Le président chinois Xi Jinping est l’inspirateur de la politique économique de son pays. D’une main de fer, il a imposé une stratégie « zéro Covid » qui affaiblit sérieusement la consommation, le commerce et la croissance. Mais pour le président chinois, il s'agit d'une bataille politique qu'il faut gagner à tout prix. Il est notre « Portrait » de la semaine.
Muraille d’acier
Cheveux pour toujours noirs, l'air triomphant, Xi Jinping n'oublie jamais d'exalter la fibre nationale, comme lors d'une impressionnante cérémonie en 2021. C’était pour les cent ans du parti communiste chinois : « Le peuple chinois ne permettra jamais à aucune force étrangère de nous intimider, de nous opprimer ou de nous asservir. Quiconque voudra le faire, devra sûrement faire face à une effusion de sang devant une grande muraille d'acier construite par plus d'un milliard quatre cents millions de Chinois ».
Ennemi du peuple
C'est à Pékin que Xi Jinping naît y a 68 ans. Deuxième de la fratrie de quatre enfants, il grandit dans un milieu aisé. Son père est un haut fonctionnaire communiste. Victime de purges, il est arrêté, condamné et publiquement humilié. Les gardes rouges forcent le fils à le dénoncer. Harcelée, elle aussi, sa sœur aînée se suicide, alors que Xi Jinping adhère aux idées communistes.

En 1966, la révolution culturelle s'abat sur la Chine. Mao Zedong consolide son pouvoir. Trois ans plus tard, taxé d'ennemi du peuple, Xi Jinping est envoyé à la campagne pour des travaux forcés comme des millions des citadins chinois de l'époque. C'est pendant ces années-là que son caractère s'est forgé, estime Alex Payette, co-fondateur et président du groupe Cersius, une société basée à Montréal et spécialisée en intelligence stratégique et géopolitique : « La révolution culturelle qui va l'affecter grandement, va aussi lui apprendre comment la politique à l'intérieur du parti fonctionne, comment les choses doivent être conduites pour obtenir le gain de cause. C'est la génération de la révolution culturelle qui a appris la politique à la dure. Ces gens-là ont eu l’expérience au premier degré de ce qui s'est passé, et qui agissent de manière qualifiée par certains historiens en Chine de plus téméraire. Dans une logique de mobilisation de masses, comme on l'a déjà vu dans les années soixante. Mais c'est aussi l'école du parti à laquelle Xi JInping est allé. L'école de la révolution où on n'apprend la révolution qu'en faisant la révolution. Cela exercera une influence directe sur la façon dont il voit le rôle du parti dans l'économie. Mais aussi le rôle de l'économie pour le développement de l'État chinois ».
La quête du pouvoir
C’est en 1974 que Xi Jinping adhère au Parti communiste. Diplômé en chimie, il commence sa carrière politique en bas de l'échelle, comme premier secrétaire du parti dans une province éloignée. Puis il se lance dans une quête du pouvoir, couronnée en 2012.

Désigné secrétaire général du parti, Xi Jinping succède à Hu Jintao en tant que président de la Chine. Choisi au nom de la lutte contre la corruption, estime Mary-Françoise Renard, professeure d'économie émérite à l'Université Clermont-Auvergne. Elle est auteure du livre intitulé La Chine dans l'économie mondiale. Entre dépendance et domination, aux éditions Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal : « On voit bien l'évolution de la politique économique de Xi Jinping qui, petit à petit, s'éloigne de ce qui avait été fait dans l'ère précédente par Deng Xiaoping et ses successeurs. Ce qui se reflète dans l'accroissement du contrôle. On l'a vu avec les entreprises de la tech, on l'a vu avec les hauts revenus considérés comme excessifs, ou encore avec les jeux vidéo pour mineurs ».
Le retour de l’État dans l’économie
Car selon Xi Jinping, les réformes économiques d’inspiration libérale initiées par Deng Xiaoping à partir de 1979 n’ont fait qu’éloigner la Chine de son idéal communiste. En conséquence, elles « ont mené à la corruption du parti et à la corruption de la société chinoise », estime Alex Payette. Cette idée d’ouverture révulse Xi Jinping. Il est conforté en cela par la chute de l’URSS, d’un côté, et de l’autre, la montée en force des oligarques en Russie dans les années 1990.

Xi Jinping remet l’État au centre de l’économie. Sa politique est une nouvelle forme du dirigisme. C’est de là que découlent deux principes de sa pensée économique apparus en 2020 : la « circulation duale », qui vise à rendre la Chine économiquement moins dépendante de l’étranger, et la « prospérité commune », dont l’objectif est de soutenir un développement équitable. Et en cela de garantir à la population que le parti communiste et le gouvernement se soucient de leur bien-être.
Le Parti communiste chinois veille
S’agit-il d’une nouvelle révolution ? Non, répond Mary-Françoise Renard. « Ça n’est pas un nouveau système économique, il n’y a pas une révolution économique en Chine. On continue dans une voie qui est comparable. Mais ce qui est tout à fait remarquable avec Xi Jinping c'est que sa politique s’accompagne d’une montée du contrôle de la part du parti communiste. On le voit dans les entreprises où les cellules du parti étaient plus en moins actives. Le rôle de ces cellules devient aujourd’hui beaucoup plus important », affirme l’économiste.

Un mélange d’économie de marché et d’intervention de l'État, s'adresser davantage aux entreprises qu'aux ménages, un système bancaire surveillé. C’est la doctrine de Xi Jinping. Le président chinois qui promet que la Chine restera « ouverte sur le monde », mais insiste à ce qu’elle s’éloigne du système de valeurs capitaliste occidental.

En attendant, son plan de relance pourrait dérailler. Il n’est pas sûr que les Chinois jouent le jeu et qu’ils continuent de dépenser leur argent dans les biens de consommation, alors qu’ils sont malmenés par les restrictions draconiennes qui font à leur tour fuir les investisseurs étrangers.