La réalité du chômage est bien plus grave que ce que laissent entrevoir les statistiques officielles d’après une étude publiée par Euler Hermes. Et ce manque de visibilité fausse les prévisions sur le retour de la croissance.

Trente millions de personnes aujourd’hui privées d’emploi à cause de la pandémie échappent totalement à la comptabilité du chômage. Le phénomène existe aussi bien dans les économies avancées que dans les émergentes des 25 pays observés. Ces chômeurs invisibles recouvrent des réalités très diverses. C’est le cas des auto-entrepreneurs qui ont vu leur activité s’amoindrir, voire disparaitre. Mais aussi des salariés qui aujourd’hui ne font plus que quelques heures de travail par semaine. Et de tous ceux qui ont renoncé à travailler pour s’occuper de leurs proches.

Ceux qui bénéficient du chômage partiel couvert par l’État sont aussi exclus des statistiques

C’est vrai dans la plupart des 25 pays passés au crible par les économistes de Euler Hermès. Plus pour très longtemps : ils ne vont pas tarder à émerger dans les prochaines statistiques, quand ils seront réellement licenciés. C’est ce qu’apprêtent à faire les compagnies aériennes aux États-Unis faute de reconduction de l’aide gouvernementale. Toujours parmi les invisibles il y a les jeunes dont l’entrée sur le marché du travail est retardée et suspendue àl’évolution des mesures de précaution qui bride l’activité. Enfin, il y a à bas bruit, une fonte ultra rapide de l’offre d’emploi dans les petites entreprises. En France, la Confédération des PME constate que le non remplacement d’un CDD ou d’un salarié quittant l’entreprise pour sa retraite ou d’autres raisons motivent deux fois plus souvent la baisse des effectifs que le recours aux licenciements.

En prenant en compte cette partie émergée du sous-emploi, quel est le niveau réel du chômage ?

En Afrique du sud, le taux de chômage serait de 40%, au lieu des 23% affiché. Et au Brésil 24% au lieu du taux officiel de 13%. Dans les pays émergents où les dispositifs de soutien à l’emploi sont faibles, où l’informel est encore très répandu, le niveau de chômage réel est le plus alarmant. Les Etats-Unis et les pays européens sont aussi concernés par cette sous-évaluation. Le taux réel de chômage dépasserait les 20% en Espagne, les 10% en Italie. Globalement dans la zone euro, le chômage estimé à 8% au mois d’août serait plutôt à 9%, voire à 12-13% pour d’autres observateurs.

Prendre en compte ce chômage immergé permet de mieux comprendre toutes les conséquences de la crise

Moins de travail, c’est moins de revenus et donc moins de dépenses. Les ménages concernés par le chômage renoncent alors à une partie de leur vie sociale. Les transports, la restauration, le spectacle, toutes les activités déjà éreintées par la pandémie et les restrictions sanitaires souffrent aussi de la désaffection de ces chômeurs cachés qui privilégient leurs besoins élémentaires, l’alimentation et le logement. Le manque à gagner causé par la non consommation de ces chômeurs invisibles pèse et pèsera longtemps sur la reprise, environ 0,2% de PIB par mois estiment les économistes de Euler hermès. Dans l’enquête annuelle du forum économique de Davos sur l’humeur des dirigeants le chômage est désormais perçu comme le principal risque pour les dix années à venir.

EN BREF

On connaitra aujourd’hui les deux derniers candidats en lice pour diriger l’organisation mondiale du commerce. D’après l’agence France Presse deux femmes tiennent la corde : la sud coréenne Yoo Myung Hee et la nigérianne Ngozi Okonjo-Iweala. Toutes les deux ont l’appui de l’union européenne.

À suivre également aujourd’hui les négociations entre Google et la presse française. Le moteur de recherche accusé de spolier les journaux français affirme être tout proche d’un accord avec les plaignants. Une déclaration qui intervient alors que la cour d'appel de Paris doit rendre une décision sur ce dossier sensible dans de nombreux pays.