La Thaïlande, secouée en ce moment par un fort mouvement de contestation politique, est aussi en proie à une grave crise économique provoquée par la pandémie de Covid-19.

La Thaïlande, le deuxième pays à avoir été touché par le coronavirus après la Chine, peut s’enorgueillir d’avoir été le premier pays à reprendre le contrôle de la pandémie avec un nombre limité de victimes, 59 morts à ce jour. L’un des rares à avoir très bien géré la crise sanitaire. En revanche, pour son économie, l’addition est salée. La Thaïlande affronte aujourd’hui sa pire récession depuis la crise asiatique de 1998 et la plus violente de toute la région du sud-est asiatique. En grande partie à cause de la fermeture totale des frontières début avril. Le tourisme, l'un des principaux moteurs de l'économie, a été laminé. Avec près de 40 millions de visiteurs étrangers par an, cette industrie génère en moyenne 20% de la richesse nationale. C’est aussi un très gros pourvoyeur d’emplois, notamment pour ceux qui ont quitté la campagne pour accepter les petits boulots rarement déclarés dans cette industrie. L’autre moteur de l’économie, le commerce extérieur alimenté par l’industrie automobile, était déjà en souffrance avant la pandémie. Depuis, les exportations de voitures, mais aussi celles de produits électroniques ou de riz se sont effondrées. Selon les autorités locales, le PIB pourrait reculer de plus de 8% cette année.

Cette dégradation brutale de l’économie a joué un rôle dans la contestation ?

Les aspirations globales à plus de démocratie ne sont pas directement liées à la crise économique, même si elles ont des ressorts d’ordre socio-économiques. Les inégalités de revenus, les plus fortes au monde selon le classement du Crédit Suisse, constituent l’un des puissants leviers du mouvement. Quand ils osent demander que la fortune du roi repasse sous le contrôle de l’État, quand ils appellent à une nouvelle constitution, les manifestants remettent en cause un système politique qui profite économiquement à l’élite militaire et aux grandes familles qui trustent les gouvernements. Les disparités économiques se sont aggravées ces quatre dernières années en Thaïlande et la crise actuelle va renforcer cette tendance. Si jamais les déshérités des campagnes, les plus affectés par la crise actuelle, font cause commune avec les jeunes manifestants à Bangkok, la contestation risque d’être amplifiée par les conséquences de la crise économique, le scénario redouté par le gouvernement.

Et si cette crise politique perdure, va-t-elle freiner la reprise ?

L’incertitude sur l’avenir dissuade en général les entrepreneurs d’investir, de faire de nouveaux projets. Le capital de confiance généré par la bonne gestion de la crise sanitaire semble déjà dilapidé. Au mois d'août, quelques semaines après sa nomination, le nouveau ministre des Finances a démissionné. On attend toujours son remplaçant alors que le gouvernement doit prolonger son dispositif de soutien à l’économie. L’indemnité de secours de 5 000 baht, soit 135 euros, versée à environ 14 millions de Thaïlandais a expiré en juillet sans qu’un nouveau dispositif ne prenne le relais. La reprise dépend aussi beaucoup de l’évolution mondiale de la pandémie. Même si la Thaïlande est réputée pour sa résilience, on parle volontiers de son économie teflon, sa capacité à surmonter la crise économique dépend plus que jamais de ses partenaires étrangers. Pour que cette économie très tournée vers l’extérieur redémarre, il faut d'abord que les touristes retrouvent les moyens et un climat de sécurité.

 

EN BREF

À suivre ce lundi en France la réunion de crise à l'usine Bridgestone de Béthune que le groupe japonais veut fermer

Deux ministres seront sur place ce lundi après-midi pour rencontrer les élus locaux et les représentants des salariés.  La direction accepte d'ouvrir une négociation pour réfléchir à une alternative s'est réjouie dimanche soir la ministre de l'Industrie Agnès Panier-Runacher, qui sera donc à Béthune avec Élisabeth Borne en charge du Travail.