La pandémie de covid-19 suscite de nombreuses initiatives de solidarité, notamment pour venir en aide aux soignants. Les philanthropes et autres milliardaires entendent y prendre toute leur place.

Le fondateur du réseau social Twitter, Jack Dorsey, patron atypique de la Silicon Valley, avec son piercing dans le nez, a marqué les esprits. Il va donner un milliard de dollars, soit 28% de sa fortune, à des œuvres pour lutter contre le coronavirus et ses conséquences. Pour cela, il vend ses part dans une autre société, Square ; Rappelons tout de même que c’est précisément parce qu’il s’en occupait que les autres actionnaires de Twitter avaient menacé de le débarquer il y a peu.

Sur tous les continents

Il n’est pas le seul parmi les grandes fortunes américaines à annoncer des dons substantiels. Moins extrême, l’homme le plus riche du monde, patron du géant du commerce en ligne Amazon, Jeff Bezos, annonce un don de 100 millions de dollars à la banque alimentaire américaine. Cent millions de dollars, et même 125 depuis quelques jours, c’est le montant du don de la fondation de Bill Gates pour soutenir la recherche d’un traitement. Le fondateur de Microsoft dit même vouloir investir plusieurs milliards de dollars dans la recherche de sept vaccins qui lui semblent prometteurs. Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, a lui aussi sorti 25 millions de dollars de sa poche pour la recherche d’un traitement.

Et la liste continue. Il y en a partout, sur tous les continents. L’homme le plus riche d’Afrique, le milliardaire nigérian Aliko Dangote a pris la tête d’une coalition contre le Covid-19 sur le continent où la situation est inquiétante. Il y en a en Inde, plus grand pays confiné de la planète et évidemment en Chine, pays de départ de la pandémie. Jack Ma, fondateur du géant chinois du commerce Alibaba veut fournir du matériel médical à tous les pays touchés. Au-delà des individus, des entreprises se lancent. Apple fabrique des millions de masques de protection. Tout comme le géant français du luxe LVMH qui s’est aussi lancé dans la production de gel hydroalcoolique.

Une volonté de contrôle

Ces individus et ces entreprises ont leurs raisons pour se lancer dans ces opérations. D’abord, ils participent à la mobilisation en fonction de leurs moyens. Et comme ils en ont beaucoup, ça aide beaucoup. Il y a parfois une question d’image : montrer qu’on est là quand les choses vont mal. Souvenez-vous de l’avalanche de dons internationaux après l’incendie de Notre Dame de Paris. Il y a aussi une tradition de la philanthropie chez ceux qui peuvent se la permettre. Ils peuvent ainsi choisir directement où va leur argent et contrôler presque personnellement ce qui en est fait. C’est plus difficile en passant par des états. Certains de ces milliardaires s’en méfient et essaient de s’en affranchir plus ou moins ouvertement.

Un impôt de guerre ?

Les Etats ont pourtant les moyens d’unifier ou de coordonner ces initiatives privées. Ça existe et cela s’appelle l’impôt. Il y a de plus en plus de voix qui s’élèvent pour suggérer aux états de profiter de l’occasion pour reprendre la main sur le plan fiscal. Les généreuses fondations financées par les grandes fortunes dont on parle, bénéficient, au moins aux Etats-unis, d’avantage fiscaux importants. Les géants du numérique ne se cachent pas de pratiquer l’optimisation fiscale, tout en soulignant son caractère légal. Enfin, les milliardaires eux-mêmes pourraient sans doute être davantage taxés. Certains d’entre eux le réclament d’ailleurs. Bien sûr, comme les poissons volants, ils ne constituent pas la majorité de l’espèce, mais c’est quand même le cas de Warren Buffett, troisième fortune mondiale.

Puisque la guerre est déclarée contre le Covid-19, pourquoi ne pas recourir à un impôt de guerre ? L’idée fleurit un peu partout dans le monde, y compris en Amérique du nord. En France, pays réputé créatif en matière fiscale, certains à gauche demandent une réactivation de l’impôt de solidarité sur la fortune, au moins le temps de la crise. Interrogé à ce sujet, le ministre Bruno Le Maire explique que l’objectif de relancer la croissance ne peut passer par l’impôt. Quelques jours plus tôt, son collègue de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin en appelait aux dons des entreprises et des particuliers. En somme à la générosité et à la philanthropie.