentrer, je ne sais pas, mais est-ce que ce sera possible de le faire sur une distribution GNU/Linux, par exemple ? Donc toutes ces choses-là.

Camille : Après on oblige. Si on prévoit un environnement Microsoft à l’école, on le fait déborder, du coup, sur la maison, parce qu’il faut pouvoir continuer le travail que tu as commencé à l’école à la maison. Et on le fait déborder sur la vie professionnelle parce qu’après, ce sont des gens qui sont formés aux logiciels Microsoft, du coup la boîte fonctionne aussi sur des logiciels Microsoft, parce que tout le monde y est habitué. Je me rappelle, quand je faisais mes études, ça m’avait vachement marqué. Un prof nous avait dit, je ne sais plus, on parlait de pirater Photoshop et il nous avait dit : « Mais ce n’est pas grave, de toutes façons, Adobe ils n’iront jamais vous chercher. Piratez Photoshop tant que vous voulez ! Eux, leur intérêt, c’est que vous sachiez utiliser Photoshop et pas une alternative libre ou un autre logiciel. Comme ça, après, quand vous bossez dans une boîte, elle, elle achète Photophop ! »

Étienne : Bien sûr ! C’est vrai. Ce n’est pas évident de dire ça. Quand on ramène ça à des choses simples. D’ailleurs je crois qu’à Issy-les-Moulineaux, j’ai vu passer un gazou, comme on dit, sur Twitter, Microsoft — alors le siège de Microsoft est à Issy-les-Moulineaux, donc je pense que ça a un lien — ils vont offrir des licences aux parents d’élèves et aux élèves, des licences Windows et Microsoft Office.

Erwan : Ils sont sympas, quand même ! Ils sont sympas !

Étienne : Ils sont sympas. Je ne sais pas au bout d’un an, ça va durer un an, je pense que ça ne sera pas gratuitement renouvelable. Et puis sûrement, ils vont devoir donner des données, leurs coordonnées, peut-être même bancaires, pour pouvoir accéder au truc.

Erwan : Mais c’est vrai que l’acte est assez transparent, finalement. On voit très bien quel est l’intérêt de Microsoft dans l’histoire : c’est de formater les esprits des plus jeunes et c’est vrai qu’on commence sur Windows, on continue sous Windows.

Étienne : Après, il faut quand même se dire aussi, si on veut être un peu neutre, sans vouloir diaboliser Microsoft, finalement, eux c’est une entreprise privée, leur but c’est de faire du profit. Après, c’est comme ça que l’économie fonctionne. Et c’est là où, normalement, les pouvoirs publics, c’est à eux de mettre les barrières de dire « voilà, qu’est-ce qui relève de l’intérêt général ? » On parle quand même, en plus, d’un des services publics importants, si ce n’est, peut-être, le plus important qui est l’Éducation. Donc on se dit, normalement, l’Éducation à quoi ça sert ? L’Éducation nationale ? C’est pour former les jeunes à devenir des adultes émancipés, autonomes, avec un esprit critique développé. On se dirait que, normalement, il faut utiliser des logiciels qui garantissent leurs libertés informatiques, dans lesquels ils peuvent aller bidouiller, dans lesquels ils peuvent regarder. Ce n’est pas juste là pour apprendre un métier, pour apprendre à pousser des boutons, pour apprendre à utiliser un outil spécifique. Et on voit, c’est ce lien qui est un peu frustrant. On compare, on met sur le même niveau un logiciel, ou des outils spécifiques Microsoft, et le logiciel libre. Le logiciel libre, ce n’est pas un outil, c’est un modèle basé sur le partage des connaissances, sur le travail en commun. Quand on dit partage des connaissances et travail en commun, je pense que c’est assez adéquat avec l’Éducation nationale

Camille : En rapport avec l’Éducation nationale, tu veux dire ?

Étienne : Et je me dis « on est quand même plutôt bons, normalement ». Et neutralité technologique, elle est où la neutralité technologique ? Déjà, moi je pense que ça n’existe pas. C’est très politique. L’informatique c’est de plus en plus, on ne peut plus faire sans. Donc le choix des technologies et des modèles de développement technologiques qu’on va privilégier va avoir un impact politique énorme. On ne peut pas parler de neutralité technologique !

Camille : Oui. Et quitte à être politique autant chercher des valeurs proches de ce que devrait être l’Éducation nationale.

