Comment faire la police sur le Net et à qui confier cette mission de régulation ? La question divise depuis que les géants de la tech ont pris l’initiative d’expulser Donald Trump de la toile.

Twitter, Facebook, Twitch, Snapchat, Instagram ont tous suspendu son compte. Même les sites de commerce en ligne s’y mettent : Shopify a fermé les boutiques de produits dérivés de la marque Donald Trump. La chancelière Angela Merkel comme de nombreuses personnalités politiques européennes, françaises surtout, trouvent assez inquiétant qu’une entreprise ait le pouvoir d’entraver la liberté d’expression. Pourtant ces entreprises sont dans leur bon droit aux États-Unis, puisque l’État leur a laissé les clés de la maison : c’est à elles de faire le ménage dans les contenus.

Jusqu’à maintenant les entreprises de la tech ont pris cette mission à la légère

Effectivement, même les démocrates américains qui se réjouissent de voir Donald Trump privé de son porte-voix virtuel soulignent que les Gafa auraient pu agir plus tôt, car il y a belle lurette que le twittos Donald Trump a dépassé les bornes admises dans le cadre du débat démocratique. D’autres critiques, comme l’opposant russe Alexeï Navalny s’étonne que le président américain ait été exclu mais que ceux qui lui envoient des menaces de morts via les réseaux sociaux restent impunis. Il y a bien deux poids deux mesures sur la toile. Les médias sociaux n’ont jamais eu la moindre velléité de supprimer les comptes par exemple des dirigeants autoritaires. Pour assurer la modération des contenus ils ont largement recruté depuis quelques années, et ils ont fait des efforts pour limiter les dérives de la publicité politique, mais ils n'ont pas démontré une réelle volonté d'éliminer les contenus ou les abonnés qui font prospérer leurs affaires.

Donald Trump et ses 88 millions d’abonnés sont une source de revenus pour Twitter.

Parce qu'ils font le buzz, la diffusion des propos sujets à caution est parfois encouragée par les algorithmes maisons. Les plateformes ont agi après l'invasion du Capitole par les trumpistes, parce que la démocratie est en danger, et aussi parce que leur propre avenir est « en danger ». Des procédures de démantèlement pour briser leur monopole ont été lancées il y a quelques semaines contre Facebook et contre Google, le propriétaire de YouTube, un autre terreau fertile pour l'extrême droite américaine.  Sur la sellette, ces entreprises ont besoin de donner des gages de bonne volonté à la future administration Biden. La survie de ces géants de Wall Street n'est pourtant pas vraiment menacée car la procédure est très longue et son issue incertaine; en revanche elles ont beaucoup à perdre si jamais leur immunité juridique était remise en cause.

Contrairement aux éditeurs de presse, les plateformes ne peuvent pas être poursuivies en justice pour les contenus qu'elles diffusent

C'est ce que prévoit la fameuse section 230. Elle a été mise au point en 1996 dans les débuts du net, avant l'avènement des mastodontes hégémoniques que sont devenus les GAFA. Les médias sociaux ne sont pas responsables juridiquement des contenus litigieux qu'ils hébergent. Donald Trump voulait supprimer cette section 230, Joe Biden est plus flou sur la question. En Europe le projet de directive sur le marché digital prévoit de sanctionner et de supprimer les contenus problématiques. Il y a donc des outils à disposition. Leur mise en œuvre va sans doute écorner les profits de la tech sans remettre en cause leur existence, avec la pandémie leur utilité sociale en a été renforcée.

►En bref

C'est à partir d'aujourd'hui que les vins français subissent une surtaxe en entrant sur le marché américain.

Le service des douanes américain l'a confirmé hier. Ces droits supplémentaires de 25% sont des sanctions autorisées par l'organisation mondiale du commerce dans le cadre du conflit qui oppose Boeing à Airbus. Les deux constructeurs s'accusent mutuellement de bénéficier de subventions.