La compagnie israélienne El Al assure aujourd’hui son premier vol direct entre Tel-Aviv et Abu Dhabi. C’est l’une des premières manifestations concrètes de la normalisation des relations diplomatiques entre Israël et les Émirats arabes unis. Ce rapprochement a-t-il un réel potentiel économique ?

L’accord a été annoncé en grande pompe il y a quinze jours alors que son contenu est encore largement en pointillé. Difficile donc d’en évaluer sa portée et ce vol reste anecdotique en termes d’affaires. Il embarque une délégation israélo-américaine plus politique qu’économique. Pourtant, de part et d’autre, au moment où l’économie des deux pays souffre des conséquences de la pandémie de Covid-19, on communique volontiers sur des retombées commerciale prometteuses du premier rapprochement entre un pays du Golfe et l'État hébreu. Samedi, le boycott d’Israël a été officiellement aboli aux Émirats, le processus va stimuler la croissance et l’innovation technologique, estime l’agence de presse officielle. Le ministre israélien de l’Économie assure lui que les exportations israéliennes vers les Émirats vont exploser, passant de quasiment rien – 300 000 dollars par an – à 300 millions de dollars au minimum.

Plusieurs accords ont déjà été signés entre des entreprises publiques et privées des deux pays dans le domaine de la santé

Notamment pour mettre au point un nouveau test de dépistage du Covid-19. Ces accords ne sont pas sortis de nulle part, ils sont le fruit des relations commerciales discrètes mais déjà établies de longue date entre des entreprises israéliennes et émiratis. Cela fait plusieurs années que du matériel sanitaire israélien est livré aux Émirats via des intermédiaires européens. Mais c’est surtout dans le domaine de la sécurité, un autre pôle d’excellence israélien, que ces relations sont les plus anciennes. Elles ont commencé en 2008. L’entreprise publique israélienne d’aéronautique a participé à la rénovation des F-16 de l’armée des Émirats arabes unis. Le fameux logiciel d’espionnage Pegasus inventé par la société israélienne NSO fait lui aussi partie des marchandises prisées par les Émiratis. Si le ministre israélien annonce que les échanges vont se développer à une allure exponentielle, c’est d’abord parce que ces transactions existantes, estimées à un milliard de dollars par une chaîne de télévision israélienne, channel 13 TV, vont enfin apparaître au grand jour et ensuite parce que les sociétés israéliennes vont maintenant pousser leur avantage à visage découvert.

Dans quels autres domaines les relations économiques vont-elles se développer ?

Dans les secteurs où il y a une grande attente côté émirati, comme le dessalement de l’eau, l’agriculture en milieu aride, mais aussi dans les secteurs où les deux pays ont des intérêts conjoints. Dans le diamant par exemple, Dubaï est une grande place de marché et Tel-Aviv un centre historique de tailleurs de pierre. La connexion est séduisante. Et plus encore dans le secteur des nouvelles technologies. Dubaï accueille un grand nombre de fonds d’investissements régionaux à la recherche de nouvelles cibles, ce dont regorge la start-up nation et ses pépites assoiffées de nouvelles sources de financement. Le potentiel est bien réel, mais la trajectoire peut très vite buter sur des problèmes très politiques. Les fonds basés aux Émirats sont en partie alimentés par d’autres pays du Golfe et ils n’auront pas forcément le feu vert des investisseurs toujours profondément hostiles à l’État hébreu. Ensuite, les Émirats resteront prudents pour ne pas froisser leur voisin iranien, avec qui Dubaï entretient des relations commerciales importantes. Et bien sûr la question palestinienne peut à tout moment faire capoter ces flux inédits entre Israël et un pays du Golfe.

 

 

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