Le rachat annoncé de Bouygues Telecom par Orange ne se fera finalement pas. Vendredi 1er avril 2016 au soir, les parties annonçaient y mettre un terme.
Ils ne graveront pas leur nom au bas d'un parchemin. Le but du passage à trois était pourtant de reconstituer des marges de plus en plus faibles dans ce secteur. L'opération était depuis le début complexe et délicate. Elle mettait en scène les quatre acteurs des télécoms. Et c'est bien connu : plus on est nombreux, plus c'est difficile de s'entendre, surtout quand les intérêts des protagonistes ne convergent pas.
En premier lieu, Martin Bouygues, créateur en 1994 de la branche Bouygues Telecom, souhaitait une consolidation du secteur. Stéphane Richard, PDG d'Orange, le numéro un du marché, dont l'État est actionnaire, oeuvrait pour le rachat. Autre participant, le tonitruant patron de SFR Patrick Drahi et son appétit insatiable voyait d'un bon oeil un marché à trois. Enfin, Xavier Niel, patron de Free qui a largement contribué à faire baisser les prix de la téléphonie, exigeait de récupérer le réseau mobile de son concurrent. Enfin, sur la table, un enjeu financier de taille : 10 milliards d'euros.

Les raisons de l'échec de l'accord
Comme toujours, l'argent reste le nerf de la guerre. Martin Bouygues avait déjà refusé l'offre de 10 milliards d'euros de Patrick Drahi en juin dernier, la considérant insuffisante. Il n'y avait donc aucune raison qu'il lâche sa filiale à ce prix là. De son côté, Orange et son actionnaire, l'État, évaluaient la transaction à 6 milliards d'euros.

Mais ce n'est pas l'unique raison. Au-delà de l'aspect financier, il y a aussi des histoires d'hommes et d'amour-propre. À 64 ans, Martin Bouygues, qui a pris goût aux nouvelles technologies, n'entend pas devenir le dindon de la farce. Martin Bouygues et Xavier Niel ne s'entendent pas. Sans le dire clairement, il accuse Xavier Niel d'être trop gourmand. Il voulait tout et le moins cher possible.
Autre point litigieux : le rôle que Martin Bouygues jouerait dans cette nouvelle configuration. En contrepartie du rachat, le patron de Bouygues entendait bien peser sur les décisions stratégiques d'Orange. Mais le gouvernement, actionnaire d'Orange, au travers d'Emmanuel Macron a refusé. Le ministre de l'Économie n'a pas voulu prendre le risque de s'exposer à des critiques, notamment celle d'avoir mal défendu les intérêts de l'état. Bref, la confiance n'était pas au rendez-vous, et il en résulte un beau gâchis.
Des perdants et des gagnants
Le grand perdant pourrait bien être Bouygues Telecom. L'entreprise est en vente depuis deux ans. Martin Bouygues aurait pu sortir par le haut, maintenant il va devoir poursuivre seul dans le secteur des télécoms. Même si l'homme d'affaires affirme que cette opération n'est pas vitale pour son groupe, il n'empêche que depuis 2012, date de l'arrivée de Free, le secteur est fragilisé.
De son côté, Free rate l'occasion d'accéder à de nouvelles fréquences indispensables pour l'internet mobile et la 4G. Il continuera à utiliser le réseau des autres plutôt que d'avoir le sien. Quant à SFR qui a perdu l'année dernière un million d'abonnés, il passe à côté d'un potentiel de nouveaux clients.
Le gagnant est dans un premier temps le consommateur qui va continuer à profiter d'un marché éclaté où la guerre des prix fait rage. Mais à plus long terme, il risque de souffrir d'un service détérioré par manque d'investissements de la part des opérateurs dont les marges s'amenuisent.