« Aujourd’hui l’économie, le portrait » évoque l'un des rois de la visioconférence, le service grand gagnant de la pandémie grâce au télétravail et à l’enseignement à distance : Éric Yuan, patron de Zoom. Cet Américain d’origine chinoise est attendu ce vendredi au salon VivaTech à Paris. Zoom, c'est 300 millions d'utilisateurs quotidiens en 2020, son chiffre d'affaires a bondi de 367 % sur un an.

À l’origine de Zoom : une histoire d’amour. Nous sommes à la fin des années 1980, Éric Yuan étudie les mathématiques et l’informatique à l’université de Shandong en Chine non loin de Pékin. Pour rendre visite à celle qui deviendra sa femme, il doit faire dix heures de train : il ne peut le faire que deux fois par an. Il rêve alors de pouvoir lui parler, et de la voir uniquement en appuyant sur un bouton. Dans l’esprit de l'étudiant chinois, Zoom est né.
Une réalisation qui prendra du temps
Mais la réalisation prend plus de temps. Pour développer l’idée et inspiré par le succès de Bill Gates, il sait que tout se passe désormais dans la Silicon Valley. Son diplôme en poche, Éric Yuan demande un visa pour les États-Unis. Il lui sera refusé huit fois. En début d’année, Éric Yuan racontait lors d’une conférence Zoom avec l’université Caltech ce que cette expérience lui a apporté. « Avec le recul, je dirais que ce n'était pas une mauvaise chose : c'était génial de mettre en pratique ma persévérance. Je ne suis pas quelqu’un qui aime abandonner facilement pour quoi que ce soit. Je pense que c'est parce que j'ai un rêve et qu'à tout moment, je sais ce que je vais faire. Donc j'ai un rêve, je ne veux pas abandonner : je continue à essayer, à essayer. »

Visa en poche, Eric Yuan arrive en 1997 en Californie. Il ne parlait pas très bien anglais, il parle toujours avec un anglais assez basique d’après la journaliste Anaïs Moutot. Elle couvre les sujets technologiques pour l’édition week-end du journal Les Échos. Elle a rencontré Éric Yuan à l’automne 2019 lorsqu’elle était correspondante en Californie. « Pour lui, c'était illogique de prendre autant l’avion, et aussi en termes de vie de famille. Il est père de trois enfants… Il trouvait que cette idée de faire du business en montant dans un avion toutes les semaines pour aller rencontrer ses clients ça n’avait pas forcément de sens. En cinq ans, il était parti que deux fois en avion et ça, c'était en 2019, bien avant le coronavirus. »

Son succès actuel, Éric Yuan l’a d’abord construit à la fin des années 1990 avec la start-up WeBex, pionnière des systèmes de visioconférence. Chez Cisco ensuite en 2011, il imagine un nouveau système, compatible avec les smartphones en plein essor. Son idée est rejetée, il lance alors sa propre société : Zoom Video Communications. L'une de ses spécificités : la plateforme peut accueillir 1 000 personnes par réunion.
Un patron très discret
Éric Yuan est un patron qui brille par sa discrétion. C’est un homme d'affaires très concentré sur son entreprise, il est connu pour être une bête de travail selon Anaïs Moutot des Échos. « Ce n’est pas une personnalité du type Elon Musk, un peu fantasque, qui va avoir d'autres intérêts : tweeter toute la journée, etc. C’est plutôt un patron d’entreprise un peu plus classique, très concentré sur ses clients. » Et ça paye : l’entreprise atteint en 2017 la valeur d’un milliard de dollars et deux ans plus tard, Zoom fait une entrée fracassante en bourse.

À 51 ans, Éric Yuan est à la tête d'une fortune personnelle de 16 milliards de dollars et le magazine américain Time l'a nommé homme d'affaires de l'année 2020. Un succès pas nécessairement bien vu par ses détracteurs. Éric Yuan est citoyen américain depuis 2007, mais ses adversaires ne se privent pas de lui rappeler ses origines, sur fond de guerre commerciale sino-américaine.