Le dirigeant chinois Xi Jinping et ses homologues européens se retrouvent à la mi-journée pour un mini-sommet virtuel essentiellement consacré aux questions commerciales. Un format modeste, comparé au sommet extraordinaire initialement prévu à Leipzig.

Ce n'est pas seulement à cause de la pandémie que les ambitions ont été revues à la baisse. Aujourd’hui, les Européens sont en plein doute sur leur relation avec ce partenaire difficile. À Leipzig devait être enfin signé le traité sur l’investissement que les entreprises européennes attendent avec impatience pour faciliter leur présence dans l’empire du milieu - il est en discussion depuis sept ans. Les Européens s'interrogent : à quoi bon un traité alors que Pékin ne cesse de resserrer l’accès à son marché ? C’est le constat de la chambre européenne de commerce en Chine. Dans son rapport annuel publié la semaine dernière, elle déplore que seuls les secteurs où les entreprises chinoises sont déjà très performantes et donc prédominantes comme l’automobile ou la banque, sont ouverts aux entreprises étrangères. La relation avec la Chine était une priorité de la présidence allemande de l'Union européenne, mais Angela Merkel, elle aussi, est en train de revoir son agenda, sous la pression des critiques de plus en plus vives émises outre-Rhin par l'opposition.

Ce sont les entreprises allemandes les plus orientées vers la Chine qui ont ouvert le débat.

La fédération des industries allemandes (BDI) a tiré la sonnette d’alarme dans un rapport publié l’an dernier. Relayant surtout les angoisses du Mittelstand. Les entreprises de taille intermédiaire, qui ont prospéré en exportant leurs machines-outils en Chine, redoutent maintenant d’être copiées, doublées et donc peut-être bientôt délaissées par ces clients pressés de s'affranchir de leur dépendance.

Les grandes entreprises allemandes continuent à réaliser des investissements record en Chine. VolksWagen met 2 milliards d’euros dans la voiture électrique. BASF 10 milliards pour construire un complexe pétrochimique. Mais elles aussi commencent à émettre publiquement des réserves contre ce partenaire, à cause de la nouvelle situation juridique à Hong Kong, à cause de l'oppression des Ouïghours dans le Xinjiang, où beaucoup d'entre elles ont des usines. Et le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas rappelle volontiers que 70 % du commerce extérieur de l’Allemagne se fait avec l’Europe, avec la Chine c’est 7 % seulement.

L’Allemagne envisage-t-elle de se passer du marché chinois ?

Ce n’est pas encore l’option retenue par la chancelière, ni par son ministre de l’Économie Peter Altmaier. Jusqu’à maintenant, la priorité donnée aux intérêts économiques dans les relations avec Pékin a plutôt bien réussi à Berlin. Depuis qu’Angela Merkel est arrivée au pouvoir il y a quinze ans, les exportations allemandes vers la Chine ont quintuplé. Si elles ne représentent en valeur relative que 7 % du commerce extérieur allemand, c’est néanmoins plus de la moitié des exportations européennes vers la Chine, soit un montant de 100 milliards d'euros.

Après la crise financière de 2008, les achats chinois ont relancé l’économie allemande. L’histoire se répète à l’ère du Covid-19. Les exportations allemandes vers la Chine ont rebondi en juin, puis en juillet tandis que les exportations vers les États-Unis restent en berne. L’Allemagne a plus que jamais besoin de la Chine pour retrouver son tonus.

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