Exit le tout puissant classement « Doing Business », publié chaque année par la Banque Mondiale. Il a été définitivement abandonné jeudi 16 septembre 2021. Tant mieux se réjouissent tous ceux qui le contestent depuis de longues années déjà.

Et ils sont pléthores. Il y a bien sûr les États mal notés et donc mécontents. Mais il y a aussi des centaines d’ONG. Au mois de mars 2021, 360 organisations ou chercheurs dans le domaine de l'économie et du développement ont signé une pétition pour réclamer son abolition. La fronde a éclaté avec la démission du chef économiste de la banque mondiale en 2018, à peine plus d'un an après son arrivée. L’Américain Paul Romer qui sera couronné quelques mois plus tard par un prix Nobel est choqué par le manque d’honnêteté intellectuelle du classement. Il avait publiquement dénoncé la manipulation du score du Chili. Rétrogradé après l’arrivée au pouvoir de la socialiste Michelle Bachelet, puis réhaussé quand le libéral Pinera devient président. Pour reculer à nouveau quand Michelle Bachelet est réélue, alors que l’environnement des affaires a été quasiment stable pendant cette période.
Il aura fallu une ultime polémique éclaboussant la directrice générale du FMI pour que le « Doing Business » soit abandonné
À quelques semaines des assemblées annuelles des deux institutions financières il était urgent d’éteindre au plus vite l’incendie. Kristalina Georgevia, qui était auparavant à la banque mondiale, est soupçonnée d’avoir exercé des pressions pour avantager plusieurs pays, dont la Chine. Les faits remontent à 2018 pour la Chine. La banque a alors un besoin urgent de financement. Son premier contributeur, les États-Unis de Donald Trump, est peu enthousiaste, difficile dans ce contexte de vexer son troisième contributeur, la Chine, qui devait dégringoler cette année-là de 8 marches dans le classement. La Chine finalement conservera sa 78ème place. Des faits, s'ils sont avérés, qui démontrent à quel point les intérêts immédiats de l’institution ont pris le pas sur son indépendance.
Sur le fond, les détracteurs du classement soulignent que la Banque Mondiale ne peut pas être juge et partie
D’un côté la Banque finance et conseille les gouvernements des pays pauvres ou en crise et de l’autre elle leur donne une note qui joue un rôle déterminant pour leur avenir. Des rôles qui se percutent de plus en plus car ce rapport créé il y a presque vingt ans a pris une importance démesurée. Certains États comme l'Inde ou le Rwanda font des réformes uniquement pour mieux coller aux attentes du « Doing Business ». Pour les pays en développement ou émergent c’est une carte de visite très médiatisée, surtout quand le résultat s’améliore, pour attirer les investisseurs étrangers. Il est pris en compte dans le calcul du risque pays, ce qui a une incidence sur le taux d’intérêt auquel un État emprunte. Et jusqu’en 2019, la Banque Mondiale prodiguait même des conseils payants aux pays soucieux d’améliorer leur classement, conseils sollicités entre autres par les Émirats arabes unis ou l'Arabie Saoudite. Face au tollé provoqué par cette pratique, elle a été stoppée net.
On lui reproche aussi son prisme anglo-saxon
C’est une critique émise par la France en 2015. Paris rageait alors d’être classée 44ème cette année-là, derrière la Jamaïque. La France estime que la vision libérale du monde anglo-saxon prévaut dans l’analyse. Par ailleurs la promulgation des lois est prise en compte mais pas leur application, ce qui aboutit à une vision très déformée de la réalité. Les économistes keynésiens estiment que ce « Doing Business » est le fils naturel des programmes d’ajustement monétaire des années 1980 et 19990, imposés dans la douleur par le FMI. Les éléments facilitant la libéralisation de l’économie font grimper la moyenne et les protections mises en place par les États la font baisser alors qu'ils jouent un rôle stabilisateur en cas de crise, comme on le voit avec la pandémie de Covid-19. 

EN BREF

► La bourse de Hong Kong en forte baisse. Elle a perdu 4% ce matin, en raison du naufrage du promoteur chinois Evergrande, coté sur cette bourse. Evergrande, au bord de la faillite, a perdu 17%, entrainant dans sa chute d'autres géants de l'immobilier et un géant chinois de l'assurance.