Michel Barnier, le négociateur européen, est à Londres ce mardi pour entamer une huitième session de négociation avec les Britanniques, dans un climat hyper tendu. Londres laisse entendre qu'un non accord est de plus en plus plausible, alors que l’économie du Royaume-Uni a été durement frappée par le coronavirus.

Le Royaume-Uni a été le pays occidental le plus durement affecté par la crise économique provoquée par la pandémie. Avec une contraction record de son PIB au deuxième trimestre, - 22%. L’activité des entreprises privées a déjà fortement rebondi mais avec un sérieux bémol : les suppressions d’emploi sont toujours à l’ordre du jour et les patrons anglais ont le moral dans les chaussettes. Un manque de confiance lié à la menace d’une nouvelle vague de Covid bien sûr, mais aussi à l’autre lame de fond qui pourrait noyer la reprise à partir du 1er janvier prochain : celle d’un Brexit sans accord commercial. C'est-à-dire l'application des seules règles de l'OMC pour les échanges avec les pays de l'UE. Boris Johnson l’envisage sérieusement, a priori pas inquiet du tout par les conséquences négatives. Pour l’instant, non seulement le gouvernement britannique n’avance pas d’un pouce dans ces discussions avec l’Europe mais il a par ailleurs été incapable de signer des accords avec les pays tiers comme le Japon. Une quarantaine de protocoles sont en souffrance.

Le Brexit sera dans ce cas le prochain test de résilience pour l’économie britannique

Concrètement, faute d'accord, il y aura des tracasseries, des paperasses aux frontières, donc des retards et des coûts supplémentaires pour les entreprises.  Et en l’état actuel des préparatifs, importateurs et exportateurs angoissent. Les acteurs de la logistique déplorent l’amateurisme des autorités : dans un courrier adressé au gouvernement ils regrettent que des dizaines de milliers d’agents des douanes supplémentaires n’aient toujours pas été recrutés, et il paraît maintenant un peu tard pour y remédier. L’application censée aider les transporteurs en route pour l’Union européenne tout comme le nouveau système informatique pour les formalités douanières ne sont toujours pas au point. Dans l’urgence le gouvernement a pris des mesures pour accélérer la construction des parkings où devront patienter les poids lourds pas en règle pour traverser la Manche. Une mesure raillée par les travaillistes.

Un accord commercial est-il définitivement enterré ?

Les deux parties dramatisent les enjeux, il y a sans doute encore du bluff de part et d’autre pour obtenir au final le deal le plus avantageux. On saura au plus tard demain si l'accord de divorce prévoyant des règles strictes pour les échanges entre la Grande-Bretagne et l'Irlande du Nord sera oui ou non respectée par les Britanniques. C'est la nouvelle menace qui plane depuis ce week-end. Britanniques et membres de l'UE disent vouloir un accord avant le sommet européen fixé au 15 octobre. Pendant ce temps le gouvernement britannique devra continuer à soutenir son économie. Devra-t-il reconduire les mesures de soutien aux salariés mises en place pour éviter les licenciements ? Elles arrivent à leur terme fin octobre et leur reconduction semble aujourd'hui une nécessité. Le ministre des Finances a prévenu qu’il fallait se préparer à des moments encore plus difficiles. La dette publique du Royaume-Uni a dépassé fin juillet le seuil des 2000 milliards de livres pour la première fois. D’après Stephen King, l’économiste de la banque HSBC, les retombées désastreuses bien réelles de la pandémie pourrait être un camouflage idéal pour maquiller le naufrage causé par le Brexit.

 

EN BREF

En campagne pour la présidentielle du 3 novembre, Donald Trump muscle son discours antichinois

Le chef de la Maison Blanche répète que les entreprises externalisant en Chine seront exclues des contrats fédéraux ; une menace déjà faite en 2016 et jamais appliquée. Il affirme par ailleurs penser sérieusement au découplage des économies américaines et chinoises. Pendant son mandat, il a été incapable de résorber le déficit commercial abyssal avec Pékin.