Étienne : Tout à fait. Oui. Moi j’ai, alors ces sont des audiences publiques donc je ne peux pas dire que j’ai eu la chance d’y assister, mais j’ai pu assister à l’audience au tribunal de grande instance et l’avocat de l’Éducation nationale, disait : « Mais on n’a pas de biais contre le logiciel libre. » J’avais envie de lui dire, mais j’étais juste dans l’audience donc je ne pouvais pas intervenir, « mais justement, il faut avoir un biais pour le logiciel libre, puisque c’est lui qui va garantir, qui va permettre aux élèves de vraiment apprendre comment fonctionne l’informatique. Qui va leur garantir des libertés. Qui va aussi maintenir une concurrence ouverte économiquement. Donc ayez un biais pour le logiciel libre, pour les libertés informatiques. »

Camille : Le logiciel libre n’est pas un lobby comme un autre à la recherche de ses propres intérêts.

Erwan : Oui, c’est un choix. C’est-à-dire que le logiciel libre, aujourd’hui on le sait, en plus ce n’est pas un choix par défaut le logiciel libre, c’est un choix actif. On le sait très bien. Entre guillemets si on ne réfléchit pas, notre ordinateur est sous Windows.

Étienne : On voit avec l'exemple de la vente forcée.

Erwan : Si on ne se pose pas de question, les ordinateurs sont sous Windows ou sous iOS, ou avec Apple. Mais si on ne réfléchit pas on prend la machine et voilà.

Étienne : Bien sûr.

Erwan : Donc le logiciel libre doit être un choix actif, doit être une décision, effectivement ce que tu le dis, il faut un biais pro logiciel libre et c’est une décision politique. Mais, quelque part, je trouve que là où c’est peut-être le plus déprimant, dans cette signature de contrat, c’est qu’on a l’impression qu’ils ont sorti définitivement l’informatique de la question politique.

Étienne : Tout à fait.

Erwan : C’est-à-dire que, tu sais quoi, on a l’impression que quand on leur dit ça, « oui l’informatique c’est politique », ils nous regardent bizarres, ils nous disent : « Restez dans votre bulle, vous nous parlez de quelque chose qui n’existe pas. »

Camille : L’informatique n’est pas traitée, aujourd’hui, comme les autres domaines économiques. Ils font, là, quelque chose qu’ils n’oseraient pas faire avec, je ne sais pas…

Étienne : Monsanto. J’aime bien cet exemple. Je ne sais plus. Quelqu’un de Framasoft disait : « Est-ce qu’on autoriserait, est-ce qu’on pourrait imaginer, je ne sais pas, que l’agriculture ou des événements sur l’éducation à l’agriculture soient au siège de Monsanto ? Soient faits par Monsanto ? Ou les cantines McDonald’s !

Erwan : Il ne faut parler trop vite, si ça se trouve ça existera. Il y aura Cash investigation dans trois semaines, ils vont parler de ça.

Étienne : Il faudra rester vigilants.

Erwan : Oui, oui, c’est un peu ça. On voit très bien dans le discours de Stallman quand il a créé les principes, les piliers du logiciel libre, c’est une démarche politique. Et je veux dire, ça fait des décennies qu’il y a ce discours-là et c’est complètement dingue qu’en 2016, ce soit, encore en 2016, alors que tout le monde utilise Internet, où les ordinateurs n’ont jamais été aussi utilisés, que ce discours soit le plus inaudible. J’ai l’impression qu’il n’a jamais été aussi inaudible. J’ai l’impression qu’il y a dix ans, il y avait encore des gens qui comprenaient que c’était politique, mais que là, aujourd’hui, c’est comme si l’informatique c’était Google, Apple, Microsoft et puis le reste !

