En Chine, le géant de l’immobilier Evergrande est une nouvelle fois au bord du défaut de paiement et d’autres promoteurs sont dans la même situation. Le naufrage du secteur va-t-il mettre en péril l’économie chinoise ?

Dans l’Empire du Milieu, le bâtiment alimente le quart du produit intérieur brut. À titre de comparaison, c’est seulement 8% en France et 4% aux Etats-Unis. Si cette activité venait à être percutée par une crise financière de grande ampleur, avec des faillites en cascade, les risques de contamination au reste de l’économie sont donc très élevés. En théorie. Car en pratique, dans une économie qui demeure hyper contrôlée, les autorités veillent au grain afin de limiter la casse. Le défaut non organisé d’Evergrande, assommé aujourd'hui par une dette de 300 milliards de dollars, provoquerait le mécontentement des ménages qui attendent la livraison d'un appartement ou d'une maison Evergrande, et donc une vague d’agitation sociale. Impensable dans la République populaire de Chine.
Le gouvernement a fait plusieurs gestes pour reprendre la situation en main
Avec d'abord une mesure de macro-économie. La Banque centrale a abaissé d’un demi-point le taux de réserve obligatoire des banques. Elles pourront donc prêter plus facilement. Cela va réinjecter de l’argent dans les circuits financiers. Alors que Pékin voulait en finir avec la relance artificielle de l'économie, par crainte des excès d’une économie dopée à l’argent facile, le bureau politique du parti communiste a dit exactement le contraire il y a quelques jours. Il s’est prononcé en faveur de plus de flexibilité, d’une politique fiscale pro active pour 2022. Ce n’est pas un changement de cap mais plutôt une manœuvre pour éviter le naufrage qui menace à court terme.
En parallèle Evergrande a mis en place un comité de gestion du risque ouvert à des représentants de groupes semi publics
Des groupes susceptibles de reprendre une part de ses actifs. C’est donc bien une restructuration qui se dessine pour le géant déchu, avec l'Etat à la manœuvre, en arrière-plan.

Le gouvernement a même demandé au président du groupe, Hui Ka Yan, de renflouer les comptes en puisant dans sa fortune, ou plutôt dans ce qu'il en reste. Elle a fondu de 70% depuis septembre avec la dégringolade en bourse d'Evergrande et se monte maintenant à 11 milliards de dollars. L’action Evergrande a encore perdu 20% de sa valeur hier mais elle repart à la hausse ce mardi à Hong Kong, comme d'autres titres de l'immobilier, rassurés par le soutien public qui est en train de se mettre en place.
Le gouvernement chinois va-t-il aider les autres promoteurs acculés par le surendettement ?
Les autorités de régulation disent vouloir aider les groupes en difficulté à lever correctement des fonds. Mais il n'y aura pas de filet de sécurité magique.

Hier Sunshine 100 n’a pas pu rembourser les 170 millions de dollars dus, aujourd’hui Kaisa doit trouver 400 millions de dollars, qu’il n’a pas dans sa trésorerie.

Les déboires financiers des promoteurs ont sérieusement refroidi le marché immobilier. Depuis septembre les prix stagnent ou baissent. C’est plutôt bien vu par le gouvernement central soucieux d’encadrer un secteur en surchauffe. Les gouvernements locaux en revanche font grise mine, ils sont en train de perdre des juteuses rentrées fiscales avec la baisse notable de la demande en terrain constructible. Le feuilleton Evergrande pourrait donc déboucher sur un ajustement global de l’économie chinoise. Avec sans doute de nouveaux épisodes à suspense dans les prochains mois, fin décembre, fin janvier et en février, c'est-à-dire chaque fois que le deuxième promoteur chinois fera face à de nouvelles échéances de remboursement.

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