Invités :-

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Yves THRÉARD-

Directeur adjoint de la rédaction du « Figaro »-

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Cécile CORNUDET-

Editorialiste politique aux « Echos »-

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Virginie GUIRAUDON-

Directrice de recherche au CNRS /Sciences PO-

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Jérôme FOURQUET-

Directeur du département Opinion de l’institut de sondages IFOP-

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Emmanuel Macron en avait déjà parlé fin décembre, puis dans sa lettre aux Français envoyée en réponse à la crise des Gilets jaunes, et encore à la fin du Grand débat en annonçant la tenue d'une discussion sur la question migratoire chaque année au Parlement. Le 30 septembre prochain à l’Assemblée, le 2 octobre au Sénat. De fait, à l’approche de ce grand débat, le chef de l'Etat a fixé hier soir le cap à la majorité et au gouvernement : "Nous n'avons pas le droit de ne pas regarder ce sujet en face" : "Les flux d'entrée n'ont jamais été aussi bas en Europe et les demandes d'asile jamais aussi hautes en France."

Le président de la République veut ainsi imposer l'immigration à l'ordre du jour de cette rentrée, pourtant déjà embouteillé par d'autres dossiers délicats comme la réforme des retraites ou la PMA. Mais, pour lui, les sujets régaliens, sécurité et immigration en tête, sont devenus centraux de la deuxième partie du quinquennat. Et donc de la prochaine présidentielle.

Dans cette optique, l'une des priorités d’Emmanuel Macron est de renouer avec les classes populaires après la crise des gilets jaunes qui a ébranlé le pouvoir. "Plusieurs catégories de la population restent nerveuses", a mis en garde le chef de l’Etat lundi soir devant 200 parlementaires de la majorité. Aujourd’hui, "la question est de savoir si nous voulons être un parti bourgeois ou pas. Les bourgeois n'ont pas de problème avec cela : ils ne la croisent pas [l'immigration, NDLR]. Les classes populaires vivent avec. La gauche n'a pas voulu regarder ce problème pendant des décennies. Les classes populaires ont donc migré vers l'extrême droite ", a développé Emmanuel Macron, qui n’a pas renoncé à ramener ces électeurs dans son giron et ainsi contrer le Rassemblement national à quelques moins des municipales.

Emmanuel Macron entend agir essentiellement sur le droit d'asile, un principe qu'il a réaffirmé mais dont il veut réduire les abus. Car "il est détourné de sa finalité par des réseaux, des gens qui manipulent". La France a enregistré une hausse de 23 % des dossiers l'an dernier. Les débats au Parlement porteront aussi sur l'Aide médicale d'État (AME) afin "d'en maîtriser les coûts et de s'assurer qu'elle va bien aux personnes en détresse", a expliqué de son côté la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye.

L’ AME - dont le budget en 2019 est sur le point de franchir la barre du milliard d’euros - permet aux étrangers en situation irrégulière et résidant en France depuis plus de trois mois de bénéficier de l’accès aux soins. Il est devenu pour l’extrême droite et la droite le symbole du "laxisme" du gouvernement sur la question migratoire. Tous les candidats de la primaire LR, en 2016, voulaient d’ailleurs le supprimer ou, au minimum en restreindre l’accès. Le candidat Macron, lui, promettait de ne pas y toucher.

Alors pas sûr que cette offensive sur la question de l’immigration fasse l’unanimité au sein de la majorité. Un an après l’adoption dans la douleur de la loi asile et immigration, le sujet reste sensible au sein de La République en Marche, en témoigne la tribune diffusée depuis aujourd’hui par l’aile gauche du parti. Ainsi la députée Sonia Krimi, l’un des trente signataires de ce texte, se dit en désaccord “total” avec les mots utilisés par Emmanuel Macron qui “créent la confusion entre les demandeurs d’asile et les millions de Français issus de l’immigration”. "Depuis vingt ans, à chaque fois qu’il y a un petit problème de crise, que les déficits se creusent, que les indicateurs ne sont pas assez bons, on parle de l’immigré. Sauf que l’immigré, c’est lui qui fait notre ménage, qui est notre taxi, notre gardien, qui est député ou qui est médecin. L’immigré est un français d’abord”, a lancé l’élue de la Manche ajoutant : "Ce sont des banalités. C’est ce que dit Marine Le Pen (…) Je ne vois aucune solution globale apportée, ni à court terme ni à long terme. La loi asile et immigration votée en 2018 nous montre son inefficacité à ce jour".

La réaction de Marine Le Pen, dont le parti a fait de l’immigration son thème central depuis plus de quarante ans, ne s’est pas fait attendre. Qualifiant d'"électoraliste" l'attitude d’Emmanuel Macron, la présidente du Rassemblement nationale a affirmé en avoir "vu d'autres avant lui", comme Nicolas Sarkozy, durcir le ton sur l'immigration "parce qu'ils s'engagent dans une campagne électorale ». Pour la convaincre, l’ancienne candidate à la présidentielle suggère donc l’organisation d’un «référendum» avec «des questions très simples", comme "oui ou non le droit du sol, oui ou non le regroupement familial, oui ou non la maîtrise à nouveau de nos frontières".

Alors pourquoi Emmanuel Macron durcit-il le ton sur la question migratoire ? La majorité peut-elle se disloquer ? Qu’est-ce que l’Aide médicale d’Etat ? L’immigration, priorité de l’Acte II ?-

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Diffusion : tous les jours de la semaine à 17h45-

Rediffusion : tous les jours de la semaine à 22h30-

Format : 65 minutes-

Présentation : Caroline Roux et Axel de Tarlé-

Réalisation : Pascal Hendrick, Jean-François Verzele et Jacques Wehrlin-

Productions : France Télévisions / Maximal Productions-

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