Le corps militaire des garde-côtes italiens, qui compte 11 000 hommes, a le moral en berne. Motif : le ministre de l’Intérieur d’extrême droite Matteo Salvini et son homologue 5 Etoiles des Transports Danilo Toninelli veulent le tenir au large des secours de migrants en détresse.
De notre correspondante à Rome,
Les garde-côtes italiens ont récemment célébré leur 153e anniversaire et à cette occasion des langues se sont déliées.
Ceci n’est pas coutume pour ce corps militaire. Mais certains officiers ou commandants ont reconnu qu’ils éprouvent « un sentiment d’impuissance » face à la politique du gouvernement qui, sous l’impulsion de Matteo Salvini veut limiter leurs actions. Autrement dit : ne pas répondre aux SOS des migrants naufragés, ni aux demandes des ONG qui les secourent, au motif qu’il faut laisser agir leurs homologues libyens.
Évidemment, les garde-côtes sont les premiers à réitérer officiellement que répondre à un SOS est une obligation juridique et morale. Mais, de fait, la position anti-migrants de Rome restreint leur champ d’action.
La presse a rapporté que l’ONG Open Arms qui a sauvé in extremis, le 17 juillet dernier, Josefa, une Camerounaise de 40 ans, et récupéré les corps d’un enfant et d’une femme, a porté plainte contre les garde-côtes libyens et italiens et contre l’exécutif dirigé par Giuseppe Conte.
Sur ce point, il y a eu un démenti, ce dimanche, de l’ONG espagnole. Open Arms affirme qu’elle a déposé plainte, devant le tribunal de Palma de Majorque, pour « Omission de secours et homicides involontaires » uniquement contre le capitaine d’une vedette des garde-côtes libyens et contre celui d’un cargo, battant pavillon panaméen, qui avait averti la marine libyenne mais sans porter secours aux naufragés. Cela dit, fin juin, l’Italie a refusé l’aide d’un bateau d’Open Arms pour secourir un millier de migrants au large de la Libye.
L'affaire remonte au 26 juin, quand un navire d’Open Arms, qui avait reçu des appels au secour de bateaux se trouvant à 111 km des côtes libyennes, a contacté le centre de coordination des secours des garde-côtes italiens. Celui-ci a refusé les services de l’ONG estimant que c’était aux Libyens d’agir.
Le problème, c’est la manière dont les Libyens ? D’après les informations du quotidien Il Fatto Quotidiano publiées ce 22 juillet, un officier de la marine libyenne, sous couvert d'anonymat, admet que les équipes de secours « ne sont pas préparées aux urgences » et que, « souvent », des garde-côtes de Tripoli détruisent les bateaux pneumatiques encore chargés de migrants pour convaincre ces personnes de monter à bord de leurs vedettes.
Ces informations mettent assez directement en cause l’Italie censée former, dans le respect des droits de l’homme, les garde-côtes libyens avec le support de la mission européenne militaire Eunavfor Med, connue aussi sous le nom de Opération Sophia.