Les jeunes souvent accusés de propager le coronavirus apparaissent aussi comme les premières victimes de la crise économique engendrée par la pandémie. De quoi réveiller la guerre entre les millennials et leurs aînés ?

Les millennials, c'est-à-dire les 25-40 ans, tout comme leurs petits frères de la génération Z, les jeunes nés autour de l’an 2000, sont souvent pointés du doigt depuis la rentrée : en se retrouvant entre eux, au mépris des règles de distanciation, ces inconscients accélèrent le rebond du coronavirus.

À la mi-août l’Organisation mondiale de la Santé a corrigé ce jugement expéditif : oui les jeunes sont devenus les principaux vecteurs de la pandémie explique l’OMS, mais c’est d’abord parce qu’ils travaillent, souvent dans les services, les secteurs les plus exposés à une contamination, que ce soit dans la santé, les maisons de retraite, la restauration ou la grande distribution. Et s’ils restent à leur poste c’est d’abord parce que c’est une question de survie pour nombre d’entre eux. Moins riches que leurs aînés, les jeunes subissent le plus gros contre coup économique.

D’après une enquête réalisée en septembre aux États-Unis -par Morning Consult, 39% des millennials ressentent un impact financier négatif, tandis que les baby boomers, les héritiers de la forte croissance de l'après-guerre, ceux qui ont aujourd'hui entre 56 et 74 ans, sont seulement 17% de cet avis.

Le coronavirus aggrave le fossé entre les millennials et les babyboomers?

Les plus jeunes sont partis avec un sérieux handicap : leur entrée dans la vie active avait déjà été retardée, gâchée par la crise financière de 2008, et alors qu’ils avaient enfin accès à un emploi, qu’ils espéraient profiter de la hausse des salaires déjà sensibles aux États-Unis en 2019, les voilà aux prises avec une nouvelle crise d’une violence encore plus inouïe. Ils avaient nettement moins d’économies que leurs aînés pour affronter le chômage ou la maladie. Une situation logique, eu égard à leur âge, mais atypique si on compare avec les générations précédentes.

Aux États-Unis, les baby boomers possèdent aujourd’hui plus de la moitié de la richesse nationale, 53% -selon les chiffres de la Réserve Fédérale-, les millenials 4,6% seulement, mais en 1989, leurs aînés qui démarraient dans la vie active disposaient déjà 21% du revenu national, soit 5 fois plus que leurs enfants aujourd’hui à l’âge adulte.

De quoi alimenter le ressentiment des plus jeunes, même si la solidarité inter générationnelle a amorti ce grand écart : face au coronavirus les plus de 50 ans ont souvent soutenu leurs enfants en les accueillant chez eux ou en leur donnant un coup de pouce financier pour faire face à leurs dettes.

Cet appauvrissement des plus jeunes va peser longtemps sur leur avenir ?

Cela va de fait limiter leur capacité à emprunter pour acheter un logement ou même pour consommer. Voilà de quoi retarder la reprise et peut-être remodeler la croissance : ces générations qui achètent moins de biens durables que leurs aînés pourraient privilégier d’autres modes de consommation. À moyen terme, les millennials qu’on oppose volontiers en terme de revenue et de mode de vie aux baby boomers seront en mesure de choisir comment ils voient leur avenir puisqu’ils formeront la moitié des électeurs des pays du G7 à partir de 2030. S'ils se sentent que les dés sont pipés, que le contrat social ne fonctionne plus, leur intérêt penche du côté d’une meilleure redistribution des revenus, via par exemple l’impôt sur les grandes fortunes. Ce n’est plus de l’économie c’est de la politique, et c’est à eux d’en décider, ok boomer ? C'est ce qu'ils pourront répondre à leurs aînés !

►Boomer, une expression des millennials devenue culte, une façon de signifier aux aînés que leurs avis sont dépassés.

►En bref

On connaîtra tout à l'heure le nom du lauréat ou de la lauréate du prix Nobel d'économie

Qui va succéder à la Française Esther Duflo, l'une des lauréates du Nobel 2019 avec deux économistes américains pour ses travaux sur la réduction de la pauvreté ? Parmi les favoris, deux Américaines : Claudia Goldin qui a travaillé sur les inégalités et le rôle des femmes dans l'économie et Anne Krueger, spécialiste des rentes et militante du libre échange.

Le yuan, la monnaie chinoise, est en baisse aujourd'hui

Un mouvement très contrôlé, dû à un assouplissement des règles de change. Les entreprises chinoises actives sur le marché des devises ne sont plus obligées de conserver 20% de leurs réserves en yuan. Cette modification va sans doute limiter la tendance haussière de la monnaie chinoise, elle a atteint vendredi son plus haut niveau face au dollar. Un signe entre autre de vitalité de l'économie chinoise.