Aujourd'hui l'Économie est consacré au portrait de Rishi Sunak, 40 ans, chancelier de l'Échiquier depuis février 2020, la plus haute fonction du gouvernement britannique après celle du Premier ministre. Il fait face à une double épreuve : la pandémie et le Brexit.

« Notre urgence sanitaire est encore là et notre urgence économique ne fait que commencer », a alerté Rishi Sunak, lors de la présentation ce mercredi du budget 2020-2021.

Dès mars 2020, le nouveau ministre alors inconnu du public, n’a pas hésité à ouvrir grand les vannes. « J’ai pris mes fonctions, et j’ai eu à établir un budget en trois semaines, explique-t-il au micro de LABBible TV. Je pensais alors que ce serait le travail le plus dur de toute ma vie professionnelle, mais cela a été en fait le plus facile. » 

Pour soutenir l’économie, Rishi Sunak a débloqué par moins de 280 milliards de livres cette année. « Une des mesures phare est le chômage partiel qui paye 80 % du salaire, jusqu’à 2 500 livres par mois, des employés des entreprises qui ont dû fermer à cause des restrictions », analyse Thomas Pugh, économiste chez Capital Economics.

« Rishi Sunak a aussi repoussé le paiement d’impôts pour les entreprises, notamment les taxes foncières, poursuit l'expert.  L’autre mécanisme qui l’a rendu populaire, c’est le "Eat Out to Help out", qui a permis en août de payer la moitié du prix d’un repas pris dans un pub ou un restaurant, environ 10 livres par personne. C’est de cela que lui vient le surnom "Dishy Rishi". "A Dish", veut dire un plat en anglais. Ces aides ont été extrêmement efficaces. Le chômage a augmenté de seulement 3,8 % au lieu de 4,8 %. »
« Pas le premier chancelier de couleur »
C’est vêtu d’un sweat blanc à capuche, que le télégénique « Dishy Rishi », a lancé son programme. La politique n’était pourtant pas une évidence pour ce fil d’émigrés indiens, installés à Southampton dans le sud-est de l’Angleterre.

 « Je n’étais pas intéressé par la politique quand j’étais très jeune, confie Rishi Sunak. L’inspiration m’est venue de mon père, médecin généraliste et de ma mère pharmacienne que j’aidais en livrant des médicaments aux patients de notre localité. C’est ce faisant que j’ai réalisé combien ils étaient importants pour leur communauté. Ma famille a été bien intégrée dans ce pays très tolérant. Je ne suis pas le premier chancelier de couleur. Quand vous travaillez dur, vous vous intégrez, vous pouvez réaliser vos rêves. »

Pour y parvenir, Rishi Sunak passe par les grandes portes. Il fréquente le chic pensionnat de garçons, Winchester College. Il étudie la philosophie et la politique et l’économie dans les prestigieuses universités d’Oxford en Angleterre et de Stanford en Amérique. Il décroche ensuite un poste chez Goldman Sachs. Il se marie à la fille du richissime Narayana Murthy, fondateur de l'entreprise informatique indienne Infosys. Il entre en politique en 2015, à 35 ans, et devient secrétaire en chef du Trésor en 2019. Aujourd’hui grand argentier, ce partisan du Brexit pousse pour une sortie avec accord, conscient des enjeux.
« C'est facile de se faire des amis quand vous distribuez de l'argent »
« L'Union européenne est de loin le partenaire le plus important du Royaume-Uni, rappelle Shaun Flanagan, directeur des évaluations au Legatum Institute. Elle représente de 40 à 43 % de ses exportations, ainsi que la moitié des importations. La question cruciale est de savoir si elle le restera. Les discussions continuent. Parallèlement, le gouvernement met en place des négociations pour signer des accords bilatéraux avec d'autres pays. Un accord de libre-échange vient d'être sécurisé avec le Japon. On aura le futur grand accord avec le Canada. Le Royaume-Uni a signé une quarantaine d’accords en tant que membre de l'UE. Je pense que la moitié d'entre eux, ceux qui couvrent une cinquantaine de pays ou de territoires, seront toujours en vigueur le 1er janvier 2021. » 

Jeune, ambitieux, courageux, la nouvelle star des Tories est arrivée au bon endroit au bon moment, reconnaît Thomas Pugh de Capital Economics. « Il est réellement très populaire, plus encore que Boris Johnson et certains le voient bien devenir le prochain Premier ministre. Mais bien sûr c’est facile de se faire des amis quand vous distribuez de l’argent. La véritable épreuve viendra pour lui quand on sortira de cette crise et qu’il faudra augmenter les impôts, et réduire la dette qui s’est accumulée. »

Rishi Sunak laisse filer les cordons de la bourse dans son pays, une première depuis 300 ans. Mais il a bien prévenu : cette politique économique ne pourra pas durer.

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