Étienne : Je pense que ce que tu dis soulève aussi une question sur comment est-ce qu’on perçoit l’enseignement de l’informatique. On nous dit « on va donner des tablettes, super, et on va former au code. » Bon, ce n’est pas mal de former au code, mais enfin, ça reste minime. L’informatique ce n’est pas que technique. Il y a quand même des implications, enfin c’est très social, c’est très politique. On exerce plein de libertés maintenant grâce à l’informatique, on interagit entre nous par l’informatique, donc l’enseignement de l’informatique ça devrait être aussi apprendre à écrire sur Internet. C’est lié à l’histoire, à la grammaire. C’est lié à tout, en fait ! Tous les aspects sont liés à l’informatique. Donc considérer qu’il s’agit de donner des tablettes et de former au code, ça montre, je pense, un problème de compréhension assez profond. Au-delà du lobby je crois qu’il y a un problème de compréhension de ce qu’est l’informatique, de la place que ça a et des implications que ça peut avoir. On voit ça et c’est vraiment ! C’est flagrant aussi cette approche : on va à l’école pour apprendre un métier, maintenant. Je trouve ça déprimant. On va apprendre à pousser des boutons et au lieu de chercher à comprendre comment va marcher la machine on apprend juste : on voit le résultat. Le but ce n’est pas de voir comment ça va tourner, comme si on ne pouvait pas ouvrir le capot. C’est-à-dire on apprend la mécanique, on ouvre le truc, on regarde comment c’est bidouillé à l’intérieur, et on apprend ça. Ce n’est pas juste pour conduire la voiture derrière. Je m’embrouille, peut-être.

Erwan : Symboliquement, le fait que ce soit des tablettes le montre aussi.

Étienne : Oui, c’est vrai.

Camille : C’est le degré zéro.

Erwan : Les tablettes, c’est l’outil informatique avec lequel on n’interagit pas. Enfin si, on interagit, justement, on ne fait qu’interagir avec l’écran, sans pouvoir. D’ailleurs apprendre à coder sur tablette, moi ça me semble un poil problématique.

Étienne : C’est étonnant !

Erwan : La tablette est un peu l’outil informatique passif par excellence. Ce n’est qu’un écran interactif, qui n’apprend pas, justement, l’outil informatique à comprendre.

Camille : En plus, si je me souviens bien, quand ils ont préparé la loi numérique et qu’il y avait cette grande plateforme de consultations à laquelle tous les internautes pouvaient participer pour valider les mesures, pour en proposer d’autres et tout, il y avait un truc sur l’utilisation du logiciel libre à l’école et le vote avait été massif. Il y avait, je ne sais pas, 90 % des gens qui étaient pour.

Étienne : À l’école c’était un projet de loi, c’était en 2013, si je me rappelle bien. Là c’est l’April qui le portait, c’est « priorité au logiciel libre pour l’administration ». C’est-à-dire que quand une administration doit acheter un outil informatique, doit faire beaucoup de choses liées à l’informatique, elle doit en priorité utiliser des logiciels libres. On avait fait tout un argumentaire, c’est un autre sujet, et face à ces consultations on a fait des propositions. Le gouvernement a répondu point par point à toutes les propositions faites, donc ça c’était plutôt bien. Sauf que leurs réponses étaient de dire « il n’y a pas besoin de loi, il y a déjà une circulaire de 2012, très bien d’ailleurs, qui dit qu’il faut utiliser du logiciel libre ». On se dit « bon, c’est bien d’avoir une circulaire, maintenant il faut passer à l’échelon supérieur ». Et la réponse était « voilà, il n’y a pas besoin, on fait déjà plein d’efforts c’est merveilleux ! » Et un mois plus tard il y a ce partenariat qui nous tombe dessus. Donc on voit vraiment que les mots s’envolent quoi !

Camille : Et qui n’aurait pas été possible s’il y avait eu une loi, en l’occurrence.

Étienne : Eh bien, c’est compliqué parce que justement, ils ne sont pas passés par le marché public. Ils ont utilisé le contrat de mécénat.

Camille : C’est vrai qu’il y a le mécénat !

Étienne : Pour contourner.

Camille : Astuce ! Ah c’est fou quand même. En plus, à l’école, il y a un truc qu’ils utilisent beaucoup maintenant. Ils sont tous dans le serious gaming, et ça tombe bien. Il y a un jeu qui est vachement bien pour apprendre la logique avec des gros cubes et des couleurs, qui s’appelle Minecraft. Et par qui a été racheté Minecraft récemment ?

Erwan : Laisse-moi deviner !

Camille : Par Microsoft !

Étienne : Non ! On n’en peut plus !

Erwan : Deux milliards !

Camille : Ouais ! Deux milliards, quand même. Et donc c’est formidable. Même par Minecraft, ils arrivent, Microsoft arrive à se réinsérer là-dedans. Et alors j’ai vu une actu, là très récemment, qui m’a fait rire : Framasoft qui est toujours prêt à « dégoogliser » l’Internet et à proposer ses « framalternatives » à absolument tout ce qui existe, a récupéré un clone libre de Minecraft qui s’appelle Minetest3 et en a fait un « Framaminetest », ou à peu près le nom, et donc maintenant il y a un Framinetest4 pour utiliser à l’école. Donc ça existe quoi !

