Où il est question de l’influence de la Chine sur les géants américains du numérique. Cette semaine, Apple a été contraint de retirer une application de localisation qui pouvait être utilisée par les manifestants à Hong Kong.

Si l’on écoute Tim Cook, le patron d’Apple, ce n’est que par souci de « protéger les utilisateurs » que l’appli HKMap.live a été retirée de l’App Store. Parce qu’il a eu la conviction en écoutant la police à Hong Kong, mais aussi des usagers, que cette application servait à « attaquer des agents de police isolés, des individus et des propriétés privées ».

C’est tout au moins le message qu’il a fait passer en interne alors que l’appli, c’est vrai, était utilisée dans l’ancienne colonie britannique, pour localiser les policiers sur une carte. D’ailleurs, dans la ville où se poursuivent des affrontements entre des manifestants et des forces de l’ordre depuis quatre mois, la loi interdit de chercher à nuire aux autres. Ça tombe bien, c’est aussi la base du règlement de l’App Store.

Pourquoi, alors, Tim Cook a-t-il du mal à convaincre ? D’abord parce que les développeurs de l’application ont absolument démenti que celle-ci était susceptible d’encourager des activités criminelles. Comme beaucoup d’applis de localisation, HKMap repose sur le collaboratif et donc sur des signalements : ce peut-être un accident, un embouteillage ou… une voiture de police.

La presse américaine ne manque donc pas de poser la question : est-ce un acte de censure, une décision politique entravant les libertés publiques… ? D’autant que Google a lui-même retiré cette semaine de son magasin d’applications un jeu vidéo qui permettait de se mettre dans la peau d’un manifestant hongkongais.

Comme par hasard, après une campagne des médias officiels chinois contre les applis qui visent à aider, y compris financièrement, les émeutiers de Hong Kong. On est loin de cet été où Google, Facebook et Twitter avaient bloqué des vidéos liées à la propagande chinoise pour ne pas pénaliser les manifestations pacifiques à Hong Kong.

Alors que s’est-il passé ? Eh bien tout simplement le retour à une certain réalisme économique. Pour Apple, en particulier, il est de notoriété publique que la Chine n’est pas seulement un immense marché : c’est aussi le lieu de fabrication de ses iPhones. Tim Cook a même estimé il y a quatre ans sur CBS que la Chine est plus compétente que les États-Unis sur ce point.

Et même si Donald Trump demande régulièrement à Apple le rapatriement de ses usines, la marque continue de faire appel à ses sous-traitants Foxconn ou Pegatron, implantés en Chine. Récemment, Foxconn a été épinglé à Zenghzou pour employer trop d’intérimaires, 50% au lieu des 10% légaux, et de faire travailler trop d’heures ses employés. De quoi donner quelques moyens de pression aux autorités chinoises…