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Comme promis, nous nous retrouvons cette semaine pour la deuxième partie des oscars du cinéma. (Si vous avez manqué la première partie, c’est par ici!). Nous allons voir qui composent l’académie des oscars. Nous découvrirons aussi comment mettre toutes les chances de son côté pour être nominé et remporter un oscar.

Les Oscars récompensent l’ensemble des métiers autour de la création du film : technique, réalisation, scénario, interprétation, répartis en 24 catégories. Ce sont les membres de l’académie qui définissent la liste des nominés par catégorie lors du 1er tour, puis les gagnants lors du 2nd tour. L’académie est composée de 6000 membres, qui représentent tous les corps de métier : acteurs, directeurs artistiques, compositeurs, maquilleurs, réalisateurs, producteurs, créateurs de costumes, créateurs d’effets spéciaux, distributeurs et plus encore. Lors du 1er tour, chaque m     embre propose des nominés pour la catégorie à laquelle il appartient en fonction de son métier. Pour les courts métrages, les films d’animation et les films étrangers c’est un comité spécial qui se réunit pour définir la liste. Une fois la liste des nominés établie, tous les membres votent pour leur préféré dans toutes les catégories. Pour devenir membre de l’académie, il faut être parrainé par 2 personnes déjà membres et la candidature est ensuite passée en revue en fonction de la contribution faite au 7è art. Toutes les personnes ayant été nominées à un oscar deviennent automatiquement membres de l’académie.

La composition de l’académie est d’ailleurs l’un des points de controverse quand il s’agit de savoir si c’est bien le meilleur du cinéma qui est récompensé par cette cérémonie. Si l’identité des membres est gardée secrète une liste de 5 765 noms, soit 89% des votants, fut publiée en 2012 par un journal américain. On y apprend alors à quel point la diversité est peu représentée au sein de ses membres. L’académie se compose de 77% d’hommes. 54% des membres ont plus de 60 ans, et 94% sont blancs. Les minorités et les femmes sont donc clairement sous-représentées, et ce manque de diversité aurait fortement tendance à se refléter dans les choix des heureux nominés et gagnants. Il fallut attendre 2011 pour qu’une femme, Katherine Bigelow, gagne l’Oscar de la meilleure réalisation. La 1ère actrice noire à remporter la statuette de la meilleure actrice fut Halle Berry en 2001 pour A l’ombre de la haine. Le 1er acteur noir nominé pour un oscar fut Sidney Poitier, en 1958, 30 ans après la 1ere cérémonie. Plus de 400 hommes ont été nominés dans la catégorie meilleur acteur masculin. 19 d’entre eux sont des acteurs noirs. Chez les femmes seulement 10 actrices noires ont été nominés dans la catégorie meilleure actrice. Chez les réalisateurs 3 nominés seulement étaient noirs. D’autant diront que ce n’est pas l’académie mais l’industrie du cinéma tout entière qui manque de diversité.

Ce manque de diversité peut aussi avoir un impact sur le type d’œuvres récompensées, avec une tendance pour des thèmes ou des œuvres plutôt classiques, voire conservateurs. Cette année Le Loup de Wall Street, de Martin Scorcese, est l’un des films les plus nominés, avec notamment une nomination dans la catégorie meilleur acteur pour sa performance de banquier self-man, reflet de toutes les dérives morales et financières du wall street tout puissant des années 90. L’académie est-elle prête à récompenser l’incarnation d’un personnage dont les dérives (drogues, sexes et abus en tout genre) sont représentées de façon si visuelle ? L’avenir nous le dira.

En dépit de sa portée internationale, la cérémonie des Oscars récompense avant tout des œuvres américaines. Pour être sur la liste des nominés un film doit être sorti en salles à Los Angeles l’année précédente. Ce qui bien sûr limite grandement la visibilité des films non américains et donc leur chance de gagner une récompense. Et c’est même vrai dans la catégorie du meilleur film étranger puisque depuis la création de cette catégorie en 1948 seuls 2 films ont gagné sans qu’aucune partie de leur financement ne soit d’origine américaine.

