Plus de 800 exposants sont attendus au salon du « Made in France » qui ouvre ses portes ce 11 novembre 2021, à Paris. Après bientôt deux ans de pandémie, la réindustrialisation prônée par les organisateurs est enfin devenue une priorité nationale. Est-ce aussi une réalité ?

En janvier 2020 avec la première vague de Covid-19, les Français découvrent avec stupeur qu'ils dépendent de pays lointains pour les masques, les médicaments, les respirateurs. La relocalisation devient le nouveau mantra de la classe politique et le gouvernement multiplie les efforts pour soutenir cette dynamique. Dix-huit mois plus tard, plus de 600 projets de relocalisation ont reçu un coup de pouce de l'État ; ils ont permis la création de 70 000 emplois. Parmi les succès déclarés, le retour de la fabrication du principe actif du paracétamol, qui a disparu du sol français depuis 2008 est l’un des plus symboliques. Une usine flambant neuve dans le département de l'Isère sera opérationnelle à partir de 2023. L'embellie est donc bien réelle. Pour les experts, la désindustrialisation à l'oeuvre depuis trente ans en France a été stoppée net dès 2012 mais la pandémie a rappelé avec force la nécessité d'un rebond rapide et massif. On redécouvre l'intérêt stratégique de la production de proximité et ses vertus pour l'emploi : un poste dans l'industrie engendre la création de 2 postes et demi dans les services.

Les délocalisations ont souvent été réalisées au nom de la baisse des coûts, comment peut-on produire aujourd'hui en France en restant compétitif ?

La question du prix est centrale et complexe : dans le secteur de l'agro-alimentaire où la France est un champion en perte de vitesse, la filière reconnait que l'équation est difficilement tenable entre le pouvoir d'achat des ménages qui s'effrite et des producteurs qui exigent d'être mieux rémunérés. Pour les nouveaux acteurs de cette industrie la solution réside dans l'innovation. « Il y a aujourd'hui 300 nouvelles entreprises dédiées aux produits à base d'insectes, il n'y en avait que quatre au début d'Innovafeed », témoigne Bastien Oggeri, le fondateur de cette start-up des Hauts-de-France qui a l'ambition de devenir un leader dans ce gisement de la protéine animale.

C'est aussi grâce à l'innovation que la marque française Aigle a relocalisé la production de ses bottes en caoutchouc destinées à la clientèle européenne. La botte made in France est plus chère - le rapport est de 1 à 10 entre le coût du plastique chinois et celui du caoutchouc utilisé dans les usines de la Vienne - mais elle a une empreinte carbone deux fois moindre qu'en Chine, et un style qui fait fureur. Résultat la demande explose : + 40% pour la botte made in France en 2020. « Pour réindustrialiser souligne Sonia Bellit, économiste à la Fabrique de l'industrie, il faut moderniser. »

Les entreprises françaises ont-elles la volonté et les moyens de réaliser cet effort ?

Les PME et les ETI n'ont pas toujours cette capacité, c'est pourquoi elles se sont précipitées sur le dispositif Relance France, qui facilite les relocalisations ou l'essor au niveau national avec son budget total d'un milliard d’euros. Pour Seqens qui va recommencer à fabriquer le principe actif de l’aspirine, le Covid-19 a été une chance pour avoir accès au financement. Les grandes entreprises bénéficient, elles, d'autres formes d'aide bien rôdées: le crédit d'impôt recherche par exemple. Ce que toutes les entreprises appellent de leurs voeux aujourd'hui, c'est une organisation copiée sur le Darpa américain, l'agence publique qui finance les innovations de rupture. C'est grâce au Darpa que Moderna a développé son vaccin anti-Covid-19.

EN BREF

► En Chine, Evergrande évite une fois de plus la faillite. En réglant à temps les intérêts dus sur une partie de sa dette astronomique. Dans la foulée son action s'est envolée à Hong Kong. Le naufrage de ce géant de l'immobilier pourrait plomber l'économie chinoise et par ricochet celle du reste du monde.

► En Chine toujours, à l'agenda de ce 11 novembre 2021, la « fête des célibataires », une fête surtout de la consommation. Avec des soldes monstres. Mais cette année les géants chinois du net se font discrets. Pas de mise en scène des records de dépense enregistrée en un jour comme c'était le cas les années précédents. Les plateformes chinoises dans le collimateur du gouvernement cherchent à effacer leur empreinte. Cette journée reste cependant un baromètre très attendu sur la consommation dans la deuxième économie mondiale.