Étienne : Oui, j’ai vu le même article et puis je crois qu’il y a des liens avec des professeurs. C’est génial. Il y a des liens avec des professeurs qui partagent comment ils s’en servent pour l’éducation, donc plein de matières différentes. Pour le cours d’histoire on a fait comme ça, pour les SVT j’ai fait tel projet, donc des gens vont venir contribuer. Il y a une émulation, comme ça, qui est vachement bien, et qui n’est pas possible avec des logiciels fermés.

Camille : Ça veut dire que maintenant on est obligé de passer par les initiatives individuelles des professeurs pour contrer Microsoft ?

Étienne : C’est vrai que ce sont les acteurs de terrain, je pense qu’on peut dire ça comme ça, c’est-à-dire les enseignants, les agents publics quels qu’ils soient, ce sont eux qui sont au front un petit peu, de ça. L’intérêt aussi d’une loi, parce qu’on n’est pas naïfs, ça ne change pas tout du jour au lendemain, mais c’est de leur donner des arguments forts pour pouvoir dire à leurs directeurs, aux principaux de l’école, aux directeurs des systèmes d’information : « Les gars, là il faut utiliser du logiciel libre ». C’est comme ça que ça marche après, ça part toujours de la base, en général. Il faut équiper ses personnels, les aider, notamment avec du texte et avec des signaux. Et c’est sûr que je ne peux qu’imaginer le désarroi des enseignants qui militent pour du logiciel libre, quand leur ministre signe un partenariat tout sourire avec Microsoft et leur dit que c’est ça le futur du numérique ! C’est un peu triste.

Erwan : Je vais éviter de réutiliser le mot déprimant, on va trouver un autre qualificatif, mais ce qui est affligeant là-dedans, c’est que ça sous-entend aussi, cette signature, que le logiciel libre ne peut pas être une solution viable pour l’Éducation nationale. L’Éducation nationale est justement l’endroit où on doit imposer le logiciel libre, parce qu’on voit très bien, dans la vie de tous les jours, et ça ne concerne pas que l’Éducation nationale, les distributions Linux ont un peu de mal à intégrer le grand public. Enfin c’est quelque chose, et s’il y a un seul endroit où on peut changer ça, c’est bien dans l’Éducation nationale, en mettant dans les mains des élèves des distributions Linux qui sont aujourd’hui tout à fait aussi ergonomiques, voire plus ergonomiques, très souvent, que Windows 10. Graphiquement c’est très beau. Ça marche très bien, on a à peu près, même, on a absolument tous les outils nécessaires que ce soit en traitement de texte, traitement d’image, navigateur Internet évidemment, on a tout ce qu’il faut. Et justement l’Éducation nationale est là aussi, c’est ça qui aurait été formidable, c’est de dire « regardez, c’est la même chose ! » Enfin ce n’est pas la même chose, mais on a les mêmes fonctionnalités.

Étienne : Ce n’est pas réservé aux experts, il y a cette image-là oui.

Erwan : Et la distribution Linux n’est pas ce truc, absolument imbitable, réservé aux experts.

Camille : Avec des trucs verts sur fond noir, et ça fait bip, bip, bip.

Erwan : Avec des lignes de code qu’utilisent des hackers russes. Non, ce n’est pas ça. C’est quelque chose qui est aussi convivial que du Windows, voire plus convivial si on s’en sert bien. C’est ça qui est affligeant. Justement c’est à l’Éducation nationale, quand tu parlais de biais, il faudrait avoir un biais pour le logiciel libre, pour montrer qu’il y a des choses, et à ce moment-là, si les élèves décident d’utiliser Windows, après, ils auront le droit.

Étienne : Et ce sera un choix, éclairé.

Erwan : Ce sera un choix.

Camille : Erwan, moi je vote pour toi !

Erwan : Je ne me présente pas !