L’académie des Oscars a des types d’oeuvres ou de prestations de prédilection. Le film ou rôle à Oscar c’est d’abord un drame. Comme en France avec les césars, les comédies sont rarement récompensées. La dernière fois qu’une comédie a remporté l’oscar du meilleur film c’était Annie Hall de Woody Allen en 1977. Si un acteur incarne un personnage ayant réellement existé, ses chances de remporter la statuette augmentent fortement, puisqu’1 oscar du meilleur acteur sur 5 a récompensé ce type de performance. Colin Firth en George VI dans le Discours d’un roi, Marion Cotillard dans la Môme. L’année dernière, Daniel Day Lewis remporta l’Oscar pour son incarnation d’Abraham Lincoln. D’ailleurs parmi les 5 acteurs nominés cette année, 4 d’entre eux le sont pour des rôles de personnages réels : Christian Bale dans American Bluff, Matthew McConaughey pour Daller Buyers Club, Leonardo Dicaprio dans le loup de Wall Street et Chiwetel Eijiofor pour 12 years a slave. Seule l’interprétation de Bruce Dern dans Nebraska est purement basée sur une fiction. Chez les hommes interpréter un leader, un homme politique, un roi ou autre personnage historique rapporte des points. Tout comme incarner un personnage avec un handicap, physique ou mental. Pour les hommes comme pour les femmes la transformation physique est un argument fort : Charlie Theron s’est métamorphosée pour son rôle dans Monster. Marion Cotillard est méconnaissable en Edith Piaf. Chez les femmes enfin un rôle fort dans un contexte difficile, comme celui d’une mère célibataire ou d’une veuve, peut aider à décrocher la statuette. On pense à la victoire de Julia Roberts pour Erin Brokovitch ou à celle de Jennifer Lawrence dans Happiness therapy l’année dernière.

Le marketing joue enfin un rôle de plus en plus important pour décrocher une nomination ou une victoire. Aujourd’hui pour faire partie des heureux élus il faut faire une campagne, qui s’apparente à une campagne électorale : promotions, invitations à des projections privées ou des cocktails, tournées des festivals… Un budget toujours plus conséquent est dépensé pour faire parler du film au cours des mois qui précèdent la cérémonie. Prenons l’exemple de The Artist, qui rafla et 10 nominations et 5 oscars dont les prestigieux meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur pour Jean Dujardin. Le budget pour faire ce film a été de 15 millions de dollars, le budget de la campagne des oscars seulement fut de 10 millions. La campagne fut orchestrée par Harvey Weinstein, producteur américain renommé et spécialiste de la course aux récompenses. Les distributeurs n’ont pas tous le budget pour assumer ce genre de dépenses, ce qui explique pourquoi certains films acclamés dans les plus grands festivals (Cannes, Berlin, Venise ou Toronto) passent inaperçus aux Oscars. Certaines victoires ont créé la polémique. Ainsi il se murmure que la victoire de la comédie romantique en costume Shakespeare in Love en 1999 face, notamment, au chef d’œuvre de Steven Spielberg Il faut sauver le soldat ryan serait surtout due à une campagne promotionnelle très bien menée.

Polémiques mises à part, les Oscars restent malgré tout la grande messe du cinéma et la célébration du talent. Cette année n’échappe pas à la règle. Parmi les favoris on retrouve Gravity, un des films les plus spectaculaires jamais réalisés sur l’espace. American Bluff, une histoire d’escroquerie très seventies au casting explosif. 12 years a slave, drame poignant sur un homme qui perd sa liberté et est vendu comme esclave.

Un grand merci à Bénédicte de nous avoir fait partager quelques minutes sa passion pour les oscars et le cinéma.

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