Dix ans après la catastrophe du Fukushima, le nucléaire est-il à l'aube d'une renaissance ? C'est la conviction de nombreux dirigeants, dont le président Macron. Dans son plan d'innovation France 2030 présenté hier mardi, il a prévu un milliard d’euros pour développer cette énergie.

Une position assumée sans fard dans un pays où 70% de l'électricité provient déjà de l'atome. Au Japon, encore traumatisé par l'une des plus graves catastrophes de l'atome civil, le nouveau Premier ministre Fumio Kishida milite pour le redémarrage des centrales. La plupart des 50 réacteurs mis en veille il y a dix ans sont toujours à l'arrêt.

Le retour en grâce s'opère au nom de la transition énergétique. Car l’atome n'émet quasiment pas de carbone. Des arguments qui ont convaincu la Pologne pour sortir du charbon, ou le Royaume Uni. Londres pourrait élargir son parc pour ne plus dépendre du gaz et des éoliennes encore trop aléatoires. Tant qu'on ne saura pas stocker l'électricité les énergies renouvelables resteront des sources insuffisantes. La crise énergétique a également rappelé quelques évidences : les hydrocarbures qu'on doit éliminer peuvent manquer et leur prix s'emballer, tandis que l'atome garantit un approvisionnement indépendant à un prix stable.

Ce regain du nucléaire est porté par l’essor d’une nouvelle technologie, celle du SMR, le petit réacteur modulaire

Une mini centrale présentée comme avantageuse, parce sa construction est moins chère et plus rapide que les projets pharaoniques de type EPR qui plombent les comptes d’EDF. Elle serait donc adaptée à des usages ciblés, pour l'industrie ou pour des villes ou des collectivités isolées. Le milliard prévu par Macron doit servir à développer ce nouveau modèle. La concurrence est vive. Même la tech s'intéresse au SMR. Aux États-Unis, Bill Gates soutient le lancement d'un prototype dans le Wyoming. Au Royaume-Uni, Rolls Royce cherche des financements pour son projet. Les Russes ont déjà le leur, les Chinois aussi, ils pensent même être à l'avant-garde pour le commercialiser dans les prochaines années.

Est-ce que ces mini centrales vont augmenter la part du nucléaire ?

Bonne question qui pour le moment n’a pas de réponse évidente. Car il faudra bien dix ans pour que cette technologie soit adoptée à grande échelle. Pendant cet intervalle les observateurs ne voient pas d’augmentation sensible des capacités nucléaires. L’Agence internationale à l’Énergie atomique (AIEA) évoque dans son dernier rapport un frémissement et projette un doublement des capacités d’ici 2050 si et seulement si les investissements et les technologies soient à la hauteur. Sinon, le nucléaire qui représente aujourd'hui 10% de l'électricité consommée dans le monde va stagner et sa part dans le mixte reculer. La tendance historique récente ne plaide pas en faveur de la thèse de la renaissance, mais plutôt de sa lente érosion selon le World Nuclear Industry Status Report, un rapport critique publié tous les ans. Dans sa dernière édition il indique que les capacités du nucléaire ont augmenté de 0,4 gigawatt en 2020, celles des énergies renouvelables de 250 gigawatts.
La renaissance du nucléaire est illusoire ?
La Chine, qui a basé sa transition énergétique et le développement de l'électricité sur le nucléaire, est le seul pays à construire à grande échelle de nouvelles centrales. Sans ce pays, les capacités sont en baisse constante. Si les nouvelles technologies des mini réacteurs font aujourd'hui beaucoup de bruit, elles ne serviront pas nécessairement à augmenter les capacités existantes, mais plutôt à remplacer les centrales vieillissantes. Les parcs français et américain, numéro trois et un mondial sont les plus obsolètes. Les deux tiers des réacteurs ont plus de trente ans. C'est d'abord pour faire face à cette échéance que les grands pays nucléaires se mobilisent et cherchent aujourd'hui à présenter cette énergie comme verte pour attirer les investisseurs. La France et dizaines d'autres pays européens espèrent bien convaincre Bruxelles d'intégrer le nucléaire dans la liste des énergies permettant d'accéder à des financements verts.

►En bref

La mise en garde l'Agence Internationale à l'Énergie à la veille de la Cop 26

Les investissements dans les énergies renouvelables sont trop lents et insuffisants, il faut les tripler d'ici la fin de la décennie pour avoir une chance de limiter le réchauffement climatique selon le rapport publié ce mercredi par l’AIE. Le pétrole, le gaz et le charbon représentent encore 80% de la consommation mondiale.