Étienne : C’est quelque chose qui est très juste. Nous, par exemple, pour le service public, pour les administrations en général, on disait « priorité », ça veut dire que si vous pouvez utilisez du libre, et s’il y a mieux ailleurs, utilisez autre chose. Mais dans l’Éducation moi je pense, qu’effectivement, il ne doit pas y avoir d’autre choix. C’est du libre qu’il faut utiliser, parce qu’il y a des problèmes de données personnelles qui sont de plus en plus importantes, ce sont de meilleurs outils, il n’y a pas mieux en termes de formation d’esprit, ne serait-ce que de voir, je pense qu’on apprend à voir comment fonctionne. Moi je ne suis pas du tout informaticien et je pense que, d’ailleurs, le logiciel libre n’est pas du tout seulement un problème d’informaticiens, c’est un problème de société, de société libre et comment on perçoit le progrès, presque, j’ai envie de dire. Et de comprendre les rouages et ce qui fait tourner une machine informatique parce que ce sont des syllogismes, des suites logiques, c’est très formateur pour un esprit, je trouve.

Erwan : Et quand même ce qui est le plus troublant dans le sujet de BFM Business qu’on a regardé tout à l’heure, c’est la voix du journaliste qui dit, d’une manière totalement naturelle, et quelque chose qui va de soi : « Ils pourront utiliser le cloud du géant américain. » Et tu es là « ah oui, quand même, on va loin ! » C’est-à-dire qu’on est en 2016, la grande question des données personnelles, de où se trouve le cloud, de où sont stockées les données, de qui les réutilise et tout ça, et là Hop !

Camille : Contrôle de la vie privée !

Erwan : Non, non, mais l’Éducation nationale ils auront la possibilité. Quels veinards ! Quelle bande de veinards, ces élèves, quand même ! Pourquoi on râle, au fait ? Je ne sais pas ! Ils peuvent utiliser le cloud de Microsoft ! Enfin !

Étienne : Mais c’est « attendez, ce sont des outils que tout le monde utilise, c’est très bien de leur apprendre ça. Quand ils auront des métiers, c’est ça qu’ils utiliseront. Et puis c’est gratuit ! »

Camille : Quand ils seront banquiers ils auront le même univers. C’est bon ! Ça va !

Étienne : Je pense qu’au-delà même de Microsoft, si on fait un pas de recul, la manière dont les choses, dont le logiciel est codé, ça a des impacts sur son fonctionnement et sur le rapport, forcément, à la technologie. Donc si c’est fermé, on ne sait pas ce qui se passe derrière. Donc on ne sait pas. Il n’est pas à notre service, il est au service de la personne qui l’a programmé.

Erwan : Stallman, sors de ce corps ! Pardon !

Étienne : Disons quand c’est libre, ça revient à voir. Du coup je reviens sur le même sujet, mais c’est comme ça qu’on voit comment ça fonctionne. Et c’est parce qu’on sait comment ça fonctionne qu’on est capable de l’utiliser, de faire des choix éclairés pour plus tard, de faire des choix pour soi-même, et ça touche à des choses si importantes, que ce soit la vie privée.

Camille : C’est comme ça dans la vie. Quand tu as la transparence, tu as la confiance.

Étienne : Et ça touche à des choses vachement importantes en termes de vie de société, en termes de liberté d’expression et de protection de la vie privée, pour prendre deux exemples majeurs. Ce n’est pas en périphérie, ce n’est pas sur le côté l’informatique : c’est central dans tous les aspects de notre vie. Donc c’est pour ça que c’est d’autant plus important de former les gens à comprendre. Pas seulement à coder, mais à comprendre comment ça marche.

Erwan : Et on fait quoi maintenant qu’on a perdu ?

Étienne : On n’a pas perdu. On a perdu une bataille.

Erwan : J’ai pris parti ? Non ? J’ai pris parti un peu ? C’est ça l’objectivité.

Camille : Mais non ! À part les initiatives individuelles d’établissements, de professeurs, pour essayer de pousser le libre par les petites portes, est-ce qu’on peut encore faire quelque chose contre ce partenariat, ou pas ?

Étienne : Moi ça me parait compliqué. Le collectif envisage des suites. Ils ne savent pas trop, encore, ce qu’ils vont faire. C’est compliqué parce que, juridiquement, malheureusement, ça se tient. Après, justement, ça va être soutenir ces personnes qui continuent leur action et à un niveau plus haut ça va être la prochaine loi, par exemple sur l’Éducation, encore pousser pour le recours au logiciel libre. Ça va être… Partenariat. Ça, ça a été soulevé, le juge avait posé la question et l’avocat de l’Éducation nationale ne savait pas répondre. Donc le partenariat dure dix-huit mois. La question c’est « est-ce que ça va être renouvelé ? »

Camille : Ah, oui. Parce que là, comme on a déjà fait un an, il ne reste que six mois. Non ?

