Ce lundi les dirigeants de l’Union européenne et ceux de la Chine se retrouvent pour un 22e sommet UE-Chine en visioconférence, coronavirus oblige. Une discussion qui était initialement destinée à préparer un sommet spécial en Allemagne en septembre, depuis annulé officiellement pour cause de pandémie. Le rendez-vous arrive au moment où, après la crise sanitaire, les Européens veulent défendre une approche plus exigeante vis-à-vis de Pékin.

Xi Jinping en personne et ses ministres feront face pour la première fois à la nouvelle équipe de la Commission européenne. Le grand sommet UE-Chine prévu initialement au printemps en Allemagne devait être un immense temps fort des relations entre les deux régions qui fêtent cette année aussi le 45ème anniversaire de leurs relations.

Depuis plus de sept ans, ils sont en discussion pour un accord global sur les investissements, accord censé être trouvé cette année. Mais bien sûr, le coronavirus est passé par là. Les retards se sont accumulés mais surtout la défiance. L’Europe estime qu’elle ne peut plus montrer uniquement un visage souriant et avenant pour développer les échanges commerciaux avec son grand partenaire.

La crise sanitaire, partie de Chine, a pour plusieurs pays européens agi comme un révélateur.

Les lacunes en matière d’approvisionnement médical sont apparues au grand jour à travers le manque de masques, de médicaments. La grande dépendance envers la Chine dans ce domaine a relancé le débat sur la relocalisation des chaînes d’approvisionnement. Et pas seulement dans le domaine de la santé, mais aussi dans l’industrie automobile, dans les nouvelles technologies et le spatial. Même des États très favorables au libre-échange veulent durcir les règles. La crise sanitaire, on l’a beaucoup évoquée, a aussi été l’occasion de voir à l’œuvre une diplomatie chinoise agressive qui a joué sur les divisions internes en Europe.

Comment l’Union européenne compte-t-elle affirmer sa souveraineté ?

Preuve que les choses se sont accélérées avec la pandémie. La semaine dernière, la Commission européenne a enfin présenté sa ligne concernant la protection des entreprises européennes face à la concurrence déloyale d’entreprises étrangères subventionnées par des États. La Chine n’est pas citée mais elle se sent visée, injustement selon elle.

L’UE veut aussi marquer son empressement à ce que le marché chinois s’ouvre davantage aux entreprises européennes. Selon une étude de la Chambre de commerce de l’UE en Chine, 11% des entreprises européennes basées là-bas envisagent de rapatrier leurs investissements cette année. 60% d’entre elles entendent rester mais sont pressées de pouvoir jouer à armes égales avec leurs concurrents locaux.

Ces discussions économiques ont lieu dans un contexte de pression politique maximale

D'abord, au niveau européen, où la diplomatie dite des masques a été accueillie de façon mitigée selon les Etats qui ont pu y voir surtout une démonstration de force, aidée par une propagande agressive.

Les dossiers de l’autonomie de Hong Kong et des camps de détention ouïghours sont plus brûlants que jamais. Le Parlement européen a voté une résolution la semaine dernière (timing opportun) pour appeler à hausser le ton concernant le projet de loi chinoise sur la sécurité nationale. Et puis bien sûr, il y a Washington. Déjà à la manœuvre pour empêcher l’essor des géants chinois des télécoms comme Huawei, l’administration américaine voudrait voir les Européens prendre ouvertement parti contre la Chine sur tous les dossiers.

C’est toute la complexité de la position européenne

Pour prendre l’exemple de l’Allemagne qui prend la présidence du Conseil européen dans quelques jours, elle est le premier partenaire européen de la Chine et le deuxième des États-Unis. Coincée littéralement entre les deux. Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, demande aux Européens de choisir leur camp... au nom dit-il, des valeurs qu’ils ont en commun. Alors que l’intérêt des Européens, affaiblis par l’impact économique de la pandémie, serait aussi de s’entendre avec la Chine.