À Hong Kong, la tension est toujours à son comble autour de l'université polytechnique, où des centaines d'étudiants contestataires sont toujours retranchés depuis trois jours. Faute de réponse politique à leur mouvement, ils ont appelé leurs partisans à « étrangler l’économie ».

Cinq mois de manifestations continues ont plongé dans la récession Hong Kong, cet îlot recherché par les milliardaires. C’est officiel depuis vendredi : la croissance est maintenant négative, à -2,9% en variation annuelle. Depuis la rétrocession à la Chine, l’ancienne colonie britannique vit sans doute son pire malaise économique. Elle a déjà connu la récession en 2003, à cause de la grippe aviaire, puis en 2008, suite à la débâcle financière américaine. Cette fois, les causes sont internes : la tourmente politique resserre son étreinte sur l’économie. Personne ne voit une issue rapide à cette récession tant qu’un dialogue ne sera pas amorcé entre les jeunes contestataires et les autorités.

Quels sont les secteurs de l'économie les plus touchés ?

Ce sont le tourisme et le commerce. Les ventes de détail sont en chute libre depuis cet été. Idem pour le trafic aérien : -13 % pour le seul mois d’octobre. Et le chômage, quasi inexistant jusqu’alors dans cette cité d’immigration, est en train de poindre. Les restaurants, les commerces commencent par baisser les salaires pour finalement licencier à cause des fréquentes fermetures entraînées par les émeutes. La finance, l’autre pilier de l’archipel, a été jusqu'à maintenant relativement épargnée. La Bourse a certes perdu 12 % depuis le mois de juin, mais elle demeure à un niveau supérieur à celui de janvier 2019. Les échauffourées de la semaine dernière dans le quartier historique des affaires situé sur l’île de Hong Kong ont été le seul moment de confrontation réelle entre les manifestants et les magnats des marchés. Hormis les incidences sur la vie privée, l’allongement de la durée des transports par exemple, les affaires continuent, témoigne l’un des cadres de cette industrie florissante.

Comment expliquer la résilience de la finance ?

Honk Kong est le troisième centre financier au monde, derrière New York et Londres. Et cette place de choix, liée à son statut, est sans doute sa meilleure assurance-vie. La Chine continentale, qui a repris ce confetti d'empire, a toujours besoin du « hub » financier qu'il représente, un point de passage encore incontournable entre l’Occident et la Chine. C’est toujours la porte de transit pour les investisseurs étrangers que la Chine veut bien accueillir, parce qu'ils savent que leurs avoirs sont ici sécurisés. Et pour les entreprises chinoises, c’est le sas vers les marchés mondialisés. Elles se ruent à Hong Kong pour se faire coter. Depuis quelques années, leur présence fait la fortune de la Bourse locale. En témoigne la cotation d’Alibaba prévue mardi prochain. Le géant chinois du commerce en ligne cherche à lever 13 milliards de dollars, alors que la rue est à feu et à sang.

La cotation d'Alibaba aura-t-elle vraiment lieu ?

Alibaba a commencé le processus en juin et l'a sans cesse retardé à cause des troubles politiques. On peut donc s'interroger sur le choix de la date. Certains y voient un geste politique de Pékin, une façon de dire au reste du monde que la ville continue à délivrer ce qu'on attend d'elle : des services financiers de premier choix. Notre interlocuteur hongkongais voit mal ce qui pourrait la remettre en cause, hormis, concède-t-il, une intervention militaire chinoise. Précisément ce qui est redouté aujourd'hui.

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