Donald Trump va-t-il ouvrir un nouveau front avec l'Europe dans le secteur de l'automobile ? Le rapport confidentiel sur le sujet qui devait lui être remis hier pourrait ouvrir la voie à de nouvelles sanctions américaines sur les importations de voitures.

Les importations de voitures étrangères mettent bien en péril la sécurité nationale des Etats-Unis concluent les auteurs de ce rapport crucial pour toute l’industrie automobile. En toute logique, ils devraient donc préconiser l’application de nouvelles taxes pouvant aller jusqu’à 25% sur tous les véhicules importés. Donald Trump a trois mois devant lui pour en décider. Avant même qu’il ne soit remis au président ce rapport a déjà provoqué la réaction très énervée de la chancelière allemande : « Si des voitures constituent une menace pour la sécurité des Etats-Unis c’est effrayant » a lâché Angela Merkel ce week-end à Munich lors du sommet consacré à la sécurité.

L’industrie automobile allemande particulièrement visée par les sanctions américaines

C’est elle qui est dans le collimateur du président américain, il ne supporte pas les excédents allemands générés par ces voitures haut de gamme. Les constructeurs allemands pourraient perdre jusqu’à 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en voyant leurs exportations vers les Etats-Unis réduites de moitié à cause de ces nouveaux droits de douane. Les trois grands, BMW, Daimler et Volkswagen sont déjà allés plaider leur cause à Washington la semaine dernière. Ils promettent de renforcer leur présence industrielle sur le sol américain pour éviter les nouvelles sanctions. BMW et Daimler construisent déjà 800 000 véhicules sur place, dont la moitié est réexportée notamment vers la Chine. Les constructeurs allemands contribuent donc indirectement à alléger le déficit commercial américain avec Pékin, pas sûr que Donald Trump ait entendu cet argument.

Comment réagissent les constructeurs américains ?

Ils sont loin de se réjouir de cette nouvelle barrière, ils y sont même unanimement opposés. D’abord parce qu’ils ont déjà encaissé la hausse des taxes sur l’acier qui a renchéri leurs coûts. Et ensuite parce qu’ils en subiraient aussi les désagréments si les composants sont inclus dans les produits taxés. Eux aussi ont fait leur calcul. Les nouvelles taxes augmenteront le prix des voitures en moyenne de 5 000 dollars. Pas vraiment le bon signal à envoyer au marché. Des centaines de milliers d’emplois pourraient disparaitre dans cette nouvelle croisade visant à réduire le déficit commercial américain avec le reste du monde.

Donald Trump mettrait en péril l’industrie américaine pour l’intérêt supérieur du commerce extérieur ?

Donald Trump aime bluffer, et il aime le dire. Interrogé sur ces taxes il a reconnu qu’il adorait les droits de douane, et qu’il les adore surtout pour négocier. Car ce que veut le président américain c’est faire plier l’Europe sur les voitures. L’union impose les voitures américaines à 10 %, les Etats-Unis à 2,5 % sauf pour les camionnettes et les pick-up imposés à 25 %. Le chef de la maison blanche aimerait aussi obtenir des concessions sur l’agriculture, et là c’est Paris qui s’y oppose. Il va donc brandir cette menace sur l’automobile pour affoler, pourquoi pas diviser les Européens. A moins que sa démarche ne soit empêchée par le nouveau combat des élus du congrès. Un sénateur démocrate et un républicain ont déposé un projet de loi contraignant le président à demander l’accord du congrès avant de prendre des mesures au nom de la sécurité nationale comme le prévoit l’article 232 du trade expansion act.

EN BREF

Une nouvelle baisse des ventes d’automobiles sur le marché chinois. En janvier 2019 les ventes ont reculé de 15% par rapport à l’an dernier. C’est le 7e mois consécutif de recul. Un nouveau signe du ralentissement que connait l’économie chinoise.

Le montant des dividendes versés aux actionnaires a atteint un nouveau record en 2018. 1 370 milliards de dollars ont été distribués pour rémunérer les détenteurs du capital. Ces rivières d’argent grossissent d’année en année. + 9% par rapport à 2017, ce montant total devrait encore augmenter de 3% cette année malgré les prévisions pessimistes sur l’économie mondiale.