durée : 00:06:35 - LA REVUE DE PRESSE - Joe le taxi il a bien changé… souvenez-vous des paroles… « Joe le taxi il va pas partout »… Eh bien ce matin c’est exactement l’inverse : Joe le taxi, il va absolument partout, dans la presse du jour. Mais vraiment partout. Presque pas un journal qui ne lui consacre, à lui et à ses camarades grévistes, une pleine page.

« VTC, la guerre sans frein » - double page dans Libération. « Taxis contre VTC, VALLS n’arrive pas à arbitrer le match » dans le Parisien. « Manuel VALLS se donne trois mois pour tenter de rassurer les taxis », en une du cahier Entreprises des Échos…

On en oublierait presque qu’hier, les enseignants manifestaient également… et ils étaient même 22% à faire grève selon le ministère, 50% selon les syndicats. C’est le Figaro qui le rappelle ce matin. « La mobilisation des enseignants se renforce » titre le journal.

Et puis il y avait les fonctionnaires dans la rue aussi… entre 120 et 150 000 personnes qui défilaient pour protester contre le gel de leur point d’indice depuis 2010, comme le rappelle l’Humanité. « Un indice qui a décroché de 7% par rapport à l’indice de la consommation, tandis que, parallèlement, les cotisations retraite ont, elles, augmenté de 2% depuis 5 ans. Le calcul est donc simple et éloquent, écrit Jean-Emmanuel DUCOIN dans son édito : le pouvoir d’achat dans la fonction publique a subi une perte de 9% ».

22% de profs… entre 120 et 150 000 fonctionnaires… et environ 1500 à 2000 taxis dont une poignée à fait brûler des pneus sur le périphériques… c’est donc Joe le taxi qui gagne le match de l’attention médiatique…

« Enseignants protestant contre une réforme des collèges qui ne passe vraiment pas ; contrôleurs aériens clouant les avions au sol ; fonctionnaires manifestant contre le gel de leur salaire ou bien taxis prêts à faire le coup de poing… C’était hier le retour de la France qui grogne », résume Philippe MARCACCI dans l’Est Républicain. « Certes, les différentes strates de revendication qui ont battu le pavé, à pied, en taxi ou en tracteur, n’ont pas contribué à livrer un message clair » estime Florence CHEDOTAL dans La Montagne… mais « à 16 mois de la présidentielle, c’est le moment où jamais de taper du pied ». Voilà François HOLLANDE rattrapé « par un principe de réalité plus fort que tout dans l’Hexagone : la rue », conclut Xavier BROUET dans le Républicain Lorrain.

Un retour des manifestations sur fond de court-circuit syndical

C’est tout le paradoxe, et certainement une partie du danger social qui guette le gouvernement dans cette dernière ligne droite avant l’élection présidentielle… Didier ROSE le souligne justement dans son édito dans l’Alsace… « La grogne anti-austérité monte en même temps que les revendications des taxis. Dans un cas comme dans l’autre, il n’y a plus entre le pouvoir et les mécontents le filtre des négociateurs syndicaux. Affaiblis par les revirements de l’État, leurs discours ne trouvent plus échos. Il en résulte des conflits plus spontanés et potentiellement plus violents. »

Or faut-il y voir un simple hasard calendaire… c’est justement hier que Myriam EL KHOMRI la ministre du travail a annoncé le développement des « référendums » d’entreprises… une mesure, aujourd’hui essentiellement consultative, mais qui va permettre, dans le futur, en cas de blocage entre les salariés et la direction, ou de signatures par des syndicats minoritaires, de faire voter les employés pour trancher…

Une mesure qui fait hurler une grande partie des syndicats : « Personne n’est dupe, déclare ainsi Jean-Claude MAILLY de FO dans les Échos : c’est un moyen de nous court-circuiter. » « Une manœuvre dégueulasse » pour Karl GHAZI, représentant CGT cité par la Croix et fermement opposé au travail du dimanche. « De tels référendums tournent toujours à la duperie, selon lui. On parle d’exercice démocratique mais dans 99% des cas c’est la direction qui l’emporte car elle a les moyens de manier la carotte et le bâton. »

Et ce serait justement parce que l’exécutif est excédé par le blocage syndical sur le travail du dimanche, qu’il sortirait de sa manche cette mesure, selon les Echos… or, selon Etienne LEFEBVRE… « Il ne s’agit pas de court-circuiter les syndicats, encore moins d’imaginer qu’un dirigeant pourrait faire tourner son entreprise à coups de référendums. Mais il faut permettre aux organisations qui recherchent le compromis de s’appuyer sur les salariés pour contrecarrer les surenchères », écrit l’éditorialiste. Une enquête récente vient de montrer « que la confiance dans les syndicats ne cesse de diminuer, ces derniers étant jugés « trop politisés ». L’arme du recours au référendum pourra à l’avenir dissuader les syndicats jusqu’au-boutistes et favoriser les approches plus pragmatiques »… ou quand le référendum devient une arme de dissuasion massive.

Pour fini, une petite histoire macabre pour se remonter le moral.

Et oui, ce n’est pas que le début du festival d’Angoulême aujourd’hui, c’est aussi le début du festival de Gérardmer ça ne vous aura pas échappé… et comme un fait exprès, vos journaux semblent avoir été sensibles, consciemment ou non, à cette couleur macabre du fond de l’air du jour… ainsi trouverez-vous en double page de Une du Parisien tous les détails du crash aérien de la Germanwings… vous savez, c’est cet avion qui a été précipité dans les Alpes par un co-pilote dépressif. Ultimes conversations dans le cockpit, échanges de mails entre le pilote et son psychiatre, extraits de son journal intime… tout y est…

Mais ce n’est rien par rapport au portrait en page 8 de Libé… portrait de Alekos KARAGIORGIS… c’est le croque-mort de l’île de Lesbos… submergée par des milliers de noyés qui tentaient de rejoindre l’Europe. Le titre de l’article est une citation : « Il n’y a même pas assez de sacs pour mettre les corps ». Le ton est donné…

C’est un récit sincèrement bouleversant, parsemé d’images comme celles-ci : « Un petit nounours en peluche, mouillé par la pluie. Un hochet pour bébé maculé de boue. Au cimetière d’Agios PANTELEIMON, les jouets signalent les tombes des enfants. Des carrés de ciment hâtivement scellés, voire de simples monticules de terre fraîchement retournée. Ornés trop souvent de la mention « inconnu », accompagné d’un code, comme une bouteille à la mer : celui de l’échantillon d’ADN prélevé avant l’enterrement qui pourrait permettre, un jour, d’identifier les corps. »

Voilà, c’est aussi ça la réalité de l’afflux de réfugiés sur les côtes européennes… bon courage, bonne journée, moi je fais une pause salutaire des horreurs du quotidien pour aller me plonger des les horreurs cinématographiques de Gérardmer, ça va me changer, tiens…