La crise du transport aérien pourrait entraîner la suppression de 46 millions d’emplois dans le monde. Une estimation alarmiste publiée hier mercredi 30 septembre par l’une des organisations représentant l’aviation commerciale, le Air Transport Action Group, basé à Genève.

Cette industrie centenaire traverse une crise sans précédent. Autant liée à la crise sanitaire qu'à la crise économique : la peur du coronavirus, la fermeture des frontières, la récession, tous ces facteurs se coagulent et bloquent les avions au sol.

Le regain de contamination cet automne a douché les espoirs d'un redécollage rapide. Le trafic a été divisé par deux par rapport à l'an dernier, et il ne retrouvera pas le niveau de 2019 avant 2024. Impossible de conserver une main d'oeuvre inoccupée pendant des années. L'hécatombe va donc continuer. Aujourd'hui même les compagnies américaines annoncent des plans de licenciements drastiques.

Dix-neuf mille emplois en moins pour American Airlines, 13 500 pour United Airlines. Des décisions dramatiques qui peuvent encore être annulées, repoussées, seront annulées si le congrès trouve un accord sur une nouvelle subvention de 25 milliards de dollars destiné au secteur. Au total 100 000 postes sont menacés aux Etats-Unis. 50 000 en Europe. Selon l'organisation Air Transport Action Group qui a sonné l'alarme, quatre millions 800 000 emplois pourraient avoir disparu au début de l'année 2021 au coeur de l'activité aérienne, c'est-à-dire dans les compagnies, les aéroports et l'industrie aéronautique. 43% des effectifs seraient ainsi effacés par la pandémie. Même une société aussi prospère qu'Airbus envisage le pire, pour son PDG Guillaume Faury, « notre vie en tant qu'entreprise est potentiellement à risque si l'on ne prend pas les bonnes mesures ».

Cette paralysie du trafic aérien a des conséquences sociales encore plus grave pour le tourisme

Dans cette industrie, 26 millions d'emplois sont menacés selon les prévisions de l'Air Transport Group. Les deux activités sont hyper dépendantes l'une de l'autre : avant le coronavirus, 58% des touristes prenaient l'avion pour arriver à destination. La troisième vague de casse sociale concerne les services liés à la chaîne des transports. Quinze millions d'emplois sont à risque.

Au-delà des secteurs concernés, l'effondrement du trafic aérien peut aussi être dévastateur pour l'ensemble de l'économie d'un pays. Le patron de l'aéroport de Heathrow, le principal aéroport britannique, estime que s'il faut attendre le vaccin pour reprendre l'avion, le traumatisme sera comparable à celui provoqué par la fermeture des mines de charbon dans les années 80. Il demande instamment au gouvernement de faciliter l'introduction de tests gratuits dans les aéroports pour encourager les passagers à reprendre l'avion.

Le transport aérien peut-il survivre à cette crise sans aide gouvernementale ?

Les compagnies les plus fragiles sont condamnées. Au moins une vingtaine ont déjà mis la clé sous la porte. D'autres vont suivre mais on voit aussi que les plus agiles, y compris les compagnies à bas coût comme Easyjet ou Ryan Air en Europe résistent plutôt bien. Les entreprises du secteur n'étaient absolument pas préparées à endurer une telle crise mais la plupart ont gagné beaucoup d'argent au cours des dix dernières années, certaines d'entre elles ont donc les reins solides pour résister seule à cette épreuve. Aux Etats-Unis certaines compagnies ont préféré renoncé à l'aide publique qu'elles trouvaient trop contraignante, et elles ont pu emprunter sans problème pour traverser cette crise et préparer l'avenir.

Car le transport aérien n'est pas une activité qui s'improvise, cela demande des prévisions sur le long terme pour choisir les bons appareils, pour former le personnel, pour desservir de nouvelles routes. Dans ce marasme, une poignée de compagnies continuent à faire des bénéfices. Le Wall Street Journal en a dénombré quatre parmi les trente premières mondiales. Elles sont toutes en Asie, et elles se sont converties provisoirement au fret. Transportant des produits électroniques vers l'Occident et rapportant des denrées alimentaires ou des produits pharmaceutiques en Asie.