Étienne : Voilà, il reste six mois. Donc on pourra se poser la question, s’il y a un renouvellement, peut-être que là, il y aura des indices plus forts, on va dire qu’effectivement ça ressemble vachement à un marché public, à une dissimulation de marché public, donc à ce moment-là ça pourrait être l’occasion. Et puis c’est continuer à en parler, à faire du bruit autour, à expliquer.

Camille : Une petite prestation.

Étienne : Mais aussi avoir une attitude pédagogique, c’est-à-dire expliquer. Ça reste des sujets complexes, donc c’est d’aller voir, de communiquer, pour apprendre aux parents d’élèves, pour apprendre aux directeurs d’école : « Regardez pourquoi c’est si important d’utiliser des logiciels libres ». Donc soutenir les enseignants et ainsi de suite. C’est un combat sur plein de fronts en même temps, en fait. Et là, sur ce partenariat, eh bien malheureusement ! Voilà !

Camille : S’il n’est pas renouvelé et puis qu’on arrive à changer les choses au fur et à mesure, on va essayer de garder espoir, c’est ça que je voulais dire en fait.

Erwan : On va suivre ça.

Étienne : On va y arriver. Le problème c’est dans combien de temps on va y arriver. Je trouve qu’on n’a pas de temps à perdre. Il y a plein d’exemples. On voit les révélations de Snowden et on voit le peu d’impacts que ça a pu avoir, alors que ça a mis tout le monde « oh, mon Dieu, on est espionnés de toutes parts ». Eh bien, oui, si on utilisait le logiciel libre.

Camille : Oui. On est scandalisés et on continue comme avant.

Étienne : Et d’ailleurs on se dit ils utilisaient beaucoup Microsoft, parce qu’il y avait des failles, volontaires ou pas, je ne vais pas vous faire de jugement, mais il y avait des failles dans les logiciels Microsoft qui permettaient à la NSA d’aller espionner les gens.

Camille : Ah, ben ça alors !

Étienne : Quand ces gens-là sont des élèves, des jeunes élèves, et qu’on se dit peut-être qu’on est en train d’offrir des failles qui permettent aux entreprises étrangères ou à des services étrangers d’aller regarder ce qu’ils font, c’est un peu inquiétant !

Camille : Mais si ! Tout va bien !

Étienne : Mais ça va aller, on va y arriver. Ça prend du temps, mais non, on y arrivera. Les gens vont comprendre au bout d’un moment.

Erwan : Au bout d'un moment !

Camille : Est-ce qu’un panda roux aiderait à améliorer la situation ,ou pas ?

Étienne : Un panda roux ça aide toujours !

Camille : Oui, on va faire ça alors.

Musique

À POILS

Camille : Ce n’est pas un panda roux, ce sont des hamsters.

Happy Birthday Dumptruck et Porkchop (Aprilsanimals)

Erwan : Ah ben d’accord, le panda roux ! Mais ce n’est pas mal !

Camille : Eh bien ce n’était pas du tout un panda roux. Pardon ! C’étaient des hamsters. Je me suis confondue entre mes émissions. Ils s’appellent Dumptruck et Porkchop et si vous vous souvenez, on les a déjà montrés ici : ils faisaient une course d’obstacles avec des petites échelles et des petites haies à sauter, tout ça. C’était les Jeux olympiques des hamsters. C’est sur la chaîne Aprilsanimals, avec une chanson de Aron Blue , sous licence Creative Commons. Oui !

Étienne : J’ai oublié un tout petit point. Si, il y a un truc qu’on peut faire aussi, ça a son utilité, on avait fait un communiqué, avec l’April et plein d’autres associations du libre, un communiqué avec un appel à soutien5, pour décrire et expliquer pourquoi c’était un deal ce partenariat. On est à plus de 7 500 signatures. C’est encore actif. Je crois qu’aujourd’hui il y a encore eu de nouvelles signatures. Il suffit d’aller dans Duck Duck Go ou votre moteur de recherche préféré. Vous tapez April, partenariat indigne, Microsoft, et vraiment ça doit être dans les premiers liens. Alors n’hésitez pas à soutenir.

Camille : April partenariat indigne. Vous signez s’il vous plaît !

Erwan : Voilà.

Étienne : Merci.

Camille : Bon ! Eh bien merci beaucoup.

Étienne : Merci à vous.

Erwan : Merci.

Camille : Et à la prochaine. Salut !

Erwan : Ciao.