Les assises nationales du « produire en France » se sont ouvertes aujourd'hui à Reims. De nombreux politiques sont attendus à ce rendez-vous annuel voué à la défense de l'industrie tricolore.
La promotion du Made in France a d'abord été un concept politique, porté par le centriste Yves Jego. Il a lancé cette initiative en 2010 en réaction à l'inexorable désindustrialisation de la France. L'industrie fournissait 20% du produit intérieur brut français en 2000. 15 ans plus tard ce n'est plus que 12%. Des centaines de milliers d'emplois ont disparu avec la fermeture ou la délocalisation des usines.
Défendre le Made in France devient alors une politique de l'emploi. C'est la version la plus positive, la plus politiquement correcte du protectionnisme qui gagne les esprits. Demain 16 candidats à la présidentielle viendront donc à Reims préciser leur engagement en la matière. Parmi eux, Arnaud Montebourg qui en a fait son combat. En 2012 il rend l'idée sympathique en s'affichant avec une marinière produite par l'industriel breton Armor Lux. Deux ans plus tard, les Français sont conquis : 6 sur 10 se disent prêts à payer plus pour un produit français, ils n'étaient que 4 sur 10 en 1997.
Cet engouement pour le Made in France a-t-il-réussi à enrayer le déclin de l'industrie ?
Les entreprises surfent sur cette vague. Le Slip français en est l'un des symboles, la chaussure renaît dans la Drôme sous la marque Le soulier français. Mais d'après les derniers chiffres de l'Insee, l'emploi industriel continue à reculer. Par ailleurs il n'existe pas de bilan sérieux des effets du Made in France parce que sa définition est floue. Pour les douanes françaises, un produit peut être étiqueté Made in France quand 45% de la valeur ajoutée est réalisée sur le territoire français.
Pour le label Origine France Garantie lancé par Yves Jego le curseur est à 50%. Il a convaincu 500 entreprises de l'adopter ; il existe d'autres appellations régionales ou sectorielles qui défendent la production nationale. Mais cela reste anecdotique. Avoir recours à cette étiquette va de soi pour des produits avec une identité forte, des produits du terroir ou des produits très anciens comme les opinels ou les planchas du fabricant ENO que les participants aux assises de Reims découvrent ou redécouvrent au moment des repas. Pour ceux qui fabriquent des produits intermédiaires, cela ne sert pas à grand-chose, ce qui fait la différence pour vendre c'est la qualité et le prix du produit.
Le coût de production demeure un obstacle au Made in France ?
C'est ce qui a justifié les délocalisations et la désindustrialisation, cela reste vrai pour les industries exposées à la concurrence internationale. Certains entrepreneurs reviennent maintenant en France, pas forcément par patriotisme, mais par réalisme économique, parce que les coûts sont à nouveau avantageux dans l'Hexagone. C'est le cas de Zodiac. Le fabricant de pneumatiques a quitté la Chine où les salaires ont beaucoup augmenté. Avec son usine française, il cherche aussi à gagner en réactivité en proposant des bateaux plus adaptés à la demande.
C'est donc une démarche à deux niveaux : fabriquer en France a un sens économique si les coûts sont supportables et si l'entreprise apporte un plus. Le Made in France peut être alors un fer-de-lance à l'export. Plutôt que de demander aux Français d'acheter français, il faut convaincre les étrangers de le faire. Les initiatives vantant la French Tech, la French Touch, vont dans cette direction, et c’est en anglais qu’il faut le dire.