Le numéro deux mondial de l'assurance, le français Axa pourra bientôt travailler en Chine sans passer par un partenaire local s'est réjoui hier Bruno Le Maire le ministre français de l'Économie. Au moment où les différends s'exacerbent entre la Chine et les pays occidentaux, comment interpréter cette ouverture ?

On peut s'indigner de l'internement de membres de la minorité ouïghoure en Chine et en même temps faire la promotion des intérêts français sur ce marché convoité. C'est l'exercice auquel s'est livré ce mardi Bruno Le Maire, assumant les contradictions entre la politique et l’économie. Le ministre a voulu surtout faire de la communication à l'issue des septièmes journées du dialogue économique et financier franco-chinois, en confirmant une information dans les tuyaux depuis deux ans déjà.

En 2018, Pékin annonce l'ouverture de son secteur financier et Axa présent de longue date en Chine s'engouffre dans la brèche, tout comme l'allemand Allianz, le numéro un mondial du secteur. Il faut dire que le marché est plus que prometteur. Faute de protection sociale de qualité, les ménages chinois de la classe moyenne recourent de plus en plus à des assurances privées. Cette tendance va s'amplifier dans la Chine post-coronavirus. Le marché est colossal mais la présence étrangère encore très limitée, environ 7 % de part du marché au début de l'année dernière. Le savoir-faire du Français peut lui donner un avantage sur ses concurrents locaux, mais attention, ils sont déjà très puissants. Pékin a attendu qu'ils se renforcent pour ouvrir le secteur. L'assureur Ping An par exemple a dans son portefeuille 400 millions de clients.

Malgré les tensions diplomatiques, la Chine demeure un débouché incontournable

Difficile d'ignorer ce marché toujours en pleine croissance. Un autre Français, Danone, le géant de l'agro-alimentaire, a par exemple annoncé il y a quelques jours un investissement de 100 millions d'euros en Chine pour renforcer ses capacités locales, avec la création d'un important centre de recherche à Shanghai et le rachat d'un producteur de lait infantile.

Si la balance commerciale est défavorable à la France, en revanche les investissements sur place sont conséquents. Les entreprises du CAC 40 toutes présentes en Chine prennent toutefois en compte la situation internationale, le ralentissement des échanges, et le refroidissement des relations. En fonction des risques politiques et opérationnels, elles pourraient redimensionner leur activité mais certainement pas l'abandonner.

Aujourd'hui, l'humeur serait au « ni avec la Chine ni sans la Chine », selon le chercheur Jean-François Di Meglio, le président de l'institut Asia Centre. Pendant longtemps, les entreprises ont subi l'attraction du marché chinois. Ne pas y être était mal vu par les actionnaires, remarque-t-il. Aujourd'hui, c'est plutôt l'inverse. Elles doivent donc faire preuve de pragmatisme.

Le découplage à l’œuvre entre les économies chinoises et américaines influence-t-il les entreprises européennes ?

Cet éloignement mutuel entre la Chine et les États-Unis a effectivement une influence sur le climat mondial des affaires. Dans la période de conflit que nous vivons, l'économie dépend de plus en plus de la géopolitique. La mainmise de Pékin sur Hong Kong, son contrôle de la population musulmane du Xinjiang, le bras de fer entre Washington et Pékin sur le commerce et sur Huawei contraignent les entreprises. Les dirigeants européens doivent faire preuve de réalisme et défendre aux mieux leurs intérêts, et donc leurs entreprises en les protégeant d'éventuels razzias chinoises. Mais attention à ne pas rompre les échanges, prévient l'économiste spécialiste de la Chine Mary-Françoise Renard, « ce serait contre productif, estime-t-elle, voire dangereux pour les relations internationales ».

►En bref

L'Éthiopie annonce avoir atteint ses objectifs de remplissage du barrage de la Renaissance.

Le remplissage n'est pas terminé, mais la première étape prévue cette année est achevée, affirment les services du Premier ministre, sans donner une information chiffrée sur le volume d'eau concerné. Une annonce faite au moment où les discussions avec l’Égypte et le Soudan ont repris sous l'égide de l'Union Africaine. Le ton est plus mesuré entre le Caire et Addis-Abeba. L’Égypte a exprimé son souhait sincère de parvenir rapidement à un accord dans l'intérêt mutuel des trois pays.