LA 5G DE HUAWEI, INDÉSIRABLE EN FRANCE 23-07-2020


Invités


Nicolas BOUZOU

Economiste - Directeur fondateur du cabinet de conseils Asterès

 

Sophie FAY

Grand reporter à « L’Obs », spécialiste des questions économiques


Isabelle LASSERRE

Rédactrice en chef adjointe du service politique étrangère du « Figaro »


Emmanuel PAQUETTE

Journaliste à « L’Express », spécialiste des nouvelles technologies et des télécoms


Un chiffre, une lettre et beaucoup d’interrogations. La France, comme d’autres pays en Europe, prépare le déploiement de la 5G, le réseau mobile du futur, auquel on pourra s’abonner dans quelques mois et qui ouvrira la voie à une vie connectée à toute vitesse. Mais la prochaine génération de technologie mobile suscite aussi des inquiétudes, notamment sur son impact sur l’environnement, la biodiversité, la santé, et même sur les risques d’espionnage par la Chine.

Depuis plusieurs mois, les Etats-Unis soupçonnent Huawei d’utiliser ses équipements à des fins d’espionnage - ce que le groupe et Pékin démentent - et pressent leurs alliés d’interdire le fabricant. La semaine dernière le Royaume-Uni a fait machine arrière et a claqué la porte à l’industriel chinois. "Suite aux sanctions américaines contre Huawei et aux conseils techniques actualisés de nos cyber-experts, le gouvernement a décidé qu’il était nécessaire d’interdire Huawei de nos réseaux 5G", a asséné Oliver Dowden, secrétaire d’Etat au Numérique, à la Culture et aux Médias le 14 juillet. D’autres pays avaient déjà décidé de tourner le dos à l’équipementier chinois. C’est notamment le cas de Singapour, de l’Italie ou encore l’Australie. Dans ces pays, les opérateurs doivent choisir les technologies de Nokia ou Ericsson.

En France, Bruno Le Maire affirme qu’il n’est pas question de bannir Huawei du marché français de la 5G, mais il évoque également les mesures prises par le directeur de l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) pour protéger "nos intérêts de sécurité nationale". A en croire les informations obtenues par Reuters et d’autres médias, Paris aurait bien l’intention à long terme d’écarter l’équipementier chinois de l’ultra haut débit mobile, en ne renouvelant tout simplement pas les autorisations accordées aux opérateurs. Celles-ci pouvant aller jusqu'à huit ans, l'exclusion de Huawei serait donc effective à la fin de la décennie 2020.

Ces annonces surviennent alors qu’en France les enchères d'attribution des fréquences du réseau doivent débuter fin septembre pour un lancement de la commercialisation prévu à la fin de l'année. La 5G devrait supplanter l'actuelle 4G d'ici à 2023 pour permettre un bond technologique, avec de nouvelles (très hautes) fréquences et davantage d'antennes, en offrant aux utilisateurs des délais de transmission bien plus réduits sur internet. Médias, santé, transports, entre autres, profiteront alors des débits jusqu'à 10 fois supérieurs à la 4G.

Mais associations écologiques et élus, comme certains des maires verts tout juste élus à la tête de grandes agglomérations (Bordeaux, Poitiers, Besançon…), ne sont pas du tout enthousiastes à l'idée de voir des antennes-relais pour la 5G dans leur commune. Ils demandent un moratoire sur son déploiement et l’ouverture d’un débat démocratique. Ils s'inquiètent notamment de son impact sur l’environnement et sur notre santé. Ces derniers craignent que la multiplication des antennes, et des usages qui en découlent, augmente l'exposition des populations aux ondes et génère des troubles sanitaires (cancers, baisse de la fertilité, insomnie, grande fatigue, maux de tête) et cognitifs (problèmes d'apprentissage des enfants, troubles psychosociaux, etc.). Les défenseurs de l'environnement redoutent également un impact sur la biodiversité et pointent un risque d'épuisement des ressources non renouvelables, de destruction des sols et de pollution de l'eau.

En septembre 2017, déjà, plus de 170 scientifiques internationaux avaient, dans un appel, "recommandé un moratoire sur le déploiement de la 5e génération" afin que des scientifiques indépendants puissent étudier les dangers potentiels de la technologie sur la santé et l'environnement. La Convention citoyenne sur le climat a émis fin juin un souhait similaire. Le gouvernement n'a pas retenu la proposition mais mise sur le rapport d'évaluation que doit rendre début 2021 l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) sur les effets de la 5G "sur la santé et le climat".

Alors qu'est-ce que la 5G ? Santé, environnement, espionnage… Faut-il en avoir peur ?





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