Après 15 ans de négociations totalement stériles, Dassault a réussi à vendre à l'étranger 82 exemplaires du Rafale en moins de trois mois ; dont 24 au Qatar ce matin. Comment expliquer ce retour de bonne fortune ?
D'après le patron de Dassault, Éric Trappier, les qualités techniques de cet avion de chasse ont toujours été le meilleur argument de vente de l'appareil. Avant d'ajouter que l'action concertée de Jean-Yves le Drian et de Laurent Fabius, respectivement ministre de la Défense et des Affaires étrangères, pour faire avancer les négociations a beaucoup joué, en Égypte, en Inde où le contrat doit encore être finalisé comme dans l'Emirat. Car si la qualité du produit est une condition préalable évidente sur ce marché très étroit, c'est la diplomatie, la raison d'État qui est décisive.
La nouvelle donne géopolitique est sans doute la meilleure carte actuelle du Rafale. Au Qatar, comme en Égypte, et pourquoi pas demain au Koweït ou encore aux Émirats Arabes Unis où les discussions pourraient aboutir prochainement, les acquéreurs potentiels penchent en faveur du Rafale parce qu'ils préfèrent s'approvisionner auprès de la France que des États-Unis. La signature de l'accord de Lausanne avec l'Iran a rendu ces États très frileux à l'égard de Washington.
Pour les acheteurs se fournir en France présente de multiples avantages, pas seulement diplomatiques
Ils voient d'abord en la France un fournisseur fiable sur le long terme. C'est important, car un avion de chasse est opérationnel pendant plusieurs décennies. Le Rafale est à 100 % français, il sort des usines de l'Hexagone. Cela signifie que les livraisons puis les opérations de maintenance ou éventuellement d'armement sont de facto à l'abri en cas de sanctions américaines.
Autre avantage sonnant et trébuchant et providentiel, la baisse du prix de l'avion réputé trop élevé. Avec la glissade de l'euro, il a chuté de 25 % en trois ans. Les concurrents américains pâtissent de la robustesse du dollar. Et puis il y a les petits arrangements commerciaux qui font la différence. Dans le cas de l'Égypte, ce sont des banques françaises qui lui prêtent de quoi acheter 24 Rafale. Sans quoi il n'y aurait sans doute pas eu de contrat. Le Qatar, lui, a habilement négocié en parallèle des droits pour sa compagnie aérienne qui pourra à l'avenir utiliser les aéroports de Lyon et Nice, au détriment d'Air France.
Les efforts consentis par l'État français en valent-ils la chandelle ?
Pour les finances publiques certainement, car l'armée avait pris l'engagement d'acquérir coûte que coûte les 11 Rafale produits chaque année alors qu'elle a par ailleurs le plus grand mal à boucler son budget en cette période de rigueur. Cet engagement minimum pour la survie de la filière et de son cortège de PME est revu à la baisse avec la montée en puissance des contrats d'exportations.
Enfin les retombées en termes d'emploi sont toujours bienvenues dans un pays plombé par un chômage très élevé. La filière des Rafale emploie 7000 personnes. Le ministère de la Défense estime que les emplois induits se chiffrent en dizaines de milliers.
 

♦ En bref dans l'actualité économique :
 
La marque de sous-vêtement Le slip français poursuit son offensive à l'international avec une levée de fonds de 2 millions d'euros
Cette marque a fait du patriotisme économique un argument commercial. Ses slips bleus, blancs ou rouges fabriqués en France sont devenus des accessoires recherchés. Grâce à l'argent frais, cette PME compte se développer en Asie.