Le revenu universel sera-t-il incontournable dans le monde d’après la pandémie ? La crise économique a relancé le débat en sa faveur et certains gouvernements sont déjà passés à l’acte, c’est le cas de l’Espagne.

L’Espagne est le pays européen où la situation sociale est la plus délicate. La crise économique a fait exploser le niveau de pauvreté. Il était déjà, avant le coronavirus, l’un des plus forts de l’Union européenne à plus de 20%. La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon, croit elle aussi que le revenu universel est la solution à la crise actuelle, mais elle a besoin de l’accord de Londres pour le mettre en place. 62% des Allemands y sont favorables, selon un récent sondage européen. Outre-Rhin, plusieurs pétitions circulent pour demander sa mise en œuvre. L’une d’entre elle a recueilli suffisamment de signatures pour que la proposition soit discutée au Parlement. La directrice du bureau Asie Pacifique du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) pense aussi que le revenu universel s’impose dans le contexte du coronavirus.

La subite paralysie de l’économie a ranimé le débat sur le revenu universel

Au début du confinement, on a surtout évoqué le recours à la monnaie hélicoptère, qui est une version monétaire du revenu universel. Le principe étant de distribuer du cash à tous les ménages sans distinction de revenu par de la création monétaire. Certains pays l’ont fait ponctuellement, en recourant à la dette publique. Les États-Unis, le Japon ou encore Hong Kong ont ou vont verser de l’argent aux ménages pour soutenir la consommation. Le revenu universel a une autre ambition : il est là pour durer, pour soutenir ceux qui n’ont pas ou peu été secourus par les filets de sécurité déployés par la plupart des États : les auto-entrepreneurs, les salariés à temps partiels, ceux qui travaillent dans l’informel ou encore les agriculteurs aux revenus très faibles. Tous font partie du précariat, une nouvelle classe sociale mise en évidence par l’économiste britannique Guy Standing, un fervent partisan du revenu universel. D’après lui, cette prestation sociale ira de soi dans l’économie du futur comme l’ont été la construction des routes au XIXe siècle ou la création des bibliothèques au XXe.

Les États, qui financent déjà des aides exceptionnelles, peuvent-ils supporter cette nouvelle charge ?

Guy Standing estime qu’au lieu de s’endetter pour soutenir des entreprises mal gérées, surendettées et donc vouées à disparaître, les États feraient mieux de financer le revenu universel qui sera aussi un revenu alternatif pour les futurs chômeurs. À terme, ce revenu sortira de la grande pauvreté les bénéficiaires comme l’ont démontré les expériences pilotes réalisées au Canada ou en Inde, promet-il. Mais la refonte de l’ensemble des prestations sociales, dans le seul revenu universel prôné par ses défenseurs, ne suffira pas à couvrir son financement. En France, un revenu universel de 600 euros coûterait 340 milliards d’euros net par an a calculé l’économiste Henri Sterdyniak. 340 milliards, c’est 160 fois plus que les recettes de l’impôt sur la fortune immobilière qui a succédé à l’ISF. Un tel niveau de dépense n’est pas réaliste, selon cet économiste pourtant favorable à des politiques redistributives. Si les gouvernements se laissent convaincre il faudra donc un grand soir fiscal. L’Espagne a prévu cette année une enveloppe de 3 milliards d’euros pour son revenu vital qui sera environ de 500 euros, soit la moitié du salaire minimum espagnol. Mais nul ne sait si le dispositif sera reconduit l'an prochain.

EN BREF

Le Venezuela dit être en mesure d'acheter des médicaments avec une partie de ses lingots bloqués à Londres. Grâce à la médiation du Programme des nations unies pour le développement. Comme la banque d'Angleterre refuse de débloquer les stocks d'or du Venezuela, le Pnud recevra les fonds directement au nom de Caracas pour acheter médicaments et nourriture.

La Bourse de Hong Kong a ouvert en baisse aujourd'hui, choquée par les déclarations américaines. Selon le secrétaire d’État Mike Pompeo, le territoire autonome ne peut plus conserver son statut privilégié dans ses échanges avec les États-Unis en raison de la loi sur la sécurité que Pékin s'apprête à voter.