Alors que les débats reprennent ce lundi à la conférence climat de Glasgow pour une deuxième semaine, la question des inégalités face aux changements climatiques et face aux efforts à fournir vis-à-vis de ces changements se pose de manière constante.

Dans une étude publié le 21 octobre dernier, l’économiste Lucas Chancel, spécialiste des inégalités et de l’environnement et codirecteur du Laboratoire sur les inégalités mondiales, estime qu’il faudrait mettre en place un impôt progressif sur la fortune, une sorte d’ISF climat.

En effet, 10 % de la population la plus riche de la planète, est responsable d’environ la moitié de toutes les émissions de gaz à effet de serre, tandis que la moitié la plus pauvre de la population n’en émet que 12 %.

Pire encore, depuis 1990 (l'étude porte sur trente ans), les émissions des 1 % des personnes les plus aisées ont augmenté plus rapidement que celles de tout le reste de la population (8,5 milliards de tonnes soit en moyenne 110 tonnes de CO2 par membre de ce groupe contre 1,6 tonne émise en moyenne en 2019 par les 50 % les plus pauvres). À cela deux raisons : la montée des inégalités au sein des pays... et cela, en dépit de la croissance économique de plusieurs pays dits émergents. Mais aussi, les riches émettent bien plus par leurs émissions dites « indirectes », au travers des biens et services qu’ils achètent, mais aussi par les investissements qu’ils réalisent. 

En conclusion : près de la moitié de toutes les émissions est due à un dixième de la population mondiale, et un centième seulement de la population mondiale (77 millions d'individus) émet environ 50 % de plus que toute la moitié inférieure de la population (3,8 milliards d'individus). 

Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit donc pas simplement d’un clivage entre pays riches et pays pauvres, il y a aussi de grosses disparités au sein même des pays puisque les efforts de réduction des émissions que se sont fixés les États-Unis, la Grande-Bretagne ou encore la France, ont déjà été atteints pour la moitié par la part la plus pauvre de la population. 
Des disparités au sein de chaque pays mais aussi entre pays pollueurs
Sans surprise, les pays développés restent en tête du palmarès des plus gros pollueurs : un habitant des États-Unis émet en moyenne deux fois plus de CO2 qu’un Européen ou un Russe, quatre fois plus qu’un latino-Américain, treize fois plus qu’un Africain. 

Ces questions sont cruciales car il faut vraiment comprendre qui, au final, devra payer pour réduire ses émissions de CO2 ?

Car le fait que le réchauffement climatique soit un accélérateur des inégalités ce n'est pas nouveau, ce qui l'est en revanche, c'est la prise de conscience que pour parvenir au zéro carbone en 2050, il faudra désormais prendre ces inégalités en compte et demander plus d'efforts à ceux qui polluent le plus, en gros la moitié supérieure de la population, et en particulier du 10% supérieur. Cela parait finalement assez logique, c'est le principe pollueur payeur, mais il en va en réalité bien autrement. 
Un cercle vicieux 
D’où l’idée d’un impôt progressif climat pour les plus aisés, un ISF climatique qui pénaliserait les investissements de portefeuille dans des entreprises polluantes. Une forme de taxe carbone à destination de ceux qui émettent le plus. Cela éviterait de refaire la même erreur qui a conduit à la crise des gilets jaunes lorsque le gouvernement français a souhaité augmenter la taxe carbone sans redistribuer ses recettes aux ménages les plus modestes ni inquiéter les habitudes de consommation ou d’investissement des plus riches. 

L'économiste Lucas Chancel dans une tribune publié dans Le Monde, note qu'il faut une stratégie plus égalitaire car au fond, c'est aussi ça qui empêche d'avancer, les ménages modestes anticipent les politiques climatiques qui viendraient gréver leur niveau de vie et l’annonce de la mise en place de la taxe sur les carburants en est un bon exemple. 

L'économiste préconise donc entre autres, un taux d'imposition de 10 % sur la valeur des actifs carbones détenus par les multimillionnaires du monde entier cela rapporterait, selon le Laboratoire sur les inégalités, 100 milliards de dollars par an. De quoi financer la majeure partie des investissements nécessaires chaque année pour mener à bien la transition énergétique.