Les sanctions contre la Russie ont un impact majeur dans le domaine spatial. Moscou, qui était un interlocuteur de choix des occidentaux depuis la guerre froide, est de plus en plus isolée alors que la coopération avec les autres grandes puissances est remise en question. Depuis quelques jours les annonces se succèdent dont celle de l’opérateur de satellites OneWeb basé à Londres qui suspend ses lancements depuis le cosmodrome russe de Baïkonour.

Un lanceur Soyouz opéré par OneWeb et Arianespace devait s’élancer ce samedi de Baïkonour avec 36 satellites à bord. L’agence Russe Roscosmos a lancé un ultimatum à la Grande-Bretagne pour qu’elle retire sa participation dans l’entreprise OneWeb. Le gouvernement britannique ne vend pas sa part, a répondu Londres. Moscou exigeait aussi des garanties juridiques pour que OneWeb n’utilise pas ces satellites à des fins militaires.

La Russie a également annoncé la semaine dernière suspendre ses lancements spatiaux depuis la base de Kourou en Guyane. Son personnel technique, 87 personnes en tout, est déjà sur le chemin du retour.

Moscou va aussi cesser de fournir des moteurs de fusées aux États-Unis. Le directeur de l'agence spatiale russe a commenté cette décision de la façon suivante : « Laissons-les aller dans l’espace sur leurs balais ». La Russie a livré un total de 122 moteurs de fusée RD-180 aux États-Unis depuis les années 1990, dont 98 ont permis de propulser des lanceurs Atlas.

L’agence spatiale russe va également cesser d’assurer la maintenance des 24 moteurs déjà livrés. La Russie va désormais se concentrer sur le développement d'engins spatiaux à double usage, comprenez à usage civil mais aussi à usage militaire.
De lourdes conséquences sur les programmes spatiaux internationaux et notamment ExoMars
Premier sujet d'inquiétude : la Station Spatiale internationale où cohabitent actuellement quatre Américains, deux Russes et un Allemand. La semaine dernière, Moscou a accusé les États-Unis de vouloir « détruire » cette coopération. Le directeur de l'agence spatiale russe est allé jusqu'à évoquer la menace que le vaisseau de 500 tonnes ne s'écrase sur l'Inde ou sur la Chine. Depuis, la Russie a dit se retirer des programmes scientifiques conjoints bilatéraux au sein de l'ISS.

Coté européen, l'Agence spatiale européenne a déclaré qu'elle « prenait acte » des annonces russes et qu'elle cherchait des solutions de remplacement sur la base de Kourou. Trois tirs étaient prévus cette année avec Soyouz : deux pour la constellation de navigation européenne Galileo, un autre pour le satellite espion français CSO-3. Et la vraie difficulté pourrait bien se situer là : Ariane VI n'est pas encore opérationnelle. Son premier vol est attendu pour décembre prochain.

Le lanceur léger Vega devait aussi être lancé en mai pour son vol inaugural, mais il ne peut lancer que de petites charges. Soyouz avait toutes les caractéristiques pour servir de plan B en cas de problème, plus maintenant. L'entreprise Arianespace pourrait voir ses clients se tourner vers la concurrence.
Autre ombre au tableau pour la mission ExoMars 2022
Une mission dans laquelle les Russes sont fortement impliqués puisqu'ils fournissent le lanceur Proton qui devait partir à l'automne prochain sur Mars pour poser un rover de 300 kg à la surface de la planète rouge à l'aide d'un module de descente également de conception russe. 

C'est la mission européenne la plus ambitieuse de l'année. Un projet qui remonte à une vingtaine d'années et qui a déjà dû être reporté deux fois. La fenêtre de tir pour aller sur Mars ne se représente que tous les deux ans. La mission est aujourd'hui fortement compromise a écrit l'Agence spatiale européenne, sans donner de précisions sur l'avenir de la mission.
Dans le reste de l'actualité économique, les cours du pétrole sont retombés après une envolée à des niveaux record 
Le baril de Brent a grimpé jusqu'à 119,84 dollars à l'ouverture à Londres, frôlant le seuil des 120 dollars qui n'a pas été atteint depuis 2012. Il a clôturé en baisse de 2,18% à 110,46 dollars.

Les autres matières premières, dont la Russie est un important producteur, restent dans une spirale ascendante. L'aluminium, le charbon ont atteint de nouveaux records hier, tandis que le blé a atteint son plus haut niveau depuis 14 ans.