La Serbie organise ce dimanche 21 juin des élections législatives et municipales, alors que le pays, à peine sorti du confinement, connaît un regain de l’épidémie de Covid-19. Le président Vucic escompte un plébiscite mais l’opposition appelle au boycott. Pourquoi le scrutin est-il organisé aujourd’hui ?

de notre correspondant à Belgrade,

Des élections locales devaient avoir lieu ce printemps, et le président Vucic a voulu y coupler des législatives anticipées, alors même que l’homme fort de la Serbie dispose déjà d’une majorité absolue au Parlement, afin d’être en position de force, alors que le calendrier des négociations avec le Kosovo devrait s'accélérer

Le scrutin était initialement prévu le 12 avril, mais il a du être repoussé à ce 21 juin en raison de l’épidémie de Covid-19. La Serbie est aujourd’hui totalement sortie du confinement, mais le pays, ainsi du reste que ses voisins des Balkans, notamment la Macédoine du Nord, connaît effectivement une inquiétante hausse des contaminations depuis une dizaine de jours.

L’opposition appelle au boycott.

Presque toutes les formations d’opposition représentées dans l’actuel Parlement appellent au boycott, depuis le Parti démocrate (centre gauche) jusqu’au mouvement d’extrême droite Dveri. De très nombreuses organisations de la société civile appellent également au boycott. Avec des médias monopolisés par le pouvoir, une omniprésence de la figure du président Vucic, une dérive autoritaire accentuée par l’état d’urgence sanitaire, les conditions ne sont absolument pas remplies pour envisager des élections libres et démocratiques.

Néanmoins, 21 formations vont briguer les suffrages des citoyens. Parmi elles, de nouveaux groupes d’extrême droite, mais aussi deux listes issues des mobilisations anti-régime de l’année 2019, qui ont fait le choix de la participation. Alors qu’il est nécessaire de déposer 10.000 signatures pour déposer une liste, les partisans du boycott soupçonnent le régime d’avoir donné un coup de pouce à ces listes, afin de donner une apparence de crédibilité à ces élections, mais aussi de se créer une opposition « sur mesure ».

En tout état de cause, le président Vucic attend un plébiscite…

Assurément, l’issue du scrutin ne fait guère de doutes, le Parti progressiste serbe d’Aleksandar Vucic est quasiment assuré de disposer à nouveau de la majorité absolue au sein du futur Parlement. Pour le maître de Belgrade, l’enjeu est d’avoir les coudées franches, alors que les échéances devraient se précipiter à propos du Kosovo. Dès samedi 27, Aleksandar Vucic et son homologue kosovar Hashim Thaçi sont convoqués à la Maison Blanche, où les bases d’un accord politique entre Belgrade et Pristina devraient être annoncées. Alors que les deux capitales bruissent de rumeurs, on ignore quelles pourraient être ces bases politiques, mais l’administration Trump semble en tout cas décidée à boucler au plus vite le dossier. Les États-Unis ont repris la main sur la dialogue Kosovo-Serbie, marginalisant l’Union européenne, divisée sur le sujet.

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