Invités :


François CLEMENCEAU

Rédacteur en chef international au « Journal du Dimanche »


Ariane BONZON

Journaliste pour Slate.fr et « Le Monde diplomatique »

auteure de « Turquie, l’heure de vérité »


Guillaume PERRIER

Journaliste

Auteur de « Dans la tête d’Erdogan »


Jean-Dominique MERCHET

Editorialiste à « L’opinion », spécialiste des questions Défense et Diplomatie


Après des semaines d'échanges tendus, Donald Trump reçoit ce mercredi à la Maison-Blanche son homologue turc Recep Tayyip Erdogan pour évoquer plusieurs sujets sensibles, à commencer par le dossier syrien, un peu plus d’un mois après l’offensive militaire turque en Syrie.

A la suite du retrait des troupes américaines déployées dans le nord-est de la Syrie, et malgré les mises en garde, Ankara avait lancé le 9 octobre dernier une opération militaire visant à repousser les milices kurdes, alliées des Occidentaux dans la lutte anti-djihadistes, le plus loin possible des abords de sa frontière. Condamnée par la communauté internationale et le Congrès américain, cette intervention militaire a donné lieu depuis à des tractations pour le moins chaotiques entre les deux dirigeants et suscité de réelles interrogations sur leur stratégie dans la région.

Dans une lettre au ton surprenant, Donald Trump avait ainsi lancé à son homologue turc : "Ne jouez pas au dur ! Ne faites pas l'idiot !". Fortement critiqué, y compris dans son propre camp, le président américain avait ensuite durci le ton, menacé de "détruire" l'économie turque et autorisé des sanctions contre la Turquie, qui ont été levées après qu’un accord a été conclu mi-octobre. Mais l'abandon des forces kurdes et la place laissée à la Russie dans le conflit syrien ont indigné de nombreux élus, démocrates comme républicains, qui s’élèvent aujourd’hui contre cette visite.

D’autre part, les atermoiements de Donald Trump et l'offensive turque contre des alliés de la coalition ont aussi suscité de vives tensions au sein de l'Alliance atlantique, dont la Turquie est membre, qui redoute une résurgence du groupe État islamique. Ces derniers jours, Emmanuel Macron a notamment déploré en termes très vifs l'absence totale de coordination sur ce dossier, jugeant que l’Otan était en état de "mort cérébrale".

Mais les problèmes auxquels sont confrontés les alliés de l'Otan s'étendent bien au-delà de la Syrie et concernent notamment le sort des prisonniers djihadistes. Le gouvernement turc affirme détenir encore 1200 membres de Daech, pour la plupart arrêtés sur le sol turc en tentant de rejoindre la Syrie ou en la fuyant. Un chiffre auquel s'ajouteraient 287 membres de l'EI échappés des prisons kurdes pendant l'offensive militaire du mois dernier, qu'Ankara affirme avoir rattrapés. Des djihadistes que l’Europe ne veut pas récupérer et que la Turquie ne veut plus garder.

 "Nous ne sommes pas un hôtel pour membres de Daech", disait récemment le ministre de l’Intérieur turc, Süleyman Soylu. Mettant ses menaces à exécutions, la Turquie a commencé lundi à renvoyer vers leurs pays d'origine les djihadistes étrangers, dont des Européens, détenus dans ses prisons. Parallèlement, le président Recep Tayyip Erdogan exhorte l'Occident à financer la construction de nouvelles villes dans le nord de la Syrie où il veut reloger 2 des 3,6 millions de Syriens réfugiés sur son sol et menace toujours d' "ouvrir les portes" aux migrants désireux de rejoindre l'Europe.

Mais quelle réalité derrière ces menaces ? Que veut réellement Recep Tayyip Erdogan ? Pourquoi a-t-il lancé une offensive contre les kurdes en Syrie ? Quelle est son ambition dans la région ? Enfin quels sont ses points forts et ses points faibles ?