L’Allemagne prend ce mercredi 1er juillet la présidence tournante de l’Union européenne pour six mois. Pour Angela Merkel, la priorité des priorités sera la relance de l’économie.

Il y a bien d’autres dossiers tout aussi urgents qui sont inscrits à l’agenda 2020 des 27 : le Brexit, à régler avant la fin de l’année, les relations avec la Chine et avec les États-Unis, ou encore le virage vers le digital et l'économie décarbonée. Mais pour traiter toutes ces questions cruciales, l’Europe doit d’abord rétablir son économie. Et ce préalable se fera avec l’impulsion de la nation économiquement la plus forte; et celle de la dirigeante politiquement la plus puissante. Angela Merkel est la doyenne des dirigeants européens, en poste depuis quinze ans et au sommet de sa popularité dans son pays grâce à sa gestion efficace du Covid-19.

Cela veut dire que l’Allemagne a les moyens d’imposer sa vision au reste de l’Europe ?

Disons que Berlin a depuis longtemps les moyens de faire prévaloir sa vision des choses ou ses intérêts. Angela Merkel ouvre les frontières aux réfugiés sans consulter ses homologues ; pendant la crise de la dette, Berlin met son veto aux eurobonds dont rêvent les pays du Sud, l’intérêt des épargnants allemands passant alors avant celui des Grecs ou des Espagnols éreintés par la faillite des finances publiques. Mais cette fois c’est différent. Car les intérêts de l’Allemagne convergent plus que jamais avec ceux de l’Europe. Après le Covid-19, son économie ouverte, très dépendante des exportations a besoin de clients. Avec l’Amérique de Donald Trump qui joue la partition de l’America first, avec la Chine qui se positionne plutôt comme un concurrent, prête à tous les coups pour devenir maître du monde, l’avenir parait bien compliqué, incertain. L’Allemagne a donc tout intérêt à soigner ses partenaires les plus sûrs, les voisins européens, avec qui elle partage encore un certain nombre de valeurs et avec qui elle réalise 60% de ses exportations. Or pour que ces clients achètent, il faut qu’ils soient en bonne santé, plus vite leur économie repartira, mieux l’Allemagne se portera. Cela explique la conversion allemande à la dette mutuelle et au plan d’urgence mis en place pour financer la relance des 27.

Cette étonnante volte-face doit beaucoup aussi à l’évolution de l’opinion allemande

Que ce soit le patronat ou les économistes, ils sont plus Européens que par le passé et globalement plus favorables à la dépense publique. Même si cette dépense passe par de l’endettement ; le dogme de l’orthodoxie budgétaire cher aux ministres allemands des Finances a sauté avec l’urgence créée par la pandémie. Résultat, l’Allemagne est le pays qui a déployé le plus de moyens pour sauver son économie, mobilisant des capitaux représentant 40% de son PIB. « L’Allemagne sera la locomotive de l’Europe et du reste du monde » affirme Peter Altmaier, le ministre de l’Économie. C’est vrai aussi que c’est un des pays européens les plus solides, parce qu'il a conservé un très haut niveau d’activité pendant le confinement. Si son industrie automobile a été stoppée net par le coronavirus, en revanche la plupart des autres industries ont maintenu leur activité, en se reconvertissant au besoin avec une grande agilité. Un pays donc en bonne posture pour redémarrer avant les autres et donner le tempo via cette présidence de l'Europe. Avec une dirigeante sur le départ en 2021, désireuse de parachever son bilan flatteur, sans subir la pression d'une prochaine élection.

►En bref

En France, les ventes de voitures redémarrent en juin à plus 1,2% par rapport à juin 2019

C’est très bon pour Renault : +6,5% en juin en revanche PSA est encore à la peine avec des ventes qui continuent de reculer de 9%.

En Chine l'activité industrielle s'est redressé en juin

D'après l'indice Markit publié par le groupe Caixin, elle dépasse les attentes des prévisionnistes, à 51,7, l’indice est dans le vert pour le deuxième mois consécutif. Mais les carnets de commande à l'export ont encore du mal à se remplir, du coup les salaires sont toujours comprimés et l'emploi malmené.