En Europe comme aux États-Unis, les gouvernements et les autorités transnationales invitent fermement les entreprises cotées à renoncer au versement des dividendes. Certains groupes l’ont fait spontanément, d’autres, les banques, notamment, font encore de la résistance.

Chaque année, 1 300 milliards d’euros sont versés dans le monde sous forme de dividendes. Pour récompenser leurs actionnaires, les sociétés leur versent une partie de leur bénéfice, en principe une fois par an. En France, le dividende représente parfois la moitié du bénéfice annuel. Pour fidéliser les actionnaires et aussi pour rétribuer les salariés ou les grandes familles possédant les fleurons du CAC 40. C’est de l’argent en moins pour investir ou pour faire des réserves en cas de gros temps. Avec cette pandémie qui pourrait plonger le monde entier dans une récession sévère, d’une durée impossible à estimer à ce jour, il est pourtant devenu urgent de garder des provisions.

Les groupes les plus touchés par la chute de l’activité n’ont donc pas attendu l’injonction des pouvoirs publics pour suspendre les dividendes.

C’est vrai pour les français Airbus, Auchan ou encore JC Decaux, le champion de l’affichage urbain. Dans les secteurs hyper exposés comme le tourisme, le transport, l’aéronautique, la distribution ou la publicité, la décision va de soi. Avec des exceptions qui font grincer des dents : au Royaume Uni par exemple, sir Stelios, le fondateur et l’un des principaux actionnaires d’Easyjet a empoché 60 millions d’euros de dividendes sans ciller, alors que sa compagnie est en danger et pourrait très vite avoir besoin d’un soutien public.

En France, Bruno Lemaire, le ministre de l’Économie a été très clair : les aides seront refusés aux entreprises qui persistent à verser les dividendes.

Il n’y aura ni avance de trésorerie, ni chômage partiel pour celles-là. Aux États-Unis, Donald Trump a pris un décret similaire. Les sociétés françaises très riches, capables de se passer de l’aide publique, comme Total ou l’Oréal, le champion des cosmétiques, ont décidé de maintenir leurs versements.

Les groupes de luxe temporisent, soit en reportant leurs assemblées générales - c’est ce qu’a décidé LVMH - soit en réduisant un peu le dividende - c’est le choix d’Hermès. Les grandes banques françaises trainent encore les pieds. Natixis et la Société générale ont fini par céder hier à la consigne donnée par le gouvernement français, par la Banque centrale européenne et par la Fédération européenne des banques. Alors que l’espagnol Santander en a décidé spontanément. Suivi par des banques néerlandaises, italiennes qui ont fait de même.

Pourquoi cette exception française ?

En France, les banques ont beaucoup souffert en bourse depuis le début de la crise du coronavirus. Certaines comme le Crédit agricole versent la moitié de leurs dividendes aux caisses régionales, ce qui est bienvenu pour soutenir les caisses les plus faibles. Mais ces prudences économiques ne résistent pas longtemps à l’examen de la situation du moment.

Les banques bénéficient aujourd’hui des nouvelles largesses de la BCE qui fait tout pour fluidifier la circulation monétaire. Au Royaume-Uni, HSBC et Standard Chartered ont plié hier après l’invitation lancée par le régulateur britannique.

Toutes ces banques devraient surtout se souvenir de 2008 : en France et encore plus au Royaume-Uni, l’État les a sauvées. Une socialisation des pertes que les citoyens n’ont jamais vraiment digérée. Les dirigeants politiques comme la BCE, eux, n’ont pas oublié et préfèrent prendre date publiquement. Au moment où les banques sont amenées à jouer un rôle essentiel pour soutenir les entreprises que le coronavirus risque de rendre bientôt insolvables, elles doivent, elles aussi, participer à l'effort de guerre.

►En bref

Le FMI fait face à un nombre exponentiel d’appels à l’aide.

Quatre-vingt-cinq pays ont déjà sonné à sa porte, c’est deux fois plus que dans les semaines qui ont suivi la crise de 2008. Face à cet afflux, les experts s’interrogent sur les capacités techniques du fonds d’y répondre dans les plus brefs délais.