La Turquie de Recep Tayyip Erdogan de plus en plus présente sur tous les fronts extérieurs, en Libye, en Syrie ou dans le Caucase, doit faire face chez elle à une nouvelle guerre… commerciale : l’Arabie saoudite boycotte dorénavant les produits turcs.

Les Saoudiens ont lancé une offensive silencieuse. Des consignes discrètes ont été données aux entreprises. Et il y a une dizaine de jours un appel au boycott des importations, des entreprises et des investissements turcs a été proclamé sur Twitter non pas par le gouvernement mais par le président de l’Association des chambres de commerce saoudienne, un organisme en apparence indépendant du pouvoir politique. Riyad riposte avec cette arme économique aux agressions diplomatiques de la Turquie. Ankara avec son activisme politique et militaire dans les pays arabes s’oppose de fait au modèle et à la ligne promus par l’Arabie saoudite. Ces représailles commerciales commencent à se faire sentir durement en Turquie : ce week-end les milieux d’affaires ont tiré la sonnette d’alarme et appellent à un règlement à l’amiable pour y mettre un terme.

Quels sont les effets de ces sanctions qui ne disent pas leur nom ?

Les conséquences les plus lourdes touchent l'industrie textile, car la Turquie est l'un des ateliers de la mode planétaire. Elle exporte des vêtements en Arabie saoudite, vendus par des marques européennes ou américaines dans leurs boutiques saoudiennes. Et ces donneurs d’ordre prennent au sérieux le boycott saoudien. L’Espagnol Mango a prévenu ses fournisseurs turcs qu’il cherchait une alternative à cause du ralentissement douanier enduré par le made in Turkey à l’entrée du marché saoudien. Les exportateurs de produits agricoles frais souffrent également, leurs cargaisons périssent, bloquées à la frontière saoudienne. La Turquie exporte aussi des tapis, des produits chimiques, de l’acier. Autant de produits qui peuvent subir le zèle des douaniers saoudiens. C’est un coup dur pour toutes les entreprises concernées, au moment où leur activité est déjà pénalisée par la pandémie, mais ce n’est pas de nature à mettre l’économie turque à terre.

Car l’Arabie saoudite est un débouché mineur pour la Turquie

L’an dernier, la Turquie a exporté 3,2 milliards de dollars de marchandises vers ce pays. Sur un montant total d'exportations de 170 milliards de dollars. Soit environ 2%. Ses importations de 1,9 milliards de dollars portent surtout les produits pétroliers, qu'elle peut trouver ailleurs. Si on compare l'Arabie avec d’autres pays arabes, elle reste un partenaire commercial secondaire de la Turquie, son voisin irakien est son premier débouché de la région, suivi des Émirats arabes unis et de l’Égypte. L’Arabie n’est pas non plus un investisseur arabe de premier plan en Turquie, c’est le Qatar qui est le plus important ; le Qatar qui dispose d’un soutien économique turc renforcé depuis qu’il a été ostracisé par les autres pays du Golfe.

Ce rapprochement fait d’ailleurs partie des griefs saoudiens. En fait, cela fait maintenant trois ans que les relations commerciales se détériorent entre les deux pays, les importations saoudiennes sont en chute constante depuis 2015 selon les statistiques fournies par le royaume. Un échec pour le président Erdogan qui voulait réorienter les échanges vers l’est. Avec les pays arabes c'est encore un vœu pieu ; l'économie turque est plus que jamais arrimée à celle de l'Europe, de loin son premier partenaire commercial. Celui qui absorbe près de la moitié de ses exportations et qui lui fournit près du tiers de ses importations.

►En bref

Le moratoire sur la dette accordé aux pays pauvres pour une année sera prolongé de six mois seulement

D'après le président de la Banque mondiale David Malpass, plusieurs pays s'opposent à une reconduction pour une année pleine. La question sera examinée demain en marge des assemblées du FMI et de la Banque mondiale. David Malpass a par ailleurs souligné que la Chine ne participait toujours pas à ce moratoire.

Un nouveau record pour le commerce extérieur chinois

Les exportations comme les importations ont bondi le mois dernier. « 10% » pour les ventes libellées en dollar « 13% » pour les achats par rapport à septembre 2019. Et l'excédent commercial avec les États-Unis continue d'augmenter.