L’obligation vaccinale pour les personnels de santé a mis la Guadeloupe à feu et à sang. Cette explosion de colère est aussi l'expression d'un malaise économique profond parmi la population.

Les causes de cette crise sociale remontent à très loin. C’est ce que répètent en boucle tous les représentants de l’archipel antillais : qu’ils soient politiques, syndicalistes, ou même dirigeants d’entreprise. Il y a en Guadeloupe 17% de chômeurs, soit deux fois plus que dans la métropole. Plus d'un jeune sur trois n'a pas d'emploi. En termes de PIB par habitant, la comparaison avec l’Hexagone est toute aussi effarante : c’est 17% en moins pour le département ultra marin. Un tiers des Guadeloupéens vit en dessous du seuil de pauvreté, d’après la dernière enquête de l’Insee basée sur des données de 2018. Autre indice du sous-développement de la région : les coupures d’eau, une réalité quotidienne pour tous les habitants. Dans ce contexte, renvoyer un soignant qui refuse le vaccin, c'est le jeter dans la précarité.
Une fragilité économique aggravée par la pandémie ?
Cela ne saute pas aux yeux dans les chiffres officiels de la macro-économie. Le PIB a perdu finalement 3% l'an dernier et le chômage a même reculé en 2020, en partie grâce aux mesures de soutien exceptionnelles. Mais ces données statistiques ne prennent pas en compte l’impact sur le secteur informel. La pandémie a privé de revenus tous ceux qui survivaient grâce à des petits boulots non déclarés. Ce qui a vraisemblablement fait exploser les inégalités.

Dans le secteur privé, les entreprises paient maintenant la facture du Covid-19 : le nombre des défaillances d’entreprise a bondi début 2021, alors qu’il diminuait au même moment en métropole. La pandémie a aussi écrêté les revenus du tourisme, la deuxième activité privée après l’agriculture. La haute saison est pour la troisième fois consécutive gâchée par les confinements. Les croisières ont repris, mais elles évitent la Guadeloupe, où le risque sanitaire est jugé trop élevé.
Des attentes déçues suite aux émeutes de 2009
Cette année-là, les Guadeloupéens observent 44 jours de grève pour protester contre la cherté de la vie, à l'époque les prix étaient beaucoup plus élevés que dans la métropole alors que les revenus étaient bien inférieurs. Mais douze ans plus tard ce grand écart perdure. Le chèque de 580 millions d’euros signé par le président Nicolas Sarkzoy pour ramener le calme n'a rien résolu. Les problèmes sont toujours les mêmes. Lundi, sur RFI, le député Victorien Lurel affirmait qu’il fallait 600 millions d'euros pour résoudre la question de l’eau, c'est-à-dire le même montant proposé par l'État il y a 12 ans pour combler l'ensemble des lacunes.

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Un effet tâche d'huile ?
Il y a aussi un préavis de grève déposée en Polynésie pour demain, mercredi 24 novembre. Ces territoires n'ont pas tout à fait la même histoire économique, mais ils partagent un même handicap lié à leur situation géographique : leur éloignement de la métropole surenchérit le coût de la vie et avec l'inflation qui repart, les difficultés pourraient très vite empirer. Pour donner une idée de l'ampleur du phénomène : un ultra marin sur trois est éligible à l'aide exceptionnelle pour le pouvoir d'achat mise en place suite à la hausse du prix de l'énergie.

► En bref :

En France également, les Restos du cœur lancent aujourd'hui leur campagne hivernale en alertant sur l'aggravation de la précarité. D'après l'ONG spécialisée dans la distribution de produits alimentaires, l'épidémie a fait plonger les plus fragiles. Plus de la moitié de ses bénéficiaires disent avoir perdu des revenus depuis le début de la crise sanitaire. Depuis un an, les Restos du cœur ont distribué des repas à un 1,2 million de personnes sur le territoire français.