En Allemagne les élections générales de dimanche marquent la fin de l’ère Merkel. Après 16 ans de règne incontesté, la chancelière laisse en héritage un pays devenu très puissant sur le plan économique mais aussi avec des failles.

En 2005, quand Angela Merkel arrive au pouvoir, elle récolte le fruit de l'action réformatrice de son prédécesseur. Le social-démocrate Gherard Schröder a fait adopter des lois impopulaires libéralisant le marché du travail pour sortir l’Allemagne de sa torpeur. Ce tournant va porter une croissance vigoureuse pendant les 15 ans qui suivent, une croissance deux fois plus forte que celle des voisins. En termes de PIB par habitant, l’Allemagne de 2021 est devenue le pays le plus riche du G7, devant les États-Unis. Bien loin devant ses partenaires européens. C’est aussi le pays européen en quasi plein emploi. Au mois d'août le chômage est retombé à 5,5%, proche du niveau d’avant la pandémie.
L’économie allemande a plutôt bien résisté à la crise provoquée par le coronavirus
Parce que le confinement a été limité. Parce que l'État, comme en 2008, a joué le rôle d'amortisseur. Malgré la reprise actuelle presque sans encombre, le moral des Allemands a pris un coup, car la pandémie a révélé les points faibles de leur modèle de croissance, notamment un gros retard dans la digitalisation. L’école à la maison, le suivi de la vaccination ont été des épreuves difficiles à surmonter en Allemagne faute d'équipement internet, de débit suffisant. L'Allemagne découvre avec stupéfaction que le sous-investissement chronique a miné les bases de son développement. Les écoles, les routes, les administrations ont un besoin urgent de modernisation.
Les entreprises allemandes se plaignent aussi du coût élevé de l'électricité
La plus chère d'Europe, qui pénalise aussi les ménages allemands. En renonçant au nucléaire après Fukushima en 2011 et en subventionnant massivement les énergies renouvelables, Angela Merkel a fait gonfler la facture sans pour autant parvenir à réduire les émissions de carbone puisque les centrales au charbon ont remplacé l'atome comme variable d'ajustement. À ce rythme, la décarbonation de l'économie allemande ne sera pas achevée selon le calendrier fixé à Bruxelles. « Continuer comme ça n'est pas possible pour les industriels, souligne le directeur de la chambre de commerce franco-allemande Patrick Brandmaier, pour les milieux d'affaires le climat et la digitalisation sont les principaux enjeux des élections ». Les dépenses nécessaires dans ces deux domaines sont pharamineuses, du même ordre que celles occasionnées par la réunification.
Comment les partis en lice comptent financer ces dépenses?
Ils répondent vaguement à cette question. Ils se gardent bien de chiffrer trop précisément le volume des investissements publics qu'il faudra réaliser. De peur sans doute de heurter un électorat encore très attaché à la rigueur budgétaire. Seuls les Verts osent : ils prônent la fin du frein à l'endettement inscrit dans la Constitution, un frein qui stipule que le déficit annuel ne peut pas excéder 0,35% du PIB. Avec une règle aussi stricte, il sera compliqué d'emprunter les centaines de milliards d'euros nécessaires pour adapter l'économie au changement climatique. Mais sur le fond, les lignes ont déjà bougé avec Angela Merkel. Elle a fini par accepter le recours à la dette commune pour financer le plan de relance européen post pandémie. Les partis qui formeront une coalition de gouvernement pourraient non pas abolir les règles de l'orthodoxie, un projet politiquement trop coûteux mais les contourner en créant des fonds dédiés hors budget.
 ► EN BREF
Le géant chinois de l'immobilier Evergrande s'éloigne du défaut de paiement, il dit être en mesure d'honorer les échéances dues ce jeudi. Il a finalement trouvé les 30 millions d'euros d'intérêt qu'il doit à tout prix verser jeudi pour éviter le défaut. Les marchés sont soulagés même si le problème reste quasiment entier. La dette totale d'Evergrande se monte à 260 milliards d'euros.

À suivre aujourd'hui en France, la présentation du projet de budget 2022 : un budget d'année électorale et donc avec de nombreuses dépenses en vue. Malgré la fin officielle du « quoiqu'il en coûte », un principe assumé pendant toute la crise déclenchée par la pandémie.