Le gouvernement allemand renforce ses mesures sanitaires et impose au pays un confinement partiel à partir de ce mercredi 15 septembre. Les commerces dits non-essentiels ferment leurs portes. Berlin resserre la vis à dix jours de Noël en raison d’une forte augmentation des contaminations.

Pour soutenir les commerçants pendant la période la plus importante de l'année, le plafond des aides directes a été relevé. Le gouvernement compte dépenser jusqu'à onze milliards d’euros par mois de fermeture. Ce qui va contribuer à alourdir la dette allemande car face à la crise, Berlin a renoncé cette année à plusieurs de ses credo.

La semaine dernière, les députés allemands ont approuvé près de 180 milliards d’euros de dette nouvelle : pas loin du double de ce qui était prévu en septembre. Au total, en 2020 et 2021, les nouveaux emprunts avoisineront les 300 milliards d’euros, selon les estimations du ministère des Finances.

L’Allemagne desserre donc son « frein à l’endettement » pour la deuxième année consécutive. Inscrit dans la constitution, il interdit à l'État fédéral de contracter une dette de plus de 0,35 % du PIB chaque année. Néanmoins, la règle a été suspendue par le Parlement, ce qui a déjà permis à la dette publique de l’Allemagne d'atteindre les 70 % du PIB. C'est nettement en dessous des scores de la France ou de l’Italie, mais c’est 10 points au-dessus de son niveau d’avant Covid-19.
Pas un tel soutien « indéfiniment »
La crise a donc forcé l'Allemagne à faire ce que certains de ses partenaires, et en particulier la France, mais également certains acteurs et observateurs allemands lui demandaient déjà : assouplir sa discipline budgétaire. L’économie allemande montrait, en effet, des signes de faiblesses avant même l’arrivée du virus. Pas sûr que Berlin torde durablement le cou à ses principes. « Cela dépendra de la situation budgétaire, estime Laurence Nayman, économiste du Cepii. Les Allemands sont très pragmatiques. Mais, il est difficile de prévoir si cela sera durable, car en ce moment toutes les cartes sont rebattues. »

Cet endettement commence en tout cas à inquiéter outre-Rhin et la chancelière, Angela Merkel, a assuré que l’État ne pourrait pas maintenir un tel niveau de soutien « indéfiniment ».
Emprunts gagnants
Pourtant, si son endettement modéré a octroyé à Berlin des marges de manœuvre pour répondre à la crise, la dette allemande présente aussi certains avantages.

L’Allemagne a enregistré 7 milliards d’euros de recettes cette année grâce à une partie de sa dette. Cela s’explique par l’extrême confiance que les créanciers accordent à la dette allemande. Berlin est considérée comme l’un des emprunteurs souverains les plus sûrs au monde. Résultat : ces investissements sont prisés et le taux d’intérêt moyen d’émission d’obligations allemandes était de -0,56 % fin novembre. Berlin rembourse donc à terme moins que ce qu'elle emprunte.

Cela dit, la Banque centrale européenne n’y est pas pour rien. Elle a acheté des obligations en masse dans le cadre de sa politique d’assouplissement quantitatif, politique qui vise précisément à faire baisser les coûts de financement des États.
Endettement commun
D’ailleurs, c’est sur la politique économique européenne que l’Allemagne a aussi opéré un virage cette année.

Angela Merkel, qui assure la présidence tournante de l’Union européenne jusqu'à la fin de l'année 2020, a été à la manœuvre avec Emmanuel Macron, notamment, pour que les 27 adoptent un plan de relance européen comportant un endettement commun. Or, il y a encore un an, un emprunt européen commun, le versement de subvention, et non seulement de prêts remboursables, étaient des sujets tabous pour la chancelière. Et en mars, Angela Merkel avait dit « Nein » à l'idée d'émettre des coronabonds !
Impulsion chinoise moins forte
La chancelière a amorcé un virage à 180 degrés quelques semaines plus tard. Par pragmatisme déjà. Sans solidarité, l’Union européenne aurait été affaiblie politiquement et économiquement. Or, rappelle Philippe Waechter, chef économiste d'Ostrum Asset management, « le soutien américain et l'impulsion de l'économie chinoise sur l'Allemagne se sont réduits ces dernières années ». Berlin a donc davantage besoin que l'économie européenne soit vaillante. Et le manque de solidarité aurait aussi pu présenter une menace pour l'euro.

L’Allemagne a par ailleurs obtenue la garantie que cela serait un mécanisme exceptionnel, même si évidemment cela crée un précédent.

Quant à l'orthodoxie budgétaire sans faille, elle est beaucoup plus difficile à prôner quand les taux d’emprunt sont très bas, voire négatifs. 

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