Après deux ans de guerre commerciale, Américains et Chinois vont signer ce mercredi à Washington un premier accord pour rééquilibrer leurs échanges. Cet accord va-t-il vraiment rebattre les cartes entre les deux super puissances ?

Les deux capitales en font beaucoup pour le démontrer. Pékin multiplie les gestes amicaux à l’égard des entreprises américaines. Avec l’ouverture du secteur pétrolier aux entreprises étrangères, un cadeau bienvenu pour les sociétés américaines du secteur. Avec le feu vert donné à American Express pour enfin pénétrer le juteux marché chinois de la carte bancaire. De son côté Washington a renoncé à classer la Chine dans la catégorie des pays manipulateurs de monnaie. Et Donald Trump fait du Donald Trump. Déclarant à qui veut l’entendre que c’est un super accord. Tous ces mots, ces gestes symboliques nous laissent cependant sur notre faim, parce que pour le moment on dispose de très peu d’informations sur le contenu réel de cet accord bilatéral dit de phase 1.

Les Américains se sont engagés à réduire partiellement leurs droits de douane sur les produits chinois. Quelle sera la portée de cet allégement ?

Vue de Pékin, dans le contexte de ralentissement de son économie, cette levée partielle est bienvenue. Mais c'est bien loin des attentes réelles des autorités chinoises. Aujourd’hui quasiment tous les produits chinois importés aux États-Unis sont surtaxés. Avec cet accord, les deux tiers des exportations chinoises destinées au marché américain resteront soumis à des droits supplémentaires. Washington est catégorique :  pas question d'en faire davantage avant l’élection présidentielle. L'accord débouche donc sur une trêve armée, toute relative, et le consommateur américain en ressentira bien peu les effets. Idem pour les entreprises américaines, qui restent sur le qui-vive pour leur approvisionnement dépendant des usines chinoises comme pour leurs éventuels projets d’investissement en Chine.

La Chine va-t-elle importer davantage de produits américains comme le claironne Donald Trump ?

Le président américain parle de 200 milliards de dollars d’importation supplémentaires sur deux ans. En aéronautique, produits industriels, services, et surtout produits agricoles. Le président américain présente déjà la facture agricole: 80 milliards de dollars. Ces chiffres paraissent totalement extravagants. D’abord parce que Pékin n’a pas confirmé officiellement son intention d’acheter un tel montant de produits made in USA. Ensuite parce que cela parait irréaliste au regard des besoins chinois. En 2017, avant le déclenchement de la guerre commerciale, la Chine a importé pour 23 milliards de dollars de produits agricoles en provenance du monde entier ; comment imaginer qu’elle pourra cette année importer pour 40 milliards d’un seul pays ? Si elle le fait, ce sera bon pour les fermiers américains, très durs pour les finances chinoises et aussi pour les autres grands producteurs agricoles comme les Brésiliens ou les Argentins, des fournisseurs traditionnels du marché chinois.

Donald Trump a affirmé vouloir démarrer au plus vite la deuxième phase des négociations

Et il y a de quoi faire, car pour le moment, la plus grosse pomme de discorde avec Pékin, les produits technologiques, tout ce qui concerne la 5G ou l'intelligence artificielle n'ont absolument pas été abordés. Ni les subventions à l'industrie ou les questions de propriété intellectuelle. Le président américain estime que tout cela prendra beaucoup de temps, probablement au-delà du mois de novembre, c’est-à-dire au-delà de l’élection présidentielle américaine. L’accord signé ce mercredi conforte la stature du candidat à sa réélection, capable de gagner les guerres qu'il déclenche, et elle lui offre un répit pour faire campagne. Si le contenu de l'accord est limité, il demeure inquiétant sur la forme : désormais ce sont les États, ou plutôt les États-Unis qui décident du volume des échanges. Pas rassurant pour les Européens, en train de négocier avec les Américains.

►En bref

Malgré le Brexit, Londres demeure le numéro un des investissements dans les start-up

En 2019, 39 milliards de dollars ont été investis dans les jeunes pousses européennes, c'est un record absolu. Et c'est Londres qui a attiré le quart de ces investissements, le Royaume-Uni a quasiment doublé la mise par rapport à 2018. Berlin arrive à la seconde place du classement avec 4,5 milliards de dollars investis et Paris troisième avec 3,3 milliards de dollars.