La lenteur de la campagne vaccinale contre le Covid-19 fait polémique en France, l'un des pays les plus en retards dans son programme. Cette question se pose aussi en Allemagne ou au Royaume-Uni où l’on incrimine la pénurie de vaccin. À qui la faute ?

Les premiers « suspects » sont les derniers gouvernements à avoir passé leurs commandes de vaccins. On voit bien que la campagne est beaucoup plus avancée aux États-Unis, en Israël, et au Royaume Uni, trois pays où la signature des contrats a été extrêmement rapide. Trois pays où le Covid fait rage, trois pays aussi où les dirigeants ont été poussés par leur agenda politique, la présidentielle pour Donald Trump, une élection qui se profile pour Benjamin Netanyahu et le Brexit pour Boris Johnson. Dès l’été, les États-Unis réservent 100 millions de doses à Moderna. À la mi-novembre, Israël et le Royaume-Uni signent à leur tour des contrats fermes. C’est aussi le cas du Canada et du Japon.

En revanche dans l’Union européenne l’autorité des médicaments prend son temps pour autoriser les nouveaux vaccins

Une lenteur très bureaucratique laissait entendre Stéphane Bancel le patron de Moderna à la mi-novembre. Il lance alors un avertissement très clair : ce retard n’aura pas de conséquences sur la quantité totale mais bien sur le calendrier de livraison.

La Commission a finalement passé commande quelques jours plus tard, mais l’Autorité européenne du médicament n'a toujours pas donné son feu vert, il devrait intervenir si tout va bien d'ici 48 h. Ce week-end le patron de la Biotech allemande qui a mis au point avec Pfizer le premier vaccin ARN autorisé aux États-Unis est plus brutal. Il reproche aux 27 d’avoir trop compté sur les vaccins européens, celui de Sanofi-GSK qui a subi un important retard et celui d’AstraZeneca. La conseillère scientifique de la chancelière Angela Merkel estime de son côté que la Commission a fait une erreur dans les quantités commandées aux différents laboratoires. Pour faire taire la polémique le ministre allemand de la Santé, Jens Spahn, qui lorgne la succession de la chancelière, s'apprête à commander au niveau national car en Allemagne où la logistique est parfaitement huilée, c’est bien le manque de doses qui ralentit les injections.

L’industrie est-elle coupable ?

C’est l’accusation portée par Boris Johnson pour expliquer qu’il était impossible de faire une deuxième injection dans les trois semaines. Et rejetée par Pfizer et AstraZeneca : les labos assurent qu'ils sont en mesure d'honorer les commandes et qu'ils continueront à produire à un rythme soutenu. Difficile aujourd'hui d'y voir clair entre les chiffres incomplets fournis par l'administration britannique et les allégations des industriels.

Selon des experts, des goulots d’étranglement paraissent inévitables, pas forcément dans la fabrication du produit mais dans son conditionnement, par manque de flacon ou de bouchon adapté, ou dans son contrôle qui doit être extrêmement minutieux. L'industrie fait un effort hors du commun, jamais autant de vaccins n'ont été créés et produits aussi vite. Des ralentissements sont inévitables, même dans les pays les plus avancés, Israël devrait faire une pause en attendant de nouveaux lots de Pfizer.

Quelles sont les conséquences de ces retards ?

Dans la lutte contre cette pandémie dévastatrice pour la santé et l’économie, chaque jour compte. Le but de la vaccination est de retrouver une activité normale. C’est seulement quand un pays est débarrassé du Covid qu’il parvient à rebondir. Il y a donc urgence à vacciner pour sortir de la pire crise économique qu’ait connu la planète. Le soutien à l’économie française coûte chaque jour plus d’un milliard d’euros à l’État.

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