Une semaine après la mort de George Floyd, les émeutes se poursuivent dans plus d’une centaine de villes américaines. Ces manifestations dénonçant le racisme contre les noirs se terminent souvent par des pillages. Juste au moment où l’économie américaine commence à sortir du confinement. Et malgré les conséquences négatives sur leurs affaires, les dirigeants expriment largement leur solidarité avec les manifestants.

Sur le plan économique, les pertes causées par les pillages posent problème surtout aux petits commerces ou restaurants déjà asphyxiés par plusieurs semaines d’inactivité forcée. À certains endroits, les maires ont préféré retarder le déconfinement pour panser les plaies des émeutes. La plupart des grandes enseignes commerciales ont joué la prudence, fermant complètement leurs magasins ou restreignant les heures d’ouverture. Les chaînes WallMart et Target, qui sont restés ouvertes pendant toute la durée du confinement, ont ainsi provisoirement suspendu leur activité dans des centaines de leurs sites. Pour protéger leurs employés et leurs biens, certaines de leurs boutiques ayant été dévastées par les pilleurs. Starbucks, Apple, Nike ou Adidas ont fait de même.

Mais la plupart relativisent les dommages économiques et communiquent surtout leur empathie pour la cause noire

Sur les réseaux sociaux des douzaines de dirigeants de grandes entreprises expriment leur solidarité avec la communauté afro-américaine. Et leur souhait de voir l’Amérique affronter ses vieux démons. Nike va droit au but : « pour une fois ne le faites pas ! Don’t do it ! Ne prétendez pas qu’il n’y a pas un problème en Amérique ». Un détournement de son slogan publicitaire « just do it ! ». Que son concurrent Adidas a retweeté en y mettant sa griffe « together we make change, ensemble on fera bouger les choses ». Gap, Asos, Macy’s dans le secteur de la mode. Starbucks ou encore Netflix, Uber ou Snap, la messagerie instantanée prisée des adolescents : tous ont réagi dans le même sens.

Comment expliquer un tel élan?

Leur communication n’est pas dénuée d’intérêts économiques. Pour que les affaires prospèrent toutes les entreprises ont besoin d’un climat pacifique, harmonieux. Leurs messages s’adressent d’abord à leurs clients, tous bienvenus quelle que soit la couleur de leur peau. Les chefs d’entreprise américains parlent aussi à leurs employés. Aux blancs qui ont parfois eu des comportements racistes avec les clients, chez Starbucks par exemple, et aux noirs bien sûr, parce que les talents et la force de travail de ces afro-américains souvent dédiés aux emplois dits essentiels sont aussi indispensables que les autres à la bonne marche des entreprises.

Sur les 500 plus grandes sociétés américaines classées par le magazine Fortune, 4 seulement sont aujourd’hui dirigées par des hommes noirs. L’immense majorité des décideurs sont des blancs, des hommes blancs, qui ressentent aussi l'urgence de s’impliquer dans le grand débat sur le racisme de la police et de la justice. Le patron de la chaîne de restauration rapide Shake Shack, se dit pleinement conscient de sa position de décideur blanc et compte bien l’utiliser pour faire bouger les choses.

Quant aux 4 dirigeants noirs, eux aussi ont pris la parole, parmi eux Jide Zeitlin, le patron de la marque de sac à main Kate Spade et des boutiques de luxe Tapestry, dont certaines ont été vandalisées. « Nous pouvons remplacer nos fenêtres cassés ou les sacs, écrit-il sur Linked in, mais on ne peut pas ramener George Floyd et les autres. Chacune de ces vies noires comptent ». Quelques mots qui synthétisent le sentiment le plus largement exprimé dans les milieux d’affaires américains. Ken Frazier, le PDG du laboratoire pharmaceutique Merck, lui, voit des « platitudes » dans toutes ces bonnes paroles. Le seul Afro-Américain à diriger une des trente entreprises de l'indice Dow Jones, demande des actes plutôt que des bonnes paroles. Il plaide pour des initiatives pratiques visant par exemple à l'insertion professionnelle des minorités.

►En bref

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