Ce mardi est rythmé par deux manifestations en Guyane, à Cayenne et à Saint-Laurent-du-Maroni. Le mouvement qui a commencé il y a plusieurs jours, appelle à une « journée morte » dans ce département français. Au départ, il s'agissait de protester contre l'insécurité. Mais de nombreuses revendications économiques se sont ajoutées.
Le collectif des syndicats qui appellent à la grève générale depuis lundi 27 mars, s’est choisi un nom évocateur : « Pou La Gwiyann dékolé ». (« Pour que la Guyane décolle »). Les protestataires réclament un vrai plan de développement du territoire et tout d'abord, des investissements pour les jeunes (des écoles, des lycées notamment). La moitié des 15-24 ans ne font pas d'études. Et ce n'est pas parce qu'ils travaillent puisque 40% de cette classe d'âge n'a pas d'emploi. Le taux de chômage global, lui, dépasse les 22%.
En Guyane, la population est plus jeune et plus pauvre qu’en métropole, Alors que le coût de la vie y est plus élevé. Une famille sur 4 vit sous le seuil de pauvreté. La croissance démographique est importante car le taux de natalité et l'immigration sont forts.
Peu d’emplois sur place
 
La Guyane tire presque la totalité de ses revenus des financements publics. Elle a pourtant des ressources : 8 millions d'hectares de forêt, des mines de bauxite, de diamant et d'or. Mais l'orpaillage illégal fait rage. De plus, cette activité clandestine s'accompagne de trafics de drogue et d'êtres humains.
 
Autre ressource : la mer. Mais là aussi, ces richesses sont pillées, souvent par des pêcheurs venus du Surinam et du Brésil voisins. Quant au centre spatial de Kourou, il générerait 9 000 emplois directs et indirects. Pas de quoi faire vivre les 250 000 habitants de la Guyane.
 
Améliorer le système de santé
 
Outre ces problèmes économiques, les manifestants réclament des progrès dans le domaine de la santé. En Guyane, il y a moitié moins de généralistes qu'en métropole alors qu'il y a de gros besoins, notamment parce que le département est très touché par la dengue, le chikungunya et le zika.
 
Il y a aussi un énorme manque d'infrastructures. Un tiers des 22 communes guyanaises sont inaccessibles par la route. Certaines femmes vivent parfois à plus de 400 km d'une maternité et doivent s'y rendre en pirogue.
 
Des revendications anciennes
 
Ce n'est pas la première fois que les Guyanais se mobilisent. En novembre 2008, il y avait eu des manifestations contre la vie chère. Mais comme l'a reconnu Christiane Taubira, l'ancienne ministre de la Justice, née à Cayenne, ces problèmes n'ont jamais vraiment été réglés. Toute une série de sujets ont été « traités, soit au compte-gouttes, soit à doses homéopathiques depuis des années », explique-t-elle.
 
L’insécurité
 
En revanche, le gouvernement a augmenté les forces de police et de gendarmerie. Mais cela n'a pas suffi. Aujourd'hui, la Guyane a un taux d'homicides record en France. Comme le soulignait Christiane Taubira, « La question de la sécurité est liée aux loupés de l'éducation, de la formation professionnelle, au taux de chômage, à l'enclavement du territoire, à l'activité illégale en orpaillage et en pêche maritime ». Bref, à tous les problèmes économiques non résolus. La délégation ministérielle, qui doit arriver d’ici la fin de la semaine, est donc attendue de pied ferme.