Jean Castex, fraîchement installé à Matignon, s’est rendu dimanche 12 juillet pour une visite express en Guyane. La collectivité territoriale est toujours dans une phase ascendante de l’épidémie de Covid-19, notamment en raison de sa proximité avec le Brésil. Les déplacements aériens entre la Guyane et le reste du territoire français sont d'ailleurs interdits sauf pour motif impérieux. C'est le cas également pour Mayotte. Le Premier ministre a promis de s’attaquer à différentes difficultés structurelles et pas seulement sur un plan sanitaire mais également économique. Une intervention quelques jours après la publication d'un rapport sénatorial sur l'urgence économique de l'Outre-mer. Zoom sur l’impact de la crise sanitaire sur les territoires ultra-marins.

Si l’on regarde l’impact global sur le PIB, en moyenne les territoires ultra-marins souffriraient moins que l’ensemble de la France. Selon une étude publiée fin mai par le cabinet DME et l'Association des Chambres de Commerce et d'Industrie des Outre-mer, le confinement se serait traduit par une baisse de 5% du PIB, contre 6% pour l’ensemble du pays. Et globalement selon des données de l'Insee de début juin, la baisse d'activité a été moins marquée dans les Outre-mer que sur l'ensemble de la France en particulier à Mayotte. Plusieurs explications à cela, à commencer par la structure économique du territoire. L'industrie et l'hôtellerie est moins développée àMayotte qu'ailleurs, or ce sont des secteurs particulièrement affectés par la pandémie.

Ensuite, l’impact global du confinement est en partie amorti par une plus grande contribution des administrations publiques au PIB dans les Outre-mer que dans l’hexagone, explique le rapport de DME-ACCIOM.

Crainte pour l’emploi après l’embellie de 2019

Mais, cela ne veut pas dire que tout va mieux loin du vieux continent.

Les entreprises ultra-marines devraient être davantage affectées qu’en métropole car le PIB marchand y est davantage lié aux commerces de proximité.

Néanmoins, l’impact sera varié en fonction de chaque territoire, à commencer par l’emploi. La DME constatait que la baisse d'activité concernait voire menaçait 30 000 emplois fin mai et estimait que si l'activité ne revenait pas à la normale avant le 1er septembre l'impact pourrait être doublé. Cela représenterait 9 à 18% des emplois marchands en fonction des territoires. Une menace sur l’emploi alors qu’en 2019, les marchés du travail ultramarins s’étaient nettement améliorés.

Quoiqu’il en soit, ces estimations sont à prendre avec des pincettes. Tout dépendra de l'effet des aides publiques et de la défaillance des entreprises.

En ce sens, un rapport d'information du Sénat a identifié plusieurs points de vulnérabilité dont la crise du secteur du BTP (préalable à la pandémie). Autre fragilité : la présence plus importante dans certains territoires du travail informel qui ne bénéficie donc pas des aides déclenchées par l’État.

Le poids du tourisme expose aussi certains territoire d’Outre-mer à la crise économique provoquée par la pandémie. Il représente 10% du PIB de l’outre-mer, même si ça dépend de chaque territoire, contre environ 7,5% pour l’ensemble de la France. Or, le tourisme est l’un des secteurs les plus affectés par la crise sanitaire, la Polynésie française imposant par exemple des quarantaines jusqu’au 15 juillet.

58 propositions

La délégation sénatoriale aux Outre-mer a donc élaboré une série de propositions. 58 au total. Sont requises par exemple, la pérennisation d’une prise en charge à 100% du chômage partiel notamment pour les entreprises ultramarines menacées de faillites jusqu’à la sortie de la crise ; ou encore une généralisation à l'ensemble des outre-mer du relèvement du plafond à 15 000 euros pour les micro-crédits, une mesure expérimentée à Mayotte depuis 2017.

Les auteurs demandent aussi des mesures d’aide pour certains secteurs leviers. Le tourisme et l’aérien, notamment. Les auteurs du rapport demandent la possibilité de tester les voyageurs à l'arrivée à l'aéroport plutôt que d'imposer un test réalisé quelques jours avant le départ. Ils suggèrent également la mise en place d'un fonds de soutien d'urgence pour les compagnies aériennes d'outre-mer et d'un fonds de garantie de solvabilité en cas de remboursement des billets, de quoi rassurer les voyageurs.

Sur le long terme, le rapport vise aussi à promouvoir des filières courtes des produits agricoles via la mise en place de label et en pérennisant des initiatives prises pendant la crise sanitaire pour pallier la fermeture de certains débouchés agricoles. Les rapporteurs sénatoriaux veulent aussi imposer un quota pour l'importation des produits de « dégagement ». Ce sont par exemple les parties d'un poulet non consommées dans l'hexagone et vendues à bas prix notamment dans certains territoires ultra-marins, ce qui fait donc concurrence aux éleveurs locaux.