L’exécutif tente depuis le mois d’avril de restructurer 66 milliards de dollars de sa dette détenue par des créanciers privés et soumise à législation internationale. Cette semaine, le président argentin Alberto Fernandez les a appelés à accepter sa dernière offre.

Il les a même « prier d’aider l’Argentine à sortir du marasme » et de comprendre que la troisième économie d'Amérique latine ne pouvait pas proposer mieux qu’un remboursement de 53,5 dollars par tranche de 100 dollars de valeur nominale des obligations. Une proposition nettement supérieure à la toute première dans laquelle les autorités argentines ne proposaient que 39 dollars, somme jugée alors insuffisante par une majorité de créanciers. Alberto Fernandez a donc revu sa copie. Il a aussi abaissé le délai de grâce de trois ans à un an, pour un remboursement plus rapide.  

Selon les calculs d’un économiste cité par l’AFP, l’Argentine s’engagerait à verser 2,1 milliards de dollars jusqu’en 2023 contre 300 millions auparavant.

Mais trois groupes de créanciers internationaux ne sont pas encore satisfaits et ont présenté une contre-proposition. À eux trois, ils assurent représenter un tiers des détenteurs d'obligations émises sous législation étrangère ce qui, selon des experts, leur permet d'exercer un droit de veto.

Seulement voilà, l'exécutif argentin assure ne pas pouvoir l'accepter. Alberto Fernandez promet qu’il n’ira pas au-delà de sa dernière offre. Il ne veut pas risquer de prendre des engagements qui ne pourraient être tenus. Il est vrai que cela ne contribuerait pas à restaurer la confiance sur les marchés de la dette.

Sergio Chodos, le représentant de l'argentine au FMI appuie lui sur la corde sensible : attendre, c'est prendre le risque que la capacité de paiement de l'Argentine se détériore encore. Alors, en cas de nouvelle proposition, elle « serait sûrement pire ». En revanche, la dernière offre est assortie d'une clause Rufo (Rights upon future offers). C'est une sorte d'assurance pour les créanciers. Si à l'avenir une meilleure offre émergeait, il pourrait y prendre part. De quoi les encourager à ne pas attendre de crainte de rater une meilleure occasion.

Défaut de paiement

En attendant, l’Argentine est en défaut de paiement. Un « défaut de paiement virtuel » préférait dire l'exécutif mi-avril.  Dans les faits, quelques jours plus tard, le 22 avril, Buenos Aires n’a pas pu rembourser 500 millions de dollars d’intérêts et un mois après, l’Argentine a été officiellement déclarée en défaut de paiement. Les trois émissions d'obligations dont les échéances n’ont pas été remboursées en avril font partie des discussions. Il y a donc urgence pour l’Argentine, elle n’a néanmoins pas cessé de reporter la date limite pour la fin des négociations, signe que Buenos Aires a besoin de trouver un accord. Dernier report en date : du 24 juillet au 4 août. Quoiqu’il en soit, même si un accord est trouvé d’ici au 4 août, l’Argentine n’en aura pas fini avec sa dette.

La négociation actuelle ne porte que sur 66 des quelques 324 milliards de dollars de dette. Cela représente environ 90% du PIB du pays.

Après la dette contractée sous législation étrangère, Buenos Aires devra donc restructurer sa dette émise sous législation locale et sa dette auprès des organismes internationaux. Le FMI lui a accordé, en 2018, le plus gros prêt qu'il ait jamais consenti jusque-là, 57 milliards de dollars. En fin de compte, à la demande d’Alberto Fernandez, les versements n’ont pas dépassé les 44 milliards. Cela reste une somme rondelette. Les paiements sur le capital arrivent à échéance à partir de septembre 2021. « Le nouvel accord avec le Fonds monétaire international devrait donc être scellé en août ou septembre » de l'année prochaine, explique Sergio Chodos.

PIB en recul de 9,9%

L’Argentine n’a pas beaucoup de marge de manœuvre. Le pays est en récession depuis 2018 et a fait face à une crise monétaire et une inflation galopante.

Et évidemment, la pandémie de coronavirus n’arrange rien. Le FMI anticipe un recul de près de 9,9 % du PIB argentin cette année.

Alberto Fernandez n’a pas manqué de rappeler cette situation éprouvante : « Il est impossible à un pays qui compte 40% de pauvres de faire un effort supplémentaire » a-t-il plaidé. À voir si cela émeut les créanciers.