Vendredi 24 février, le Sefafi, l’Observatoire de la vie publique à Madagascar, a publié son 15ème recueil de communiqués de presse, qui retrace tous les combats menés durant l’année 2016. L’occasion pour RFI de revenir avec Annie Rakotoniaina, porte-parole du Sefafi, sur les thèmes marquants de l’an passé, comme la décentralisation ou le Sommet de la francophonie, mais aussi d’aborder la question du premier article publié en 2017, sur l’épineuse question de la laïcité.

Annie Rakotoniaina rappelle d'abord qu’en 2016, « la mise en place de la décentralisation a toujours été prônée, [mais] force est de constater qu’elle n’est pas encore effective ». Elle s’indigne aussi du manque de « transparence » qui a entouré l’organisation du Sommet de la francophonie. Trois mois après cet évènement, « personne dans l’opinion publique n’est capable de dire combien ça a coûté, ni comment ça a été financé ».

Cependant, la porte-parole du Sefafi est déjà concentrée sur les combats de 2017. Bien que Madagascar soit une démocratie laïque, chaque cérémonie étatique commence à minima par une prière. Un fait complètement accepté par les Malgaches. Néanmoins, fin janvier 2017, la population a été agacée par la participation « plus politique que spirituelle » de cinq présidents et ex-présidents à la grande messe célébrée par le numéro 2 du Saint-Siège dans le stade de la capitale.

Une situation qui a poussé le Sefafi à dénoncer une nouvelle fois l’instrumentalisation de la religion par les hommes politiques du pays mais aussi l’ingérence des Eglises dans les affaires publiques. Une réalité loin de l’article 2 de la Constitution du pays, qui indique que « la laïcité de la République repose sur le principe de la séparation des affaires de l’État et des institutions religieuses et de leurs représentants » et que « l’Etat et les institutions religieuses s’interdisent toute immixtion dans leurs domaines respectifs ».

Annie Rakotoniaina dénonce cette hypocrisie collective, dans un pays qui n'a « toujours pas défini quelle laïcité » il souhaite appliquer. Une situation qui pose d’autant plus problème que la porosité entre le religieux et le politique « est indéniable, dans les deux sens. Les religieux s’intéressent au monde politique parce que c’est une source de pouvoir. Certains religieux veulent devenir des faiseurs de rois. Les politiques s’intéressent aussi au monde du religieux parce que c’est un réservoir d’électeurs ».

Le Sefafi veut que cesse « cet amalgame entre manifestations politiques et évènements religieux. On ne doit plus instrumentaliser la religion et en faire un outil politique ».