À trois semaines des élections présidentielles aux États-Unis, Tim Cook ouvre le bal. Le patron d’Apple, le géant du numérique, a lancé cette semaine quatre iPhone 12 avec la 5G, la nouvelle génération de téléphonie mobile ultra-rapide, fabriquée avec des métaux rares recyclés.

Tim Cook est né il y a soixante ans, en Alabama dans le Sud-Est des États-Unis. Son père était ouvrier dans un chantier naval et sa mère au foyer. Ce bourreau de travail, qui se lèverait à 4 heures le matin et consulterait jusqu’à 800 mails par jour, obtient un MBA en administration des affaires de la Duke University, la « Harvard du Sud » des USA. Il gravit les échelons à IBM dans la technologie informatique pendant une dizaine années ; puis il rejoint Apple en 1998 et en prend les rênes quand Steve Jobs, malade, démissionne.

Remarquable homme de marketing, Tim Cook créé l’engouement pour l’iPod Nano, puis différentes gammes d’iPhones et d’iPads. Guy Mamou-Mani est co président du Groupe Open, une entreprise de services du numérique : « Récupérer l’héritage de Steve job était une tâche immense et il s’en est bien sorti. Evidemment, il n’a pas refait les innovations extraordinaires que Steve Jobs avait créées. En revanche, il a fait son job : multiplier par 5 le chiffre d’Affaires de l’entreprise depuis qu’il est arrivé, multiplier par trois sa valorisation en bourse, Apple est la valeur la plus importante du monde, et il a toujours un mot pour la réconciliation entre le numérique et l’environnement, la réconciliation entre le numérique et l’homme. Tout cela me le rend plutôt sympathique. »

Un homme ouvert...

Apple a franchi en août 2020 le seuil des 2 000 milliards de dollars de capitalisation. Une performance que Tim Cook relativise en septembre, lors Festival Atlantic virtuel : « Ce n’est pas une obsession pour nous, nous ne sommes pas préoccupés par la capitalisation boursière de la compagnie. Ce qui compte pour nous c’est de fabriquer les meilleurs produits du monde qui vont améliorer la vie des gens. Vous savez, la première chose que je fais quand je me lève le matin, c’est lire les mails des consommateurs. Le cours de l'action est le résultat de notre intérêt pour les utilisateurs et les produits. »

Homme ouvert, défenseur de l’égalité pour tous et de nombreuses causes humanitaires Tim Cook est, avec une rémunération totale de 133 millions de dollars en 2019, le deuxième patron le mieux payé aux États-Unis, derrière Elon Musk, le co-fondateur de Tesla. Mais il fait face à de nombreux défis professionnels. La Commission européenne bataille pour que le groupe, chantre de l’optimisation fiscale, à l’instar d’autres GAFA, verse 13 milliards d’euros d’arriérés d’impôts à l’Irlande. Aux États-Unis, les autorités enquêtent depuis un an sur l’éventuel abus de position dominante du géant de l’informatique et la pertinence des lois antitrust. Tim Cook assume : « Je n'ai aucun problème à ce qu'Apple soit placé sous le microscope... et j’espère que lorsque les gens auront entendu notre histoire, cela deviendra évident pour eux que nous n'avons pas de monopole ».

Mais qu’en pense le spécialiste du numérique Guy Mamou-Mani : « On ne serait pas sous la présidence d’un Trump, il y aurait un vrai sujet autour des Gafa. Pas uniquement Apple. Ils ont quand même un certain monopole et cela relèverait d’une étude très sérieuse pour rééquilibrer les marchés et ne pas laisser à ces entreprises cette puissance démesurée. Je pense que Tim Cook a quand même à se préoccuper sérieusement de cette affaire. »

Et très politisé

Tim Cook entretient des relations directes avec le président américain, en guerre commerciale avec la Chine. Il a même obtenu une exemption de tarifs douaniers pour une gamme de portables assemblés en Chine, alors qu’il y a trois ans, Donald Trump appelait les Américain à boycotter la marque à la pomme. Yukari Iwatane Kane est journaliste pour the Wall Street Journal et auteure d’un livre sur Tim Cook, intitulé Haunted Empire : Apple after Steve Jobs. Traduire L’Empire hanté : Apple après Steve Jobs.

« Tim Cook est un homme malin et pragmatique. Et il a grandi dans le sud, dans l’État d’Alabama, ne l’oubliez pas, un État républicain peuplé de gens très conservateurs et il sait sans doute gérer le relationnel avec eux. Et puis, quand on est le patron de la d’une des plus importantes entreprises du pays, on ne peut pas ignorer le président. Donc, c’est une relation d’ordre pratique. »

Les patrons de grandes entreprises technologiques affichent, en général, une certaine neutralité politique et lors d’élections soutiennent et offrent du matériel à la fois aux Démocrates et aux Républicains. Tim Cook dit lui s'intéresser « aux politiques et non à